Pourquoi la correction de Wall Street n’a-t-elle pas démarré plus tôt?

Rédigé le 26 mars 2018 par | A la une, Analyses indices, Indices, sociétés et marchés, US Imprimer

Graphique BourseLe CAC40 sous 5 100 points, le Dow Jones sous les 23 850 et le S&P 500 sous les 2 600, c’est chose faite. Pour les 2 principaux indices de Wall Street, nous assistons à la formation d’une configuration de retournement de tendance moyen terme que j’appelle « le chameau »: une tête emmanchée sur un long cou (l’accélération parabolique finale d’une fin de vague long-terme) puis une « nuque » (1er épisode correctif qui « casse l’ambiance ») suivie de la construction de deux bosses de hauteur pratiquement égale avant que les cours ne plongent sous le niveau de la croupe.

Les choses sérieuses commencent. La question qui demeure est : pourquoi la correction n’a-t-elle pas démarré plus tôt ?

Menace nucléaire et rendement des obligataires, des catalyseurs baissiers en puissance

Comme par exemple lorsque le rendement des T-Bonds à 2 ans a dépassé les 2%, c’est-à-dire le rendement des valeurs du S&P 500 et du Nasdaq, effaçant par la même la prime sur les actions par rapport à une rémunération obligataire sans risque.

Ou encore lorsque Donald Trump et Kim Jong-Un ont commencé à brandir des menaces d’apocalypse nucléaire. Non pas que quiconque ait pris ces gesticulations très au sérieux mais le plus effrayant fut que le Pentagone ait alimenté les spéculations sur l’évolution de la doctrine nucléaire américaine.

Elle serait non plus seulement tournée vers la riposte dissuasive massive, mais pourrait appuyer ponctuellement des frappes conventionnelles afin d’anéantir le potentiel militaire d’un adversaire tel que la Corée du Nord.

Ce pourrait être du bluff mais Donald Trump avait plaidé dès son accession au pouvoir en faveur de la modernisation – à grand frais – de l’arsenal nucléaire américain.

Il ne s’agit pas d’une grande révision des 50 ans (avec de nouveaux vecteurs plus rapides et plus précis transportant des charges faisant de gros dégâts) mais bien d’une reconfiguration de l’armement nucléaire en vue d’un usage quasi conventionnel… presque banalisé.

Donald Trump a signé vendredi, à contrecœur, le budget fédéral 2018 d’un montant de 1 300 Mds$ – qui ne comprend aucun financement pour la construction d’un mur avec le Mexique – pour l’unique raison suivante : une forte hausse des dépenses d’armement qui « rendra l’Amérique plus puissante que jamais ».

Le détail des achats de matériel destiné au Pentagone a fait flamber Boeing (+2,5%) puis Lockheed Martin, Northrop Grumman et Raytheon de +4% en moyenne jusqu’en milieu de séance.

Nouvelles têtes et têtes brulées à la Maison-Blanche

Wall Street aurait également pu décrocher en voyant Donald Trump limoger, 10 jours plus tôt, les derniers conseillers de la première heure (Gary Cohn, H.R. McMaster), ceux qui étaient jugés à peu près compétents et n’avaient pas le profil de « têtes brûlées » comme ses nouvelles recrues, Peter Navarro et John Bolton.

Il y a 2 ans, Donald Trump – très critique envers l’offensive en Irak du 20 mars 2003 (c’était il y a tout juste 15 ans) – estimait que de nombreux membres de l’équipe Bush auraient dû passer en jugement.

Aujourd’hui, il les embauche, et notamment John Bolton, le théoricien des guerres préventives qui participa à la grande « intox » des armes de destruction massive de Saddam Hussein (dont il souhaitait le renversement par une opération militaire dès 1996).

En ce qui concerne la guerre commerciale avec la Chine, les Etats-Unis semblent prêts à déclencher les hostilités afin d’obtenir 100 Mds$ de réduction des excédents chinois. Et Pékin est prêt à riposter : 128 produits américains sont sur la liste rouge – ils pourraient faire l’objet d’une surtaxe de 15% à 25%.

Cela fait partie du jeu mais il y a un moment où il faut savoir s’arrêter.

Et ce moment ne vient pas… ou pas assez vite aux yeux de Wall Street.

La chute de -5,7% des indices américains la semaine dernière (et de -6,5% pour le Nasdaq) constitue peut-être un coup de semonce en direction de la Maison-Blanche.

Un budget voté à contrecœur

Donald Trump a profité de la conférence de presse consécutive à la signature du budget 2018 pour affirmer que « les fondamentaux économiques sont les meilleurs que l’Amérique ait connu depuis des décennies et que Wall Street va continuer d’aller très bien ». Il ajouté en fin de conférence, avant de quitter la salle et répondant à la volée à un journaliste qui s’inquiétait de la baisse du Dow Jones, que « les marchés sont parfois sur une autre planète ».

Donald Trump n’est peut-être pas encore sur une autre planète… mais il s’en rapproche certainement.

Et plus personne à la Maison-Blanche n’a suffisamment de poids pour le faire revenir sur Terre : ça, c’est un vrai gros problème.

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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