Que sera le canari dans la mine des marchés?

Rédigé le 9 juillet 2014 par | Analyses indices, Autres indices, Cac 40, Indices, sociétés et marchés, VIX Imprimer

Certains de mes lecteurs s’étonnent que je ne succombe pas à la thèse du rally estival alors que le VIX – la jauge de l’aversion au risque devenue l’indice de l’appétit illimité pour le risque – vient d’inscrire jeudi dernier un nouveau plancher à 10,28 (le plus bas historique est de 9,31 en décembre 1993 et de 9,39 en 2006).

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Le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz s’étonne pour sa part de la valorisation des marchés américains, estimant que leur niveau s’explique difficilement par l’état de la conjoncture et pourrait justement signifier que l’argent déserte l’économie réelle, faute de perspective de retour sur investissement.

Mais Mr Stiglitz a tort de se focaliser sur la médiocrité de la pseudo-reprise fabriquée à coup de milliers de milliards d’argent fictif ! Les marchés, dans leur infinie sagesse, tiennent heureusement compte d’autres facteurs tout aussi déterminants qui viennent justifier un indice VIX s’inscrivant à 10,28 à la veille d’un weekend de 3 jours aux Etats-Unis. Car parmi des facteurs décisifs, il y a évidemment une actualité géopolitique exceptionnellement paisible.

J’ai maintenant assez démontré à quel point les marchés n’avaient rien à craindre du contexte géopolitique ; je peux donc passer à des sujets qui nous touchent de plus près : le FMI s’est aligné sur les prévisions de l’INSEE en révisant la croissance française de +1% à +0,7% en 2014 et abaissant également l’objectif pour 2015 sous les +1,5%. Pas de chance, car sous les 1,6% / 1,8% de hausse du PIB, l’économie française ne crée pas d’emploi. C’est vraiment ballot.

Et pour bien priver la France de toute chance de réaliser ses objectifs de réduction de son déficit budgétaire (sous 4% en 2014 et 3% en 2015), l’amende de 8,9 Mds$ infligée à la BNP-Paribas par les Etats-Unis va priver Bercy de plus d’un milliard d’Euro de recettes fiscales.

Avec un nombre de chômeurs qui va rester durablement supérieur à 5 millions et moins d’argent en caisse, qu’il nous soit permis de douter des promesses de baisse des impôts en 2015 pour les « classes moyennes ». En revanche, des baisses de salaire à l’embauche au cours des 18 prochains mois semblent quasiment assurées : les entreprises n’ont pas d’autre choix pour accroître – et le plus souvent simplement préserver – leurs marges sur fond de stagnation de leurs ventes.

Les consommateurs sont eux comprimés par la hausse des dépenses incompressibles (taxes d’habitation, EDF, assurances, péages, coûts des études, loyers, etc.), la baisse de leurs revenus (un nouveau job est souvent plus mal payé que le précédent) et par la baisse de leur épargne du fait de taux d’intérêts falsifiés qui tendent vers zéro. Des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour expliquer que le problème n’est pas le manque de liquidités mais le fait qu’elles ne participent en rien à soutenir la demande.

Les économistes ne comprennent décidément rien à ce qui se trame depuis mars 2009.

La FED et ses actionnaires orchestrent le plus formidable transfert de richesse entre 99% de la population et les 1% les plus riches (un processus à l’oeuvre pas seulement aux Etats-Unis mais sur l’ensemble de la planète). Le trucage systématique des marchés financiers est maintenant revendiqué comme une des « grandes réussites stratégiques » ayant permis de sauver les banques systémiques et de démultiplier « l’effet de richesse » (des 1% les plus riches). La FED et ses actionnaires ont joué le même rôle que le tricheur professionnel venant plumer les joueurs de bonne foi invités à une partie de poker.

Mais les joueurs de bonne foi, constatant que les marchés sont en permanence manipulés par une minorité d’initiés qui recourent à des outils algorithmiques permettant de lessiver alternativement acheteurs comme vendeurs, ont quitté le casino boursier par millions. En France, le nombre d’actionnaires actifs a été divisé par 6 en 10 ans ; aux Etats-Unis, 60% d’épargnants ne possèdent plus aucune action – ou bien un portefeuille de moins de 20 000 $.

Aujourd’hui, la FED et ses complices se retrouvent face à des table de jeu désertes mais ils pensent maîtriser la situation puisque les épargnant n’ont aucune échappatoire : soit ils optent pour des placements monétaires ou obligataires ne leur rapportent plus rien, soit ils optent pour le risque maximum en confiant directement leur mise aux tricheurs par le biais de fonds indiciels répliquant aveuglément le benchmark.

La plupart des épargnants n’ayant pas complètement perdu le sens de la réalité, préfèrent encore une rémunération insignifiante plutôt que rentrer dans un marché dont les multiples sont désormais bien supérieurs à ceux de mars 2000 ou de juin 2007.

Ouf ! car c’est au moment même où le CAC40 est réputé ne pouvoir interrompre sa hausse que l’indice effectue un premier faux pas en dehors de son biseau ascendant de moyen terme et enfonce sa moyenne mobile à 100 jours (en pointillé gris sur le graphique) puis le support des 4.420 points.

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Et je sais d’expérience que les gérants anglo-saxons viennent si nécessaire chercher en Europe les liquidités dont ils ont besoin pour soutenir et maintenir Wall Street en lévitation. Lorsque le S&P500 retombera sous les 1.900, cela sonnera pour de bon la fin de la partie…

… Mais une rechute sous 1.950 points et un VIX repassant au-dessus des 16 (il a bondi de +11% vers 11,5 lundi soir) pourrait bien faire office de canari dans la mine.

Quelle sera la prochaine étape ?

Je parierai bien pour la faillite du casino puis du goudron et des plumes pour ses exploitants.

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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