La réforme fiscale de Trump est adoptée… les taux se tendent

Rédigé le 21 décembre 2017 par | Taux & Devises Imprimer

La réforme fiscale la plus importante depuis 31 ans (selon Donald Trump) a donc été adoptée par 224 voies contre 201.

Elle va alléger la facture des plus gros contribuables (1 000Mds$ sur 10 ans) et celle des entreprises (-600 Mds$) qui ne pratiquaient pas l’optimisation fiscale.

Les classes moyennes n’en verront pas la couleur – ou alors les 25% des plus riches gagneront 900 $ par ménage. C’est l’une des réformes les plus anti-sociales et les plus déséquilibrées (immorales avec l’amnistie de la fraude fiscale) qui entérine une taxation ultra-light de 15% sur le cash, de 8% sur les instruments financiers.

Réforme fiscale : un si beau cadeau que ça ?

Trump exulte, il parle d’un « bon gros cadeau de Noël » pour les Américains. Il se félicite du soi-disant plébiscite de Wall Street (qui lui devrait sa meilleure année post-électorale). Le président américain y voit le moteur de la poursuite du cycle de croissance, peut-être pour 4 ou 5 ans (jusqu’à sa prochaine candidature à sa succession). Il pense que les entreprises vont être incitées à embaucher et augmenter les salaires.

Wall Street a déjà fait ses calculs et ils reflètent une interprétation assez différente. La Tax Reform représente un petit coup de pouce de 0,3% à la croissance (grâce à quelques investissements supplémentaires). Mais c’est surtout un gros coup de pouce aux rachats d’actions et au versement des dividendes.

Les hausses de salaires ? Wall Street ne prend même pas en compte un tel scénario parce que cela n’arrive et n’arrivera jamais ! En revanche, les revenus des dirigeants d’entreprise, payés en partie en stock-options devraient poursuivre leur envolée.

La contrepartie (et Wall Street semble s’en faire l’écho) ce sera un creusement des déficits mécanique de 200 Mds$ par an. Et cela même en tenant compte des dividendes de la croissance dont Donald Trump se félicite par avance. Cela s’ajoute à la dérive naturelle et inexorable des déficits budgétaires qui s’accroissent de 3 à 5% par an (soit potentiellement +1 000 Mds$ en 2018). Et comme la Fed semble déterminée à renchérir le loyer de l’argent jusqu’à 2,25% d’ici 12 mois, ce sont donc 21 000 Mds$ de dette officielle (la partie émergée de l’iceberg) que vont coûter ces 75 points de plus à refinancer.

Réforme fiscale = tension des taux

Le rendement des T-Bonds US flirte avec les 2,49%. Ils se retendent de +13 points cette semaine. Le 30 ans quant à lui s’attaque aux 2,9%.

Taux US

Cette tension contamine les Bunds qui affichent +2,5 points vers 0,415%. Cela représente plus de 10 points depuis le début de la semaine ! Nos OAT se tendent de 3 points à 0,745%. Et il ne serait pas surprenant de les voir tester la résistance des 0,80%. En effet, l’INSEE a rehaussé ses prévisions avec une croissance à +1,9% en France en 2017, une hausse du pouvoir d’achat de +1,6% et une hausse de +3,7% des investissements sur l’année écoulée.

Bund et OAT

Mais rassurez-vous, tout va bien du côté de l’inflation ! Cette dernière reste cantonnée autour de +1,2% en France, +1,5% en Europe, +1,7% aux Etats-Unis. Sauf que ces chiffres (vous le savez à force de nous lire) sont complètement faux et falsifiés.

Alors à combien se situerait l’inflation si l’on devait y ajouter le coût de constitution d’une épargne retraite quand la même quantité d’argent ne permet désormais d’acheter que le quart des titres qu’on pouvait se payer il y a 8 ans ?

Il faut en réalité tripler son épargne pour obtenir le même revenu à la sortie ! Et ils ont dit « pas d’inflation » ?

URGENT - Concerne vos euros !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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