Que penser de l’IPO de Europcar ?

Rédigé le 16 juin 2015 par | Interviews, IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps, Toutes les analyses Imprimer

Les introductions en bourse ne fléchissent pas : malgré quelques opérations reportées, le nombre d’introduction en bourse au premier trimestre est le plus important depuis les années 2000.

Mon collègue Philippe Béchade s’en alarme… moi, je trouve que cela dynamise le marché et crée des opportunités. Enfin, à condition de bien regarder les dossiers, évidemment, et de ne pas se jeter sur n’importe quoi. EuropCar, par exemple, est l’exemple typique d’une belle entreprise, mais pour laquelle je ne suis pas convaincu par l’IPO. Je vais vous expliquer pourquoi.

Les dessous d’une introduction en Bourse…

Cette fois-ci, on y est… Après des mois d’attente, Europcar a enfin officiellement lancé son introduction en Bourse. Le leader européen de la location de voitures voudrait lever environ 854 M€ sur cette opération. Mais, attention : dans cette opération il y aura 475 M€ d’actions nouvelles mais aussi 475 M€ d’actions existantes. Autrement dit, dans cette levée de fonds, se cache aussi une cession de titres, dont le cédant n’est autre qu’Eurazeo (FR0000121121), actionnaire à hauteur de 87% du loueur de voiture, dont la participation n’atteindra plus que les 42% après l’IPO.

Une IPO bienvenue pour le groupe 

Cette IPO a un but essentiel : permettre au groupe de réduire son endettement, ce qui va lui permettre d’accroître sa flexibilité financière. Le ratio dette nette/EBITDA devrait être inférieur à 1,5 fin 2015 contre 2,7 en 2014.

Comme vous vous en doutez, cette amélioration de la structure financière vise à réduire les frais financiers. L’entreprise en avait bien besoin. En me penchant sur les résultats 2014 d’Europcar, j’ai pu constater que malgré son résultat opérationnel de 138 M€, l’entreprise publiait un déficit de 112 M€ en guise de résultat net… La faute aux frais financiers. Lors de la conférence de presse de lundi matin, devant un public étonnement clairsemé vue la nature du dossier, les dirigeants du groupe – notamment Philippe Germond (ex-PDG d’Alcatel, d’Atos, ou encore du PMU) – ont martelé le bien-fondé de cette opération en insistant sur des prévisions favorables : une croissance organique de 3% à 5% du chiffre d’affaires sur la période 2015-17, accompagnée d’une prévision de résultat net d’environ 125 M€ sur 2015. Europcar ambitionne même de distribuer, à partir de 2017, 30% de son résultat net. Vaste programme…

Pour tout vous dire, j’ai trouvé la présentation assez claire mais j’ai été étonné de l’absence de slide show à laquelle l’entreprise nous avait habitués. Les stratèges en communication de la société m’ont avoué que les avocats leur interdisaient de distribuer ce document pourtant classique pour les introductions en Bourse. C’est la première fois que j’entends cela… !

Europcar une valeur à jouer?

Selon moi, la société est assez intéressante pour jouer la reprise en Europe car elle a de fortes positions sur le vieux continent. Mais… même si c’est un beau dossier (le résultat opérationnel est en croissance), j’ai du mal avec des sociétés qui lèvent des fonds pour rembourser leurs dettes. Je préfère de loin une IPO justifiée par des perspectives de croissance, un besoin de financement pour se développer…

La souscription est ouverte  jusqu’au 24 juin (fourchette entre 11,50 € et 15 € par action), soutenue par un pool bancaire allant de la Deutsche Bank en passant par Goldman Sachs ou encore Morgan Stanley – rien que les meilleurs… On a vraiment mis les moyens pour que cette opération passe… J’ai rarement vu autant de banques pour une société qui devrait valoir entre 1,7 et 2 Mds€ suite à cette opération.

L’opération a de bonnes chances de bien se placer, même si les montants demandés sont importants… Mais pour moi, je ne jouerais pas cette IPO pour les raisons dont je vous ai parlé ; si vous tenez à y participer, il pourrait être judicieux d’attendre le dernier jour de souscription, avant d’y participer. La semaine boursière apparaît en effet agitée avec la réunion de l’Eurogroupe jeudi et la réunion de la Fed mercredi avec sans doute des indications sur le resserrement des taux d’intérêt Outre-Atlantique.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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