Quelques doutes sur la pertinence de l’activité de GOLD BY GOLD

Rédigé le 22 mars 2012 par | Biotechs et Medtechs, Mid et Small Caps Imprimer

Mon collègue Eric Lewin s’est penché sur le cas de GOLD BY GOLD (FR0011208693) est sa conclusion est limpide : « Vous pouvez participer à cette IPO jusqu’au 4 avril prochain. L’idée est de revendre assez vite pour tenter une plus-value de l’ordre de 10%. A mon avis, mieux vaut jouer un coup rapide. Je n’achèterai pas le dossier comme une opportunité de long terme même si je pense que l’or doit aller au-dessus des 2 000 dollars »

Comme moi, Eric est fondamentalement haussier sur l’or. Beaucoup de lecteurs déplorent que l’or ne soit pas « éligible au PEA » et la France ne fourmillent pas de minières. Auplata fut le nanard typique, une minière aurifère sur laquelle des particuliers qui confondaient la fin (faire des plus-values non imposables) et les moyens (acquérir à bas coup une bonne entreprise) jetaient leur dévolu. Auplata n’avait qu’une seule qualité : rentrer dans le PEA. Un peu maigre comme idée d’investissement.

Avec GOLD BY GOLD voici donc une entreprise française éligible au PEA et exposée à l’or. Je vois d’ici les yeux briller de convoitise…

Il me semble qu’Eric a très bien exposé le business model de GOLD BY GOLD : le gros du chiffre d’affaires (103,5 millions d’euros pour 114,4 millions d’euros) provient d’un métier d’intermédiaire entre extracteurs (les minières) et les affineurs (en Europe). Il n’y a pas de sots métiers, mais les marges sont faibles ; avec un tel niveau sur une activité primordiale de votre business, on peut vite basculer dans le rouge.

GOLD BY GOLD entre en Bourse pour financer une deuxième activité : la collecte d’or auprès de particuliers  pour le recyclage. Pour miser sur GOLD BY GOLD, c’est bien sur cette deuxième activité qu’il faut se pencher.

Le marché du recyclage de l’or

Dans le monde, cette activité est en décroissance depuis 2009 (année où le volume atteignit 1 694,7 tonnes, selon le World Gold Council, le syndicat des producteurs d’or). Les raisons : les gens ne lâchent pas leur or facilement car ils s’attendent à des prix plus élevés, et le tarissement du marché de proximité (l’or a déjà été ramassé).

Un de mes fils avait décroché un travail d’étudiant amusant en 2008. De 16h00 à 22h00, il allait travailler sur un plateau téléphonique situé à Paris. Il démarchait en anglais, sur la côte ouest des Etats-Unis, des dentistes, petits joaillers, etc.,pour leur proposer de racheter leur or. Il était payé au fixe et à la commission. La plate-forme téléphonique était située à Paris en raison du coût favorable des télécoms et de la nombreuse main-d’oeuvre étudiante disponible capable de téléphoner en russe, polonais, espagnol, portugais, chinois, etc. Tout ce petit monde travaillait pour un des leaders mondiaux du recyclage de métaux précieux. Cette anecdote pour vous monter que des grands groupes occupent déjà le marché.

Une autre anecdote pour vous montrer que de l’autre côté de la chaîne, le marché français est aussi investi. En face de nos bureaux, dans le XIXe arrondissement de Paris, une boutique de rachat d’or s’est ouverte (une affiche précise que la même chaîne possède déjà deux autres boutiques à Paris). Une foule ardente ne s’y presse pas, c’est le moins que l’on puisse dire — autant que nous puissions en juger quotidiennement depuis plus d’un an !

Le recyclage d’or sur Internet séduira-t-il Madame Michu ?

Maintenant, supposez que vous vouliez revendre la médaille de baptême de votre grand-mère où la chaîne de montre de votre grand-père. Allez-vous préférez Internet ou entrer dans une échoppe et repartir avec du cash en poche ? Il me semble, mais c’est très personnel et cela ne sort de nulle étude de marché, que le côté physique va primer. Si vous en êtes à vendre des souvenirs de famille, c’est qu’il vous faut de l’argent vite.

Le recyclage sur Internet me paraît en revanche plus adapté au marché des professionnels. Mais là, nous avons vu qu’il y a de gros concurrents (mon dentiste me l’a confirmé).

Donc le côté le plus prometteur de GOLD BY GOLD serait son réseau de boutiques avec une marge brute de 18 à 20% …

Autre point qui me chiffonne : pour le moment, GOLD BY GOLD achète car les particuliers sont encore un peu vendeurs. Mais nous avons vu avec les chiffres du World Gold Council que le marché mondial s’était retourné. Que fera GOLD BY GOLD lorsqu’il lui faudra vendre parce que les gens voudront acheter ? De ce côté, il y a déjà beaucoup d’acteurs très bien installés.

Bref, pour jouer la poursuite de la hausse de l’or, d’autres solutions me semblent plus adaptées que GOLD BY GOLD pour le long terme. Mais pourquoi ne pas profiter de la cohorte des « n’importe quoi pourvu que ce soit au PEA » qui vont se jeter dessus grâce à l’équation magique « or + PEA » ?! Ce sont les mêmes qui se jetaient sur Auplata ou même sur Nicox grâce à l’équation magique « biotech + PEA ». Heureusement, il n’est pas interdit de spéculer sur la bêtise de son prochain…

NDLR : Simone Wapler est spécialisée dans l’or, les métaux, et les minières. Elle délivre ses conseils chaque semaine dans L’Investisseur Or et matières

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3 commentaires pour “Quelques doutes sur la pertinence de l’activité de GOLD BY GOLD”

  1. […] Vous vous rappelez de cette IPO, dont je vous ai longuement parlé il y a quelques mois. Simone Wapler, ma collègue spécialisée sur l’or, n’était pas très convaincue. […]

  2. […] introduite à 7,15 euros en avril dernier et sur laquelle j’étais assez réservé s’échange actuellement sur des niveaux de 5,40 euros. La purge est donc assez sévère pour […]

  3. […] Prenons par exemple GOLD BY GOLD (FR0011208693)… une société que je vous ai présenté lors de son IPO en avril dernier. Je vous disais alors de ne pas la jouer comme opportunité de long terme (mais même pour jouer l’IPO, cela n’a rien donné en fait). Ma collègue Simone Wapler, spécialiste du marché de l’or, s’était également penchée sur la question, et n’aimait pas trop le business model. […]

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