L’Allemagne mérite-t-elle encore son AAA ?

Rédigé le 25 novembre 2011 par | Apprendre la Bourse, Big caps Imprimer

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Lors de ma précédente analyse, j’avais mis l’accent sur le caractère de « baromètre du stress » de l’euro. Je redoutais qu’il enfonce le plancher des 1,3450/1,3430 face au dollar.

C’est désormais chose faite, mais j’ai eu tort sur un point : les indices boursiers n’ont pas attendu qu’il amorce sa décrue en direction des 1,31$ pour enfoncer collectivement tous leurs supports : du CAC 40 au S&P en passant par le DAX 30 et l’Eurostoxx 50… la messe (le requiem) est dite d’un point de vue graphique.

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En route vers les plus-bas
A part un sursaut de type réflexe de survie ou le fameux dead cat bounce (le rebond du chat mort), qui se mettait en place hier, jeudi, nous ne voyons pas très bien quel autre scénario privilégier que le retracement des planchers annuels : cela nous donne les objectifs de 2 700 points sur le CAC 40 et de 2 000 points sur l’Eurostoxx 50.

Bien évidemment, si l’Allemagne lâchait du lest sur les limites d’intervention de la BCE, un sursaut indiciel comparable à celui 27 octobre dernier pourrait s’enclencher, affirment les plus optimistes.

Mais cela ne sonnerait-il pas le glas de la zone euro ? En effet, si tous les pays en difficulté – et l’Espagne s’attend au pire concernant les déficits des régions autonomes – s’engouffraient dans la brèche, les capacités de contribution de la BCE seraient vite dépassées et l’Allemagne, seule garante en dernier ressort, perdrait son triple A.

Mais l’Allemagne mérite-t-elle encore son AAA ?
Ses comptes n’ont-ils pas également été maquillés ? Il semblerait qu’une partie de l’endettement des régions ait cantonné comptablement de façon à ne pas figurer dans le déficit budgétaire global sur lequel s’appuient les agences de notation. Diantre ! Le rigorisme allemand emprunterait donc des chemins tortueux ? Si les marchés ne peuvent plus faire confiance à l’Allemagne, alors « tout fout le camp » ! Et les créanciers de l’Europe ont raison de déserter cette zone.

C’est ce qu’ils ont fait mercredi matin en n’achetant que la moitié des 6 milliards d’euros (Mds€) de Bunds qui leur étaient proposés à un peu moins de 2% de rendement. Peut-être font-ils la fine bouche devant une rémunération ridicule (qui couvre à peine l’inflation !). Ou alors… le Bund ne leur paraît plus être ce placement si judicieux à moyen terme avec le risque que l’Allemagne revienne au mark. Lorsque l’on arrive à se poser ce genre de questions, c’est que les marchés sont mûrs pour partir en vrille à la moindre nouvelle information de nature stressante pouvant faire office de catalyseur de baisse.

Les gérant désertent les marchés et lâchent l’affaire
La plupart des gérants value ont déjà lâché l’affaire. Eric Lewin vous en parlait par rapport aux small caps, mais c’est vrai aussi pour les gérants d’autres actifs. Il n’y a plus que des robots gavés d’algorithmes idiots pour déterminer le prix des actions : le marché a perdu pour de bon sa vocation – sinon sa capacité – à fixer une juste valeur pour des actifs qui ne sont plus classés que par catégorie de volatilité et segmentés en « béta positif » ou « béta négatif ».

La liste des titres outrageusement bradés s’étoffe de façon ahurissante : les entreprises identifiées à tort (le plus souvent) ou à raison comme les plus exposées à la crise, sont quasiment toutes valorisées à des prix de faillite. Encore une fois, Eric Lewin le souligne lourdement : comme il s’occupe des small caps, ce sont ces petites valeurs qui ont été le plus vite et le plut tôt impactées par ce découplage entre la finance et la vraie économie. Et désormais, cette réalité touche les blue chips également.

Les spéculateurs adorent ces périodes où tous les carnages deviennent possibles. Face à des décalages de cours irréels et inexplicables, beaucoup de gérants renoncent par peur que les écarts ne soient effectivement justifiés par un délit d’initié. C’est la stratégie « choc et effroi » qui fait que les opérateurs déduisent d’un prix qui s’effondre les causes probables d’un tel scénario. Ils valident donc les pires hypothèses… même s’il n’y a derrière que fausseté, intox et manipulation !

Les spéculateurs qui jouent la « stratégie du pire » obéissent peut-être à des motivations inavouables : les attaques contre les valeurs bancaires sont clairement téléguidées depuis Wall Street mais elles ne sont plus les seules à pouvoir se désintégrer de 15 ou 20% en quelques heures.

De nombreux fleurons industriels évoluent sous les pires niveaux boursiers testés lors de la crise de 2008-2009… Alors que ces mêmes sociétés ont largement renforcé leur structure industrielle et commerciale, assaini leur situation financière et opté pour la conquête de nouveaux espaces économiques !

Peugeot au plus bas : un indicateur avancé de la récession à venir ?
Peugeot (FR0000121501-UG) constitue l’archétype de la valeur cyclique, portée aux nues en période de bulle boursière, et massacrée sans limite lors des phases correctives. Mais Peugeot valide cette année une variante qui fait froid dans le dos : elle teste déjà ses planchers historiques alors que la crise n’a pas encore fait s’effondrer ses ventes et s’envoler ses pertes (comme un General Motors ou un Chrysler, trois ans auparavant).

Rien d’épouvantable n’est encore survenu au niveau fondamental, mais à 11,6 euros, le cours est bel et bien revenu au plus bas depuis 19 ans !

Graphique: Peugeot
Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Début 1990, nous étions alors dans une époque difficile (amorce de récession au lendemain de la guerre du Golfe) où les taux d’intérêt étouffaient l’économie (réunification de l’Allemagne oblige, c’était le prix à payer pour contenir la menace inflationniste).

Un titre PEUGEOT sous les 12 euros… voilà de quoi se questionner sur le type de conjoncture anticipée au cours des trois prochaines années !

Comment en est-on arrivé là ?
Le titre a enchaîné, au soir du 22 novembre, 14 séances de repli sur une série de 15. Le cours est passé de 17,7 euros le 27 octobre à 11,6 euros en fin de matinée le 23 novembre.

Peugeot retrace ainsi son plancher historique des 11,5 euros du 24 décembre 2008, du 23 janvier 2009 mais aussi, et surtout, comme nous venons de le voir, son plancher du 5 octobre… 1992.

C’est un support majeur à l’évidence. Mais peut-on formellement écarter sa cassure ? Evidemment, si les 11,6 euros ne tiennent pas, nous entrons dans une grande inconnue et pourrions aller en direction de 10 euros par exemple puisque d’autres valeurs phare du CAC 40 ont déjà enfoncé leurs « plus-bas absolu » : Veolia, Crédit Agricole, Société Générale et même GDF-Suez.

Aller plus bas que 11,6 euros paraît pourtant presque inconcevable. Surtout connaissant la valeur boursière de la participation dans la filiale Faurecia. Mais, dans un marché privé de liquidité, n’importe quelle absurdité de valorisation menace de survenir… D’autres valeurs nous en ont donné la preuve.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

2 commentaires pour “L’Allemagne mérite-t-elle encore son AAA ?”

  1. […] Philippe Béchade le disait dans son article (l’Allemagne mérite-t-elle encore son AAA ?), le “bon” côté des choses est que cela pourrait pousser Madame Merkel à se montrer […]

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