Réforme fiscale de Trump : un grand changement qui ne change rien

Rédigé le 28 septembre 2017 par | US Imprimer

La réforme fiscale de Donald Trump vient d’être présentée et le projet qu’il espère faire adopter par le Congrès prévoit un taux d’impôt sur les société réduit de 35% à 20%.

Cette baisse, bien que de quasiment 42%, fera doucement sourire du côté du S&P500 ou du Russel2000 : les entreprises listées sur le S&P500 ne payent que 8% en moyenne et celles du Russel2000 n’en payent que 12,5% (optimisation fiscale et déductions). Or, il se trouve que le taux optimum auquel voudrait parvenir Donald Trump est justement de… 12,5%.

Cette réforme a de bonnes chances de séduire les démocrates puisque, bien au fait de ce qui précède, elle ne profitera pas qu’aux plus riches (déjà blindés côté impôt sur les sociétés) mais aussi aux petites entreprises familiales, majoritairement non cotées, aux start-ups, aux artisans… 

Réforme fiscale : Wall Steet de marbre

L’accueil de Wall Street est aussi enthousiaste que si Donald Trump troquait sa casquette rouge contre un casquette blanche ou changeait de couleur de cheveux : cela ne change rien pour le business des entreprises listées sur le NYSE. Certains experts espèrent que cela incitera les PME/PMI américaines à investir plus, mais la question centrale demeure : existe-t-il une demande pour justifier de produire plus ?

Quelques gains de pouvoir d’achat sont attendus du côté des chefs d’entreprises et les tarifs des golfs pourront être augmentés… Mais pour les 80% d’Américains qui ne sont pas des entrepreneurs confirmés, le pouvoir d’achat salarié (ou les revenus des auto-entrepreneurs) reste en panne.

Et comme 50% des Américains ne payent pas d’impôts, la baisse de la fiscalité sur le revenu, quelle que soit sa forme, ne leur rapporte pas 1 $ supplémentaire. En revanche, la hausse de taux que promet implicitement la Fed pour le mois de décembre (qui a réitéré son discours en ce sens mardi soir) va en revanche alourdir le coût du crédit pour les emprunteurs victimes de fin de mois difficiles. (Ceci dit, Jim Rickards pense que les marchés ont mal compris le discours de la Fed, qui ne pourra PAS remonter les taux en décembre – voyez ici.)

Réforme fiscale : des charges plus lourdes

Vous me direz… une hausse de +0,25%, ce n’est pas grand-chose et cela ne va guère pénaliser les grandes entreprises qui sont majoritairement excédentaires en cash. Certes… mais, en revanche, cela alourdira les charges des municipalités, des collectivités locales. Cela ne va pas arranger les affaires des centaines de milliers de victimes de cyclones qui ne seront que partiellement remboursées par les assureurs et vont devoir emprunter pour reconstruire – sans compter que leurs primes d’assurance pour catastrophes naturelles vont augmenter. Car, si le phénomène de réchauffement climatique est nié par les géants de l’énergie, les industriels, les transporteurs, les armateurs… les assureurs, eux, l’ont bien intégré dans leurs calculs.

Et il va bien falloir que les États-Unis se penchent sur le sort de Porto-Rico, dévasté coup sur coup par Irma et Maria et dont l’économie est cette fois en charpie pour des années, et la faillite de l’Etat complète. Les créanciers ne pourront échapper à une restructuration ou un moratoire pur et simple sur la dette portoricaine ; il est question de montants supérieurs à 50 Mds$.

C’est à peu près le montant des créances douteuses de la Grèce quand la falsification de ses comptes fut découverte en 2010 : l’Allemagne n’a jamais voulu tirer un trait sur ce fardeau… on connaît la suite… Et les Grecs n’ont pas fini de souffrir ! Les nouveaux alliés d’Angela Merkel, les libéraux du FDP sont les plus radicalement hostiles à ce que la charge pesant sur Athènes soit allégée, alors même que le FMI clame que la situation est sans issue.

Mais d’après les experts de Bruxelles, la Grèce va beaucoup mieux !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Réforme fiscale de Trump : un grand changement qui ne change rien”

  1. Concerne: déficit sécu (française)
    Monsieur Béchade , je suis un peu hors sujet , mais les « ondes » ce jour ne parlent que du déficit chronique de la branche maladie (infos , BFMbusiness etc…)
    Vous qui avez le pouvoir du micro dites à vos collègues que depuis des décennies la branche maladie est bénéficiaire en Alsace-Moselle.
    Vos collègues parlent beaucoup , et sans doute trop vite pour réfléchir par eux-mêmes , sans répéter à l’envi ce que les autres racontent.
    il faudrait là aussi des « éconoclastes » de la bonne info , vous savez ce que je veux dire,
    merci,
    Robert , Mulhouse (ALSACE…si, ça existe encore ! )

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