Les quatre erreurs de la Fed

Rédigé le 21 juin 2017 par | Fed, Taux & Devises Imprimer

Mercredi dernier, la Fed a augmenté les taux d’intérêt directeurs de 0,25 point. C’était exactement ce qui était prévu, et ce que nous avions annoncé depuis plusieurs mois déjà. Il n’y avait donc aucune surprise là-dessus.

Mais, cela ne signifie pas pour autant que la réunion de la Fed était sans intérêt. En fait, il y a eu deux autres annonces de la plus haute importance pour les marchés.

Les mauvaises nouvelles sont « transitoires »…

La première est que la Fed a donné des prévisions assez optimistes sur l’économie. Elle a minimisé les récentes tendances désinflationnistes comme étant « transitoires » (c’est le mot préféré de la Fed lorsque les données ne correspondent pas à son scénario) et a surtout porté son attention sur les bons chiffres comme les créations d’emplois et un faible taux de chômage (et par là-même, elle a ignoré complètement les baisses de productivité et de participation active au marché de l’emploi). De ce fait, le marché a toutes les raisons de s’attendre à au moins une hausse de taux encore cette année, éventuellement en septembre, sinon certainement en décembre.

C’est une erreur de la part de la Fed. L’économie affiche de nombreux signes de faiblesse : ventes d’automobiles, nombre de prêts, participation au marché du travail, désinflation, baisse de la productivité et des dépenses d’investissement… La Fed augmente les taux sans qu’il y ait la moindre vigueur économique, dans un effort vain pour les relever suffisamment vite et haut avant la prochaine récession.

Le problème, c’est que la récession pourrait arriver avant que ce ne soit « mission accomplie » pour la Fed.

Dans un contexte de récession (ou de résultats économiques si faibles que même la Fed ne pourra les ignorer), la Fed va d’abord reprendre ses forward guidances (c’est-à-dire adopter un discours, une promesse de ne pas augmenter à nouveau les taux pendant une longue période), puis commencer à réduire les taux. Plus tôt qu’on ne le pense, ces derniers pourraient être revenus à zéro.

C’est là qu’intervient la deuxième surprise de la conférence de presse de mercredi. La Fed a donné des indications très précises quant au plan de « normalisation de son bilan ».

La normalisation du bilan ne va pas plaire au marché

« Normalisation » est le terme de la Fed pour parler de la réduction de la masse monétaire puisqu’elle ne va pas réinvestir l’argent des obligations arrivées à échéance dans son bilan. Ce plan devrait commencer plus tard dans l’année, peut-être d’ici septembre. Ainsi chaque mois, 6 milliards de dollars de Bons du Trésor et 4 milliards de dollars de prêts hypothécaires ne seront pas réinvestis et disparaîtront. Ces chiffres vont augmenter tous les trois mois, jusqu’à ce qu’ils atteignent une réduction mensuelle de 30 Mds$ en Bons du Trésor et de 20 Mds$ en prêts hypothécaires. L’objectif est d’atteindre un rythme de 50 Mds$ par mois de « destruction d’argent » à la fin 2018. Cela fera en gros 600 Mds$ par an qui disparaîtront jusqu’à ce que le bilan de la Fed soit revenu à 2 500 Mds$, contre environ 4 500 Mds$ actuels. Un simple calcul et cela nous mène à 2021 environ, dans un peu plus de trois ans.

C’est une double erreur.

Pourquoi ? Tout d’abord parce que c’est une autre forme de resserrement monétaire en période de faiblesse économique. Cela aura pour effet de dégonfler la valeur des actifs tout comme l’impression d’argent (QE) les avait fait gonfler de 2009 à 2014. La deuxième erreur est qu’en annonçant des montants précis à l’avance, la Fed répète l’erreur du QE2. Cette annonce anticipée et détaillée permet aux marchés de prendre en compte l’impact total de ce programme dès aujourd’hui sans attendre la réduction réelle du bilan.

Les 4 erreurs de la Fed, mercredi dernier

Donc la Fed a donné 4 coups de marteau à l’économie :

On peut difficilement faire pire en termes de politique monétaire erronée.

Chercher à ralentir encore une économie qui ralentit déjà… obligera sans doute la Fed à déclencher une baisse des taux d’ici la fin de l’été.

Cet assouplissement n’est pas pris en compte aujourd’hui parce que la Fed et la plupart des acteurs du marché ne le voient pas venir. Quand il se manifestera, il sera extrêmement haussier pour l’euro et l’or, et baissier pour le dollar et les actions.

Cela va être un été brûlant qui restera dans les mémoires, grâce à la Fed.

Bien à vous Jim

Le plan Brongniart

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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