Quand l’Europe se réveillera

Rédigé le 24 avril 2008 par | Autres indices Imprimer

La reprise des indices se confirmant depuis la mi-mars, je vous propose aujourd’hui d’étudier l’un des indices les plus représentatifs du marché européen des actions, le DJ STOXX 600.

Le DJ Stoxx 600 : l’indice de la santé de l’Europe Comme son nom l’indique, il est composé de 600 valeurs, ce qui offre une synthèse tout aussi complète et pertinente que son homologue américain le S&P 500. La première capitalisation du DJ STOXX 600 (le pétrolier britannique BP) ne représente ainsi que 2.26% de la capitalisation globale de l’indice, alors que Total au sein du CAC40 pèse plus de 10% à lui seul ! Ainsi l’indice est moins dépendant de quelques poids lourds et de quelques secteurs.

Composition du DJ STOXX 600
PaysNb.Total
Royaume-Uni17630,88%
France7515,55%
Allemagne6112,71%
Suisse419,88%
Espagne356,27%
Italie345,88%
Pays-Bas274,88%
Suède373,36%
Finlande202,32%
Norvège151,35%
Belgique131,20%
Danemark161,19%
Irlande131,08%
Grèce111,06%
Luxembourg20,86%
Autriche120,81%
Portugal90,61%
Islande30,11%
600100,00%

Afin de mieux vous faire connaître ou redécouvrir cet indice, j’ai dressé la liste des nationalités des valeurs qui le composent (si tant est qu’on puisse encore parler de nationalité pour les grosses multinationales qui en font partie), parmi les 18 pays retenus dans le calcul de cet indice. Sans surprise, c’est la capitale financière de l’Europe (Londres) qui est la plus représentée, totalisant à elle seule 176 actions et 30.88% du DJ STOXX 600.

Le marché britannique est le plus important et le plus large, drainant des capitaux du monde entier. La France figure en deuxième place, avec 75 titres et 15.55% du poids total, suivi par l’Allemagne avec 61 valeurs et 12.71%. La Suisse se positionne, quant à elle, à la quatrième place du classement, grâce à ses multinationales (Nestlé, Novartis, Roche…).

Une configuration technique limpide qui annonce un rebond de 9% La lecture de la configuration s’avère extrêmement limpide sur les trois dernières années, aussi bien du point de vue de la tendance que des niveaux. De 2005 à la mi-2007 la dynamique a clairement été haussière, soutenue par la moyenne mobile à 30 semaines (en vert) : sur cette période, l’indice a gagné pas moins de 58% !

Mais le choc de l’été dernier s’est traduit par une lente structure de retournement de moyen terme. La formation arrondie s’est ainsi étalée sur 18 mois : la validation de cette figure (que j’ai signalée aux abonnés de mon service @Turbos Trader le 22 janvier 2008, quelques jours avant la panique du 21 janvier) était assez claire : la rupture des 350 pts a ainsi déclenché une accélération baissière de 15% en l’espace de deux semaines.

Le soutien majeur à 300 pts a depuis lors contenu le courant vendeur. Le 17 mars, suite aux craintes déclenchées par la quasi-faillite de la banque d’affaires américaine BEAR STEARNS, ce niveau était bel et bien enfoncé : depuis le 16 juillet 2007 et le test des 400 pts, le DJ STOXX 600 affichait alors un repli de 27,6% en l’espace de huit mois ! Le courant vendeur, épuisé, ne s’est pas poursuivi, laissant place à la reprise que nous connaissons depuis maintenant un mois.

Ce rebond devrait vraisemblablement se poursuivre lors des deux prochains mois. La base de soutien confirmée à 300 pts et le redressement de l’indicateur MACD* devraient en effet fournir le potentiel de hausse vers les 330 pts dans un premier temps, puis en direction de l’obstacle majeur à 350 pts. Ce niveau qui a déclenché l’entrée en marché baissier constitue pour l’heure l’objectif maximum de reprise : il s’agit de 50% de retracement du mouvement de baisse réalisé depuis le sommet de 2007 et le point bas de mars dernier, que les opérateurs auront en mémoire, compte tenu de son rôle au cours des deux dernières années.

9% de hausse, c’est donc ce que l’on peut encore espérer. Il faudra toutefois entre temps prendre garde à la moyenne mobile à 30 semaines, qui constitue un sévère obstacle, susceptible de relancer le courant vendeur, représentant schématiquement le rythme de la tendance.

L’euro pèse lourd sur la croissance européenne Du point de vue macroéconomique, l’activité européenne souffre évidemment du lourd handicap représenté par l’euro fort. Evidemment, cet euro fort fait le bonheur des touristes européens en vadrouille à l’étranger (ainsi que des vendeurs américains, par exemple), mais les industriels européens pâtissent d’une concurrence de plus en plus rude.

En effet, si les sociétés commerciales parviennent tant bien que mal à équilibrer leurs comptes, pour une société chimique par exemple, même si elle acquiert une partie de ses matières premières en USD, le reste des charges augmente mécaniquement avec la hausse de l’euro (les salaires des ouvriers européens ne sont pas indexés en dollars !), alors que les marges sont très faibles. Et peu d’industriels savent se couvrir contre les variations des taux de change. Cela pèse sur la croissance en Europe, et ce d’autant plus que des systèmes sociaux encore bien généreux (notamment en Scandinavie et en France), la force des syndicats (en Allemagne et dans les pays latins), la pression électorale dans plusieurs pays, sont autant de facteurs qui empêchent des réformes vraiment drastiques. C’est pourquoi on peut craindre une récession plus forte encore en Europe qu’aux Etats-Unis, du fait de l’inadéquation d’une bonne partie de la main-d’œuvre, des spécificités européennes (système social, subventions européennes, flexibilité et mobilité moins grandes au sein des populations européennes, et j’en passe).

Mais la vieille Europe n’a pas dit son dernier mot Néanmoins, l’Europe possède un potentiel scientifique, culturel et humain encore remarquables. Du fait de son glorieux passé, cette partie du monde a conservé une forte influence sur les esprits, même si l’Amérique (et surtout les Etats-Unis) exporte aujourd’hui plus efficacement peut-être ses modèles et ses idées. En dépit de la formidable croissance de l’Inde, de la Chine, de l’Amérique latine, demain de l’Afrique, la vieille Europe n’a pourtant pas dit son dernier mot. Tout simplement parce qu’à l’échelle planétaire, le leadership est une donnée qui perdure, quelles que soient les vicissitudes de l’histoire. On peut m’accuser d’européocentrisme peut-être, mais c’est l’Europe qui est allée « découvrir » pratiquement toutes les autres parties du monde qui vivaient refermées sur elles-mêmes – sauf à la limite le Moyen-Orient. Ceci est un fait, et « les faits sont têtus ».

Partant de là, il m’est difficile de suivre des chantres du déclin, émules modernes d’Oswald Spengler. L’Europe conserve sur le long terme un potentiel de développement inouï, qui sera notamment alimenté par l’intégration croissante de ses parties orientale et occidentale, séparées naguère. Une Europe du Portugal à l’Oural pourra-t-elle sérieusement occuper une place autre que la première, y compris sur le plan économique et donc boursier ?

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marc-dagher
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