Repli du WTI : annonce du repli des marchés actions ?

Rédigé le 5 octobre 2012 par | Apprendre la Bourse, Matières Premières Imprimer

Le pétrole présentait toutes les caractéristiques d’une bulle spéculative mi-septembre. Et inévitablement, une bulle explose.

Comment aurait-il pu en être autrement ?

Panne de croissance mondiale et temporisation des menaces géopolitiques
Nous savons tous qu’un QE ne relance pas l’activité économique — ça se saurait depuis 20 ans que le Japon se bat en vain contre une récession structurelle. 2013 devrait donc se solder par une croissance zéro dans l’Eurozone et la Chine aura du mal à réaliser son objectif officiel de 7,5% de hausse du PIB cette année — et plus encore l’an prochain.

Et si la Chine reste le second acheteur de pétrole mondial (et le troisième en volume), le rythme de progression de ses achats ralentit sensiblement, alors que sa consommation d’électricité stagne depuis plus de six mois. Des experts estiment que Pékin surestime de 50% la croissance réelle dans l’empire du Milieu. ..

Ajoutons que face aux pressions exercées par la Maison Blanche (soucieuse de la flambée des prix à la pompe à quelques semaines des élections), l’Arabie Saoudite a fait savoir qu’elle « ouvrait les robinets en grand ». Cela ne lui a coûté aucun effort : il lui a suffi de maintenir le niveau de sa production puisqu’elle est la première à savoir que la demande de pétrole physique n’augmentait pas ces derniers temps — ce sont seulement les contrats à terme qui flambaient sur le NYMEX ou à Londres.

La correction sur le WTI s’est donc enclenchée dès que la barre psychologique des 100$ a été testée le 14 septembre sur le NYMEX (Goldman Sachs aurait-il eu raison ?). Un krach se prépare, mais pas sur les actions comme les investisseurs le supposaient !).

Le baril a été victime dès la séance suivante (le lundi 17) d’un mystérieux décrochage de 4$ vers 19h30, entre 99$ et 95$. Il s’agissait manifestement d’un speculative cliff, c’est-à-dire de la liquidation tout aussi soudaine que massives de positions à terme impliquant de gros effets de levier, partant d’un seuil technique voisin de 97$.

En d’autres termes, nous avions simplement assisté mi-septembre à du de-leveraging, lequel a rapidement débouché sur le déclenchement d’un gros stop de protection des plus classiques, la puissance de la robotique transformant de simples dégagements techniques en trou d’air.

Cette première secousse du 17 septembre a été suivie d’une violente réplique le 19, ce qui portait le repli hebdomadaire à 8%. Un écart suffisamment profond pour anéantir tout espoir de poursuite de la tendance haussière en place depuis le 29 juin dernier.

Rappelez-vous : le baril avait pris 8,5% en quelques heures, entre 78,3 et 85,3$. Le marché bruissait alors de rumeurs de frappes israéliennes sur l’Iran, de troubles au Nigeria…

S’agissant des QE anticipés dès la fin juin, les marchés ne se font plus aucune illusion sur leur capacité à relancer la demande mondiale de pétrole physique.

Non, une des raisons est peut-être à trouver du côté de la géopolitique.

Panne de croissance en Occident ?

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Moins de risques au Proche-Orient ? Vraiment ?
Les semaines passant et Israël se contentant de mener une escalade verbale, une offensive militaire contre le régime de Téhéran apparaît de moins en moins probable à six semaines des élections américaines.

Forts de ce constat, les stratèges ont conclu qu’il était urgent d’attendre avant de revenir à l’achat et la bulle pétrolière a continué de se dégonfler doucement fin septembre. Le baril de WTI est revenu prendre appui sur la MM100 qui gravite vers 90$.

Le seuil des 90$ constituait pour le coup une zone de rupture parfaitement identifiée : le support a craqué le 3 octobre vers 19h avec des rumeurs d’échauffourées à Téhéran qui trahiraient la déstabilisation d’un gouvernement aux abois face à l’effondrement du rial (-40% en une semaine) et qui a perdu le soutien de la population.

Il est certainement prématuré de croire que le gouvernement iranien va tomber comme un fruit mûr et que le prochain, tirant les conséquences des sanctions occidentales, annoncerait l’arrêt des programmes d’enrichissement d’uranium…

Néanmoins, tout s’est passé comme si les spécialistes avaient soudain acté une forte baisse de la prime de risque géopolitique au Proche-Orient.

Graphique du WTI
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Et c’est ainsi que le WTI a subit un trou d’air de -4,5% pour la troisième fois en moins de 12 séances.

Chaque fois que les cours décrochent, c’est 4,5% en 90 minutes !
Nous ne sommes pas encore en mesure de cerner les tenants et les aboutissants de la chute de l’or noir mais nous constatons deux types de réactions :

– une partie des économistes considère que cette décrue de 12% en 15 jours est une excellente nouvelle pour le pouvoir d’achat des Américains et les marges des entreprises — de quoi alimenter le scénario d’une reprise de la hausse des indices boursiers ;

– l’autre partie considère que sans les tensions irano-israéliennes du début de l’été, cela ferait longtemps que le pétrole serait repassé sous le seuil des 80$. Le ralentissement mondial mesuré en Asie comme en Europe depuis avril dernier n’a jamais pu justifier une remontée du baril au contact des 100$ : tout reposait donc sur le dossier iranien et la spéculation relative au QE.

Une fois ces facteurs ponctuels évacués, retour aux fondamentaux. Et les fondamentaux, c’est la montée en puissance des gaz de schistes aux Etats-Unis, du nucléaire et du solaire en Chine, des véhicules propres (hybrides ou 100% électriques) dans les pays bien pensant. Et bien sûr, le spectre de la récession qui n’épargne aucun continent.

Le WTI précurseur des marchés actions
Pour en revenir à l’analyse technique, il apparaît clairement que la cassure de la MM100 libérait un nouveau potentiel de repli en direction des 87 $ (plancher du 2 août dernier et sommets de début juin, début juillet). Nous en sommes aujourd’hui tout proches. Si ce seuil est à son tour enfoncé, l’objectif serait autour des 83,5$, dernière étape avant la zone des 80$.

Mais ce qui nous semble intéressant, c’est que l’évolution du baril sert de précurseur de tendance aux indices boursiers depuis l’été 2008, à quelques jours/semaines de décalage.

Superposons les graphes du S&P500, du CAC 40, et du WTI ; le parallèle est saisissant, tant en termes de tendance que d’amplitude des écarts.

Graphique du SP 500, WTI et CAC 40
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Les indices boursiers gravitent encore à 2% de leur zénith annuel aux Etats-Unis, au pire à 5% en Europe… Le pétrole a déjà reperdu 12% et se dirige tout droit vers -15%.

Si la règle qui prévaut depuis quatre ans continue de prévaloir, octobre pourrait confirmer sa mauvaise réputation à Wall Street, peu importeraient les efforts de Ben Bernanke pour soutenir les indices américains et assurer la réélection du président en exercice — et au passage, la sienne.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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