Qui a intérêt à faire baisser le pétrole ?

Rédigé le 27 novembre 2014 par | Matières Premières Imprimer

Certains d’entre vous commencez à vous demander si, avec un prix de marché qui rend déficitaire la quasi-totalité des producteurs de pétrole de schiste aux Etats-Unis, l’or noir ne va pas finir par stopper bientôt son repli.

Oh pour le « bientôt », je suis bien d’accord… sauf qu’en une semaine ou un mois, dans un contexte de désintégration des cours, les écarts peuvent être abyssaux.

Les opérateurs ont « travaillé » le pétrole comme s’il reflétait la confrontation de l’offre et de la demande alors que le secteur pétrolier est totalement contrôlé : on réduit les quantités superflues extraites à perte ou bien un accord entre producteurs annonce la fermeture partielle du robinet (rarement appliquée dans les faits). Mais à quelques jours du prochain sommet de l’OPEP, l’Arabie Saoudite, le principal allié des Etats-Unis au Proche Orient, annonce qu’il n’y a aucune urgence à restreindre l’offre et que les récentes ristournes vont être appliquées comme prévu à ses principaux clients (dont les USA naturellement). Washington pourrait hurler au dumping, à la concurrence déloyale envers les producteurs de pétrole de schistes domestiques… mais, curieusement, n’émet pas la moindre protestation.

Les petits actionnaires des parapétrolières vivent un cauchemar depuis la cassure des 80 $ sur le NYMEX… mais ces idiots sont ceux que l’on peut aisément sacrifier au nom d’enjeux infiniment plus stratégiques – i.e saigner à blanc la Russie sur le plan économique.

Les spécialistes du fracking (pétrole de schiste) se sont mis à pulluler ces 5 dernières années et à 90 $ le baril, ils ne sont qu’une minorité à être rentables – lorsqu’ils ont la chance de tomber sur un gisement suffisamment riche. La chute des cours va donc faire le ménage dans le secteur. Il va y avoir du bois mort et, au printemps, on fera le décompte des survivants. Ils ne seront certainement pas nombreux.

Tant mieux ! On se retrouvera d’ici fin 2015 ou 2016 entre « gros bras » et il sera alors plus facile de s’entendre sur les prix qu’avec des zombies qui n’hésitent pas à brader leur baril pour faire face à un besoin urgent de trésorerie !

ULTIME CHANCE AVANT LE RALLY FINAL :
Après cette date, il sera trop tard

Les fondamentaux de cette industrielle française sont si solides,

que je m’en serais de ne pas vous en avoir parlé.

Voici pourquoi

En ce qui concerne du déséquilibre global du marché par l’offre, les États-Unis sont largement responsables du phénomène : ils produisaient environ 5 millions de barils de pétrole par jour en 2008 ; le volume s’élève désormais à près de 11,5 millions/jour. Le Canada pourrait extraire 2 millions de barils de plus de ses sables bitumineux (en plus des 4 millions actuels), et cela sans compter le pétrole conventionnel exploité de longue date dans le nord du pays. Autrement dit, Etats-Unis + Canada ont accru l’offre globale de +20% à 25% en l’espace de 6 ans alors que la demande n’a progressé que de +15% dans l’intervalle.

 

La production de l’OPEP a de son côté eu tendance à stagner car si ses membres avaient tenté de conserver leurs parts de marché, ils auraient dû ouvrir en grand le robinet dès 2009 pour empêcher les frackeurs du Dakota et du Texas de prospérer : à 60 $ le baril aucun n’aurait tenté l’aventure, c’était la ruine assurée… A moins que Washington décide de les subventionner comme il l’avait fait il y a 10 ans avec les producteurs d’éthanol (à partir du maïs).

Si le but de la chute des prix du pétrole – qui apparaît savamment orchestrée depuis 6 mois – est d’asphyxier financièrement l’Iran, le Venezuela et surtout la Russie (qui a besoin d’un baril à 100 $ pour équilibrer son budget), alors le Congrès US votera toutes les mesures de soutien au secteur pétrolier et parapétrolier américain.

Autrement dit, à partir du moment où le pétrole s’est replié sous un niveau qui satisfait relativement tout le monde (disons 80 $), c’est que cette baisse n’est pas une conséquence de la surabondance de l’offre mais résulte d’un mouvement parfaitement orchestré.

Partant de ce diagnostic, je pressens que la chute des cours n’est pas terminée et l’analyse technique vient appuyer ce scénario.

cours du pétrole

Après l’enfoncement du support majeur 74,9$ (son plancher du 4 octobre 2011) puis du récent plancher des 74 $ (il a tenu du 13 au 20 novembre dernier), le baril de WTI vient d’entamer une nouvelle phase de repli en direction des 70 $ testé en décembre 2009, février puis fin mai 2010.

Donc si l’essentiel de la baisse depuis les 107,5 $ à la mi juin est effectivement derrière nous (plus de 31% de baisse quand même !), il subsiste un potentiel de -5% de repli supplémentaire : pas de précipitation. Le test des 70 / 71 $ pourrait être extrêmement bref compte tenu des niveaux de survente affichés en cette fin novembre. 

Si vous souhaitez jouer un prochain rebond du secteur pétrolier, surveillez les divergences haussières sur des titres comme Technip (FR0000131708), Vallourec (FR0000120354), Bourbon (FR0004548873) ou Maurel & Prom (FR0000051070). Ces titres ont atteint des niveaux à partir desquels les professionnels vont commencer à anticiper soit un rebond du baril, soit une concentration du secteur… et le rachat des faibles par les forts (la vague de consolidation a d’ailleurs déjà commencé). Je vous renvoie également à l’analyse de Mathieu sur le pétrole pour affiner le cadrage technique

Parmi les faibles, Maurel & Prom, qui cote autour des 8,5 €, semble être la proie la plus accessible, sinon la plus tentante… car il y a des cohortes de vendeurs à découvert à faire courir après le papier !

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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