Pourquoi je ne jouerai pas les biotechs

Rédigé le 14 mars 2011 par | Biotechs et Medtechs, Mid et Small Caps Imprimer

Je vais peut-être vous étonner, mais s’il y a un secteur dans lequel je n’investirai pas…

C’est bien celui des biotechnologiques.

Attention, je ne dis pas que ce secteur n’est pas attrayant. Il développe en effet des médicaments vraiment innovants et permet des avancées médicales considérables. Il permet parfois à de brillantes sociétés de nouer des partenariats avec des grandes sociétés pharmaceutiques… et même à certains investisseurs bien informés de s’enrichir considérablement.

Alors pourquoi une telle aversion de ma part ? D’abord, parce que, en plus du business plan, des ratios financiers et de l’analyse financière qu’il faut étudier et maîtriser — ceci étant dans mes cordes –, il faut aussi et surtout être ultra connaisseur de ce milieu, des avancées médicales et du potentiel d’un médicament. Ce que je ne maîtrise pas, contrairement à mes collègues américains Patrick Cox et Ray Blanco qui, eux, sont LES spécialistes.

En fait, je trouve simplement que Bourse et Biotechnologies ne font pas bon ménage. Les performances boursières sur un an sont catastrophiques. Encore une fois, je parle en non connaisseur du milieu et, d’un point de vue indiciel… car il est évident que si vous choisissez bien votre pépite… cela peut être la richesse assurée.

Mais je me contente de ce que je sais faire et je regarde donc les performances des valeurs du secteur sur Euronext… Je dois dire que je suis content d’être resté à l’écart. Jugez plutôt… Sur les douze derniers mois, Nicox a perdu 62%, Transgène perd 42%, Hybrigenics abandonne 35% tandis que Neovacs perd 25% et Genfit 24%.

Raison suffisante pour moi pour laisser ce secteur de l’activité se financer exclusivement par des fonds d’investissement spécialisés et non par le grand public, peu à l’aise avec toute la terminologie d’un secteur très difficile à appréhender pour le commun des mortels. Car qui à part un chercheur ou un médecin bardé de diplômes peut être capable de discerner si telle ou telle molécule est capable de devenir un vrai médicament avec des effets positifs indéniables ? C’est très difficile, vous en conviendrez… Tenez, dès 2009, ma collègue Simone Wapler, du magazine MoneyWeek, prévenait ses lecteurs de l’arnaque Nicox mais vous le savez comme moi : de nombreux particuliers se sont fait avoir par les fausses promesses mirobolantes de la biotech.

Ces parcours boursiers sont, à mon avis, aussi dus à des arrivées sur le marché trop rapides, eu égard au pipeline des sociétés concernées. Les valorisations boursières des biotechnologiques à l’introduction sont souvent stratosphériques, en inadéquation évidente avec les valorisations réelles de la société. Les entreprises s’introduisent en Bourse trop vite, sans avoir beaucoup de molécules en phase 2. Cette phase permet de procéder à des essais sur un grand nombre de sujets sélectionnés parmi les patients à qui le traitement est destiné. Mais elle n’est qu’une étape avant les études cliniques de phase 3– durant laquelle les médicaments sont testés à grande échelle sur des patients afin de recueillir des preuves supplémentaires de son innocuité et de son efficacité. Cette phase est la plus cruciale dans la mesure où les résultats ont l’incidence la plus marquée sur les perspectives de l’entreprise.

Or là, le parcours n’est pas fini ! Même si cette étape est couronnée de succès, il reste à franchir les portes des autorités gouvernementales, notamment celles de la célèbre FDA (la Food and Drug Administration). Et rien n’est joué avec les autorités américaines. On se rappelle qu’en mai dernier, Nicox a été recalé par la FDA sur le Naproxcinod qui promettait de soulager les signes et les symptômes de l’arthrose. Ni une ni deux : à cette annonce, le titre a perdu 50% de sa valeur et a du entamer une politique de réduction des coûts.

Même Transgène, protégé pourtant par un actionnariat solide avec notamment Biomérieux, a sérieusement dévissé en Bourse quand le laboratoire Roche a décidé de mettre fin à sa collaboration avec la société biopharmaceutique française sur le produit TG4001 dans le traitement de maladies dues au virus du papillome humain.

Mais encore une fois, il y a des pépites. Sauf qu’il faut être spécialiste, et que je ne le suis pas. Et certes, il y a aussi des coups à faire à très court terme (mon collègue Mathieu avait proposé de jouer Nicox par exemple sur des arguments purement techniques, et bien lui en a pris !) ; mais je suis analyste financier, et je regarde les fondamentaux d’un titre. Or, dans un biotech, les fondamentaux ne me parlent pas ; je n’y comprends rien ! Et puis, il y a trop d’étapes dans le développement d’un médicament et il faut avoir le coeur solide pour jouer ce concept en Bourse.

Un bon conseil donc : faites comme moi, restez à l’écart… Il y a mieux à faire dans le domaine de la santé.

Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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