Quand la Gauche surperforme la Droite en Bourse

Rédigé le 19 mars 2014 par | Apprendre la Bourse, Cac 40 Imprimer

Oui, la France a besoin d’un remaniement ministériel. Le CAC 40 apprécie toujours les nouveaux gouvernements, mais plus encore lorsqu’ils sont de gauche. Cela peut sembler contre-intuitif, mais la recherche académique le démontre : avec la Gauche au pouvoir, les actions françaises rapportent en moyenne 9,8% par an, contre seulement 5,7% lorsque la Droite est aux affaires.

En mai 1981, l’élection de François Mitterrand avait pourtant été « saluée » par la pire performance mensuelle de l’histoire des actions françaises, avec un remarquable -33%. Mes compatriotes banquiers suisses en ont gardé un souvenir ému (contrairement aux douaniers qui, eux, n’avaient pas vu l’argent tricolore traverser la frontière vers les accueillants coffres helvétiques…).

Ce dont on se souvient moins, c’est qu’au cours du premier mandat de François Mitterrand, les actions françaises ont finalement progressé de 250%. Et de 450% si l’on ajoute son second mandat, jusqu’en mai 1995. Ces chiffres tordent le cou aux idées reçues sur la compatibilité entre gouvernement de gauche et performance boursière. Le lien entre la couleur politique de l’équipe au pouvoir et l’évolution des actions françaises a justement été évalué par un chercheur universitaire dont je vais vous résumer les principales conclusions*.

Depuis l’avènement de la Troisième République en 1871, les chiffres montrent que le marché français adore les nouveaux gouvernements. Car une nouvelle équipe ministérielle met fin à une période d’incertitude. Or entre 1871 et 2008, on a eu droit à 150 gouvernements, avec une durée de vie moyenne de onze mois – c’est l’avantage de l’instabilité politique ! Au cours des mois qui suivent un changement de gouvernement depuis la fin du 19e siècle, la performance moyenne des actions a été trois fois plus élevée que durant les autres mois : +0,92% contre +0,27% (ou +1,15% si on exclut la chute historique de mai 1981). Autrement dit, un gain 3,4 fois plus élevé !

Lorsque le nouveau gouvernement est de gauche, l’effet est encore plus marqué. C’est pourquoi je me réjouis du prochain remaniement (et je ne parle que du CAC 40, pas du moral des Français qui mérite, lui aussi, de remonter au plus vite). Voici un graphique qui illustre les différentes performances suivant l’orientation du parti.

performance boursières selon gouvernement

Ce n’est pas que je sois spécialement mécontent du gouvernement de Jean-Marc Ayrault : étant Suisse, je n’en subis pas les conséquences directes. Ce n’est pas non plus que j’ai du mal à dégager de la performance sur les marchés : la stratégie que j’ai créée sur le marché français a battu le CAC 40 chaque mois lors des six derniers mois, avec une performance cumulée de 44% contre seulement 12% pour l’indice de référence. Le mois de mars étant un peu plus tendu (merci Poutine), je me dis que ce qui est bon pour le CAC est aussi bon pour mes clients. C’est aussi simple que cela.

Comme le décrit cette étude, un remaniement ministériel amènerait une nouvelle équipe au pouvoir (ce qui est déjà positif pour les actions), mais les nouveaux dirigeants étant forcément de gauche, le CAC réagirait encore mieux. Encore une fois, la preuve par les chiffres : depuis 1871, les actions françaises ont progressé, en moyenne, de 5,9% par an lorsque la Gauche était aux affaires, et de seulement 2,1% avec la Droite au pouvoir. En y ajoutant les dividendes (rendement moyen sous la Gauche : +3,9%, contre +3,5% sous la Droite), on obtient une performance totale de +9,8% sous la Gauche et de +5,7% sous la Droite (chiffres que je vous donnais au début). Cerise sur le gâteau, la différence en termes réels est même légèrement plus prononcée. Comme l’inflation est généralement un peu plus élevée sous la Droite (+5,6% par an) que sous la Gauche (+5,4%), la performance réelle des actions françaises s’élève en moyenne à +4,4% sous la Gauche et à +0,1% sous la Droite. En clair, les gouvernements de droite n’ont, en moyenne, jamais permis aux investisseurs d’obtenir le moindre gain réel en bourse…

Ces différences sont obtenues quelles que soient les stratégies d’investissement retenues, bien sûr.

On parle ici d’un investisseur qui suivrait bêtement (si j’ose dire) l’indice CAC 40. L’auteur de l’étude démontre également que la surperformance des actions sous les gouvernements de Gauche n’est pas le résultat d’une compensation pour un risque perçu comme plus élevé. En fait, ces résultats sont largement dus à un contexte macroéconomique plus favorable sous la Gauche (ce qui expliquerait 40% du phénomène).

Vous trouvez que ces résultats sont contre-intuitifs ? Attendez la conclusion de cette étude. Historiquement, la surperformance des actions sous la Gauche est plus marquée durant les trois derniers mois d’un gouvernement. Probablement parce que le marché anticipe un retour de la Droite au pouvoir, explique l’auteur.

Inversement, les trois derniers mois d’un gouvernement de droite sont marqués par des performances moindres. Probablement parce que le marché prend peur avec la perspective d’une gauche aux manettes. Ces observations signifient que le marché anticipe, quelque peu (mais pas entièrement), les effets d’un changement politique avant qu’il se produise.

Des éléments contre-intuitifs, le monde de la finance en regorge bien sûr. Ceux qui me suivent depuis plusieurs années le savent même pertinemment. (Je présenterai d’ailleurs les dernières avancées dans le domaine, lors d’une série de conférences qui aura lieu fin mars à Genève. Je ne suis pas certain qu’il reste encore des places car je ne suis qu’un intervenant, pas l’organisateur, mais vous pouvez toujours essayer. Qui ne tente rien…). Mais au final, que le gouvernement soit de droite ou de gauche, suivre simplement un indice sera toujours une stratégie sous-optimale, pour ne pas dire ruineuse. Des stratégies basées sur la recherche de qualité permettent de limiter ce risque – en tout état de cause.

*  L’étude mentionnée dans cet article, et bien d’autres encore, peut être consultée en vous enregistrant sur notre page spéciale “Agora »

Par Sylvain Frochaux, directeur de la recherche chez Straight from The Lab  

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Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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