Encore combien de temps avant un krach obligataire sur les T-Bonds US ?

Rédigé le 16 novembre 2010 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Les émissions du Trésor américain avaient perdu leur « triple A » en début d’année ; elles viennent de perdre leur « double A » mardi dernier, et se retrouvent notées « single A » avec implication négative, au motif que la solvabilité des Etats-Unis serait au bord du gouffre.

Il ne s’agit pas d’une de ces fantaisies littéraires consistant à se projeter 4 à 5 ans dans le futur en extrapolant quelques faits marquants de l’actualité du moment, il s’agit bel et bien d’une information datant de ces derniers jours.

(Juste une petite précision, la dégradation des T-Bonds US ne provient pas de Londres, Singapour ou de New York mais de… Tianjin. Elle a aussitôt été relayée par les principaux medias nationaux qui expriment l’opinion officielle des autorités de Pékin.)

Cette humiliation du Trésor américain provient de l’agence d’évaluation financière chinoise Dagong — sponsorisée par les fonds du Ministère des Finances et agissant sous la haute autorité du Ministère des Universités : il s’agit d’une note très technique, entièrement rédigée dans un très bon anglais. Cela n’a donc rien à voir avec une blague de potaches destinée à faire le buzz dans la blogosphère.

La note de Dagong reflète la position des plus hautes autorités chinoises
Si ce n’était pas le cas et si cela nuisait aux intérêts économiques ou politiques de la Chine, les auteurs seraient déjà en prison et leurs avis « autorisés » n’auraient pas franchi le périmètre du serveur WEB de l’université de Tianjin.

L’agence Dagong met en évidence « la détérioration de la capacité de remboursement des Etats-Unis » et juge que la « décision de la Fed de se lancer dans une politique de création monétaire massive traduit un très fort recul de l’intention de l’Etat fédéral de s’acquitter de sa dette. » Sans oublier de préciser que le quantitative easing fait délibérément baisser la valeur du dollar, ce qui « va à l’encontre des intérêts des créanciers. » (Comprendre : la Chine, donc). « La stratégie de Washington consiste clairement à réduire sa dette par une dévaluation de sa devise, conformément à la volonté nationale. »

Et Dagong de conclure: « les Etats-Unis qui se trouvent engagés dans une récession de long terme pourraient être confrontés à des risques imprévisibles pour leur solvabilité d’ici un an ou deux » (comme la Grève selon les stratèges de PIMCO).

N’allons pas croire que autorités chinoises essayaient juste de détendre un peu l’atmosphère à trois jours du début du G20 !

Pauvre Ben
Mais regardez ce pauvre Ben Bernanke ; il se fait littéralement écharper depuis une semaine par les autorités économiques Allemandes et Européennes qui se déchaînent contre son recours unilatéral à la planche à billets. Après Reiner Brüderle, Wolfgang Schauble il y a 10 jours, Jean Claude Juncker qui fulminait contre la Fed lundi dernier, c’était au tour d’Angela Merkel de dénoncer mardi 9 novembre une stratégie qui menace la stabilité des devises et nuit à la résolution des déséquilibres économiques mondiaux.

Et alors que Christine Lagarde démentait l’existence d’une « guerre des devises » il y a un mois, puis recommandaient de « lui tourner le dos » il y 10 jours, elle reconnaît non seulement que cette guerre existe bel et bien mais qu’elle ne sera pas résolue au cours des 2 ou 3 prochaines réunions du G 20… Ambiance !

Heureusement, Wall Street a bien compris que la Fed avait raison seule contre tous…
Contrairement à la flambée du pétrole lors de l’éclatement de la crise des subprime, il n’y a donc aucun risque de voir éclater la bulle boursière ou obligataire. Il est difficile de jouer sur une repentification de la courbe des taux américains mais les T-Bonds ont en quelque sorte leur « jumeaux » dans la sphère boursière : il s’agit du Nasdaq qui répercute fidèlement — mais avec un levier de force 10 — les gains engrangés par les bons du Trésor US.

Si les taux US se retendent, le Nasdaq replongera sans filet
L’indice ne s’est constitué aucun palier de soutien valable depuis le seuil des 2 100 points testé le 25 août dernier. Le phénomène de spirale haussière est incontestable : une 21e hausse sur une série de 24 séances a bien failli survenir ce mardi 9 novembre.

Malgré une nette dégradation de la tendance sur les marchés obligataires américains, le Nasdaq s’est offert un dernier coup de rein, ce qui a lui permis de combler le gap des 2 592 points du 3 janvier 2008.

La rupture sous les 2 600 points avait marqué l’amorce d’une chute en direction des 1 265 points : le rebond dépasse donc les 100% d’amplitude en 20 mois et +23% depuis fin août.

Si le Nasdaq a déjà gagné plus de 25% en deux mois fin 1998 ou à l’automne 1999 (en pleine bulle des dot.com), jamais l’indice n’avait affiché ce ratio de 80% de séances de hausse qui traduit une obstination peu commune des acheteurs.

Apparition d’un nouveau type de bulle sur le plan technique
La ressemblance graphique entre les séquences d’octobre-novembre 1998, novembre-décembre 1999 puis mars-avril 2010 et septembre-octobre 2010 est troublante. Mais ce qui l’est encore plus, c’est la contraction symétrique des volumes d’échanges à mesure que les gains s’accumulent.

Alors que les investisseurs se ruaient en Bourse par centaines de milliers il y 10 ans (apportant des milliards d’argent frais), on dirait qu’ils désertent cette année par dizaines de milliers chaque semaine.

Tout se passe comme s’il ne restait plus qu’une poignée de gros institutionnels… Ils se revendent le papier entre eux plusieurs fois par jour (grâce au trading algorithmique, en n’oubliant pas de faire grimper les cours conformément aux voeux de la Fed) tandis que les épargnants ont éteint leurs écrans.

Et les « très gros » ont la volonté affirmée, sinon les moyens de soutenir le Nasdaq encore quelques heures ou quelques jours, même si les T-Bonds piquent du nez.

Malgré une baisse de -1% de l’indice mardi, le gap haussier des 2 541 points du 4 novembre demeure béant. Les oscillateurs daily se retournent — ce qu’ils ont déjà fait à plusieurs reprises depuis le 20 septembre — mais rien n’est joué.

Il faut attendre la cassure de la MM10 qui gravite vers 2 540 points pour que tout se déclenche enfin. Le ratio hausses/baisses est tellement déséquilibré depuis le 25 août qu’aucun support solide ne se dessine avant le comblement du gap des 2 421 points.

Si les taux longs (10 ans) re-franchissaient la batte symbolique des 3%, le Nasdaq devrait retracer 50% de sa récente hausse et rechuter sur 2 345 points (plancher du 4 octobre), avec la MM100 (2 300 points) en ligne de mire. Au-delà des 3,3% de rendement, c’est le gap des 2 246 points du 10 septembre qui pourrait être refermé.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “Encore combien de temps avant un krach obligataire sur les T-Bonds US ?”

  1. […] le Nasdaq, dont il était question lors de mon précédent Billet. Après six séances de consolidation, et malgré un repli de 1,75% mardi soir, l'indice […]

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