Records absolus sur les indices… et PER en lévitation

Rédigé le 4 juillet 2014 par | Autres indices, Cac 40 Imprimer

 Cher lecteur, je me suis lamentablement trompé jeudi : je raillais par avance les stratèges qui nous annonçaient une séance où tout peut basculer, affirmant qu’il ne se passerait surement pas grand-chose – sinon, pourquoi avoir serré à mort la camisole algorithmique la veille ?

Mais Wall Street a respecté à la lettre le principe de l’arrachage des cours à la veille du long weekend (aujourd’hui est férié pour cause d’Independance Day) et tous les indices US ont inscrit de nouveaux records historiques de clôture. Oui, tous, sans exception, peu importe leur spécificité, leur degré de volatilité… et surtout les volumes échangés. C’est peut-être dû à une loi de la physique bien connue : plus on échappe à l’attraction terrestre, plus on devient léger ! Dans leur course intergalactique, les indices US sont de moins en moins soumis à l’influence de leur planète d’origine… alors les volumes deviennent légers, légers… légers !

C’est peut être une sensation agréable pour certains spationautes mais en tant qu’investisseur ultra riche (disposant de quoi m’offrir un ticket pour quelques heures dans la stratosphère), des séances de bourse à l’activité ultra-light ont de quoi me rendre mal à l’aise. S’il n’y a plus personne sur ce marché (qui n’en est pas un… mais bon, je me fie à la promesse de la FED de soutenir les cours quoi qu’il arrive), qui va me racheter tout mon papier en cas de besoin ?

Alors peu m’importe que le Dow Jones s’envole de +0,54% vers 17.070Pts, le S&P500 de +0,55% vers 1.985 et gagne +1,25% sur la semaine écoulée : ce n’est pas le niveau algébrique des indices qui compte mais quelle partie de mon portefeuille je pourrais monétiser.

Et plus les cours montent (pas moins de 15 records absolus en 28 séances… c’est un record historique de fréquence de records historiques), moins je peux proportionnellement convertir mon portefeuille en bel argent… ou en or, parce que la fausse monnaie fiduciaire, cela ne dure qu’un temps.

Et puis, en tant qu’ultra riche, j’ai de plus en plus de mal à comprendre pourquoi plus les PER sont élevés, plus cela garantit une pérennité de la hausse jusqu’à fin 2016 (les prochaines élections présidentielles américaines).

Tenez, voici le niveau des PER des principaux indices selon les modes de calcul les plus conservateurs (qui tendent à minimiser la cherté des valorisation) :

En appliquant la méthode de calcul dite des « cycles » (qui intègre les anticipations de profits futurs), il faut rajouter environ +20% aux PER mentionnés ci-dessus.

Si les bénéfices attendus en 2014/2015 n’étaient pas au rendez-vous, alors les PER pourraient être 40% plus élevés que les investisseurs ne le pensent. Mais les profits seront forcément de belle facture au cours des prochains mois car tous les chiffres publiés jeudi attestent du super-dynamisme de l’économie américaine.

 

Il suffit pour s’en convaincre d’observer la hausse inattendue de +288 000 emplois créés en juin (contre 215.000 attendu et 224.000 en mai) tandis que le taux de chômage a reculé de 0,2 point à 6,1% alors qu’il était attendu stable. Mais le diable se niche dans les détails car les créations d’emplois s’opèrent au détriment du « plein temps » (-523.000 en juin) tandis que le temps partiel, faiblement rémunéré, explose de +800.000 : il s’agit essentiellement d’embauches saisonnières destinées à couvrir la période estivale.

Et le saviez-vous… Il suffit de bosser 6 heures par semaine (de faire un extra de 1 heure dans un bar ou un MacDo par jour, ou de ne travailler que le samedi par exemple !) pour ne plus être comptabilisé comme chômeur. Et tout va tellement bien aux Etats-Unis que l’indice ISM des services non-manufacturiers (le tertiaire représente 70% du PIB américain) est ressorti à 56 en juin, après 56,3 et contre 56,3 attendu par les économistes… exactement au même niveau en début d’année puis durant les fameux « grands froids » qui ont gelé le PIB US à -2,9%.

Quelle spectaculaire amélioration de l’activité dans le tertiaire par rapport au 1er trimestre ! un époustouflant +0% !

Mais dans le même temps, le S&P grimpe de +7% et le Nasdaq100 de +9%. Ces deux indices, qui évoluent au sein d’un biseau haussier avec une ascension d’une régularité surnaturelle, ont percé le sommet de la figure et inaugureraient un nouveau canal présentant une pente ascendante encore plus vertigineuse.

C’est typiquement le genre de scénario qui se produit lorsque les sherpas cherchent à liquider les derniers shorts (fausse sortie à la hausse, un bull trap) avant d’inaugurer une phase corrective majeure…

 SP500 plus hauts

Tenez bon et accrochez-vous à vos couvertures !

LIRE AUSSI :

– BILAN du premier semestre, par Philippe Béchade

 

Mots clé : - - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Laissez un commentaire