Quand 10% du volume échangé sur APPLE peut déstabiliser le CAC 40

Rédigé le 28 novembre 2012 par | Apprendre la Bourse, Autres indices Imprimer

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Le concept de « marché machiavélique » commence à transpirer des salles de marché et des stages de formation consacrés au scalping (technique d’allers-retours ultra-rapides basée sur l’analyse des carnets d’ordre) ou au trading algorithmique.

Plus les volumes sont étroits, plus la tentation est grande de générer des mouvements artificiels dont l’origine provient de la prise à contrepied des « mains fragiles ».

Une nouvelle illustration d’une limpidité éclatante nous en a été fournie vendredi 16 novembre par exemple avec la fausse sortie du CAC 40 sous les 3 375/3 350 points. Puisque dès le lundi 19 au matin, l’indice a réintégré son corridor de consolidation des 3 380/3 500, battant un nouveau record vieux de 25 ans : celui du plus gros écart rapporté à la faiblesse des volumes… avec 1,7 milliard d’euros échangés pour 3% de variation à la hausse.

Cela signifie que personne parmi les gérants et les institutionnels n’est passé à l’achat malgré le refranchissement des 3 400 points. Ce sont les malheureux vendeurs à découvert qui se sont transformés en acheteurs, bien malgré eux et une analyse macro-économique tout à fait pertinente.

Si vous suivez le quotidien des marchés, vous avez pu voir et entendre d’élégants gérants en costume gris déclarer avec un large sourire qu’ils applaudissaient ce rebond de 100 points du CAC 40 et qu’ils n’avaient pas manqué de sauter dans le train en marche pour ne pas passer pour des idiots.

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Ce ne sont que mensonges et simagrées de circonstance car concrètement, dans la vraie vie, ils n’ont pas acheté un bout de papier. Pas la moindre trace d’une vague de rachats à bon compte en ce lundi 19 novembre (ni d’accélération de l’activité en fin de séance) pour confirmer leur discours. Il n’y a même pas eu d’accroissement mécanique des volumes lié à la réplication indicielle par le biais des robots de gestion.

Plus troublant, depuis le 15 septembre, chaque fois qu’un rebond se produit, le marché est de plus en plus désert !
Ce n’est pas une affirmation gratuite : lors du rebond entre 3 350 et 3 540 points du 11 au 18 octobre, le volume quotidien était voisin de 2,8 milliards d’euros. De même, lors du rebond entre 3 380 et 3 500 points du 26 octobre au 2 novembre, l’activité s’est littéralement effondrée, avec moins de 2,4 milliards d’euros par séance (12 milliards en hebdomadaire).

Durant le rally amorcé lundi 16, 150 points ont été repris (+4,5%) un volume quotidien moyen nettement inférieur, à deux milliards d’euros. Ce ne sont que 1,5 à 1,7 milliard d’euros qui ont réellement été échangés en séance — les applications de clôture ne reflètent aucune prise de position de la part des gérants.

Jusqu’où l’activité va-t-elle s’effondrer ? Allons-nous vers des séances à moins de 1,5 milliard d’euros ?
Bien sûr, nous mentionnons prioritairement les statistiques communiquées par NYSE Euronext ; nous devrions y ajouter les transactions passées sur les autres plateformes — disons que cela rajouterait 30% à 40% de volumes. Nous ne le faisons pas car cela fausserait les calculs : tenez-vous bien, sur les autres plateformes, la chute d’activité est encore pire !

Depuis trois mois, les volumes s’effondrent littéralement sur les ETF de l’ordre de -40% à -50% ! De tels chiffres devraient alerter les médias, retentir comme un signal d’alarme pour les autorités boursières et les entreprises cotées ! Mais à part nous, qui met en lumière ce phénomène ?

Nous n’avons rien découvert, nous ne revendiquons aucune révolution copernicienne. Ce que nous venons d’exposer, tout le monde peut le constater… Notre étonnement vient du fait que cela n’inquiète personne ! Où sont passés les gérants d’OPCVM, les institutionnels « buy & hold » (assureurs, fonds de retraite)… et surtout les petits porteurs ?

APPLE rafle tous les volumes
Pendant que le marché parisien devient un désert et un véritable coupe-gorge pour les investisseurs particuliers, il s’échange chaque jour en moyenne 10 milliards d’euros sur le seul titre APPLE (AAPL – Nasdaq).

Le fameux vendredi 16 novembre, avec plus de 45 millions de titres échangés à environ 520$, ce sont 23 milliards de dollars (soit 18 milliards d’euros) qui ont changé de mains… et le lundi 19, séance plus calme sur APPLE, ce furent encore 17 milliards de dollars (environ 13 milliards d’euros) échangés.

Selon les séances, cela représente un volume 5 à 10 fois supérieur à celui du marché parisien. Dit autrement, en une séance, APPLE génère autant de chiffre d’affaires que la Bourse de Paris en une semaine de cotation — voire en 10 séances !

Vous réalisez maintenant à quel point il est facile de manipuler n’importe lequel des 40 titres de notre indice hexagonal : avec moins de 1% des capitaux échangés sur APPLE (soit 130 millions d’euros), un gros opérateur (hedge fund, BFI d’une banque systémique) peut à volonté faire s’envoler ou s’effondrer de 5% (ou plus) n’importe quelle valeur du CAC 40.

Avec 10% des volumes négociés chaque jour sur APPLE, un ou plusieurs sherpas de la City ou de Wall Street agissant de concert peuvent faire décaler l’ensemble du CAC 40 de 1% à 1,5% dans le sens qui les arrange…

Tout le monde a bien compris qu’une poignée de gros opérateurs peut décider souverainement de ce que fera ou ne fera pas le CAC 40

De sorte que plus personne ne cherche à anticiper quoi que ce soit ; il n’y a plus qu’à les regarder s’amuser entre eux avec les indices.

C’est probablement ce qui est en train d’advenir, un peu comme à la fin d’une partie de Monopoly, lorsque l’un des concurrents — aidé par la banque (centrale) qui lui accordait à chaque tour deux fois plus de liquidités qu’aux autres — a ratissé les autres joueurs. Il se retrouve à la tête d’un magnifique paquet de billets de Monopoly mais le jeu est mort… et plus personne ne peut connaître la valeur réelle d’aucun bien.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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