Pour la Bourse de Shanghai, la guerre commerciale avec les USA dure déjà depuis plus d’un mois

Rédigé le 5 juillet 2018 par | Toutes les analyses Imprimer

Attachez vos ceintures ! Donald Trump pourrait concrétiser ses déclarations de guerre commerciale avec la Chine, et par extension avec quiconque dégage des excédents face aux Etats-Unis, dans moins de 24 heures !

La première salve de sanctions douanières pourrait être tirée par la Maison-Blanche ce vendredi, un événement historique, aux répercussions potentiellement considérables – mais pas sans précédent.

Les funestes précédents du protectionnisme « made in USA »

Ronald Reagan s’était en effet essayé à cet exercice en 1986 afin de protéger le secteur des machines-outils, alors que le Japon inondait les Etats-Unis de ses automates révolutionnaires. Le protectionnisme n’a toutefois pas permis à l’Amérique de combler son retard technologique et les surtaxes furent au bout du compte abandonnées compte tenu de leur impact négatif sur la croissance.

Seize ans plus tard, George W. Bush avait invoqué l’article 201 de la loi sur le commerce de 1974 pour augmenter les droits de douane sur l’acier et ainsi protéger une industrie vitale. Cette mesure ne fut cependant que temporaire, la surtaxe ayant pris fin en décembre 2003 sur le constat amer d’un véritable désastre en matière d’emploi, même si quelques hauts fourneaux obsolètes avaient pu être maintenus en activité.

Vendu à des tarifs inadéquats pour le secteur automobile, l’acier « made in USA » s’était en effet soldé par quelque 200 000 suppressions de postes en l’espace de 18 mois.

Qu’à cela ne tienne : Donald Trump est plus déterminé que jamais à rendre sa guerre commerciale profitable. Il y parviendra car les précédentes avaient été initiées par des fonctionnaires et des « incompétents », alors que lui, c’est un vrai businessman qui sait mieux que quiconque conclure de bons deals !

Les investisseurs chinois s’inquiètent

Pour Trump, tous les accords commerciaux signés depuis le début du XXIe siècle ont été mauvais pour l’Amérique : uniquement de mauvais deals qui lui ont coûté des millions d’emplois et des centaines de milliards de déficit cumulés chaque année.

L’heure de prendre une juste revanche a sonné… mais Wall Street feint de croire que Donald Trump ne joindra pas la parole aux actes : à quatre mois des élections de mi-mandat, il tient le discours démagogique qu’affectionne son électorat, largement constitué de victimes directes ou collatérales de la mondialisation.

A contrario, les investisseurs chinois prennent quant à eux très au sérieux les menaces du président américain, pour la bonne raison que si c’était Pékin qui avait manifesté le même degré d’hostilité à l’encontre des Etats-Unis, ce ne serait pas du bluff.

Personne ne doute d’ailleurs que la riposte promise en cas de surtaxe de 34 Mds$ de produits chinois sera mise à exécution dès ce week-end.

Et cette crainte a commencé à se matérialiser il y a six semaines : l’indice SSE (le principal baromètre de la Bourse de Shanghai) a plafonné sous les 3 215 points vers le 21 mai puis a commencé à dévisser sans rémission (perte linéaire de 15%), jusqu’à inscrire un plancher de 2 725 points avant-hier.  Le voici désormais pratiquement à parité avec le S&P500 et il est en train de se rapprocher d’un nouveau plancher, celui des 2 650/2 630 points de fin janvier et fin février 2016.

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Il ne reste plus que 4% de potentiel à la baisse avant que la situation ne devienne franchement préoccupante, car sous 2 600 points il n’y a plus vraiment ni soutien technique, ni support identifiable avant 2 300/2 290 points (le plancher de fin octobre 2014).

Peut-être faut-il prendre le risque d’oser se positionner à l’achat vers les 2 650 points sur le SSE… Mais attention ! Car si dans le même temps, Wall Street amorce – enfin – une correction et que le S&P500 chute sous les 2 700 points, il vaudra mieux alors ne toucher à aucun indice ni à aucune action, qu’elle soit chinoise, américaine, européenne ou émergente… ou bien se positionner à la baisse, comme nous continuons de le faire dans ma lettre confidentielle !

« Ceci n’est pas une dévaluation » (Xi Jinping façon Magritte)

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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