Politique monétaire : la ligne rouge est franchie !

Rédigé le 18 septembre 2012 par | Matières Premières Imprimer

Une énorme attente
L’événement de la semaine dernière était la réunion de politique monétaire de la Fed et la très attendue conférence de presse de Ben Bernanke. Alors que les indices restaient proches de leurs plus hauts malgré quelques prises de bénéfices en début de journée, l’euro lui, caracolait toujours au-delà des 1,29 $.

Les marchés, littéralement en mode « espoir » depuis les propos de Mario Draghi, avaient de fortes attentes concernant le discours de Bernanke.

Et ils n’ont pas été déçus !

QE3 : 40 milliards de dollars par mois !
Après Mario Draghi qui a annoncé des rachats illimités d’obligations souveraines sous certaines conditions, c’est au tour de la Fed d’engager des mesures sans notion de limite.

Moins direct, Ben Bernanke a assuré que les taux resteraient bas « pendant un temps considérable après la reprise économique« . Et d’ajouter qu’un nouveau programme de rachats, le fameux quantitative easing, s’élèverait à 40 milliards de dollars par mois principalement en obligations adossés à des actifs immobiliers (Mortgage-Backed Securities). L’opération durera jusqu’à ce que la situation sur le marché de l’emploi s’améliore nettement.

Virage stratégique pour la Fed
La véritable nouveauté de ce QE3, c’est bien entendu l’extension quasi illimitée de la portée de ces actions. C’est un véritable virage de la politique monétaire de la Fed, qui délaisse « officiellement » ses objectifs de stabilité des prix pour mettre en avant des objectifs concernant l’emploi et indirectement la croissance.

Cela fait suite à l’essai du professeur Woodford publié lors du symposium de Jackson Hole, mettant en lumières, selon lui, les défaillances de la politique monétaire de Ben Bernanke.

M. Woodford, professeur d’économie à l’université de Columbia, en arrive à la fin de sa démonstration, à deux conclusions.

  • La Fed devrait lever l’ambigüité sur la durée de ses actions en assurant des taux bas jusqu’à ce que la situation s’améliore nettement et ne nécessite plus « naturellement » de maintenir des taux planchers.
  • Que la Fed devrait, non plus viser la stabilité des prix, mais bien se doter d’un objectif chiffré de PIB nominal, là aussi, afin de clarifier sa politique et rassurer les marchés en visibilité.

Jusque-là rejetée par le comité monétaire, il semble pourtant que l’idée fasse son chemin comme l’illustre le changement de ton du président de la Réserve fédérale américaine.

Virage fatidique pour l’économie mondiale ?
La fuite en avant aurait-elle franchi la ligne rouge, sans possibilité de retour ?

J’en ai bien peur en effet.

Toutefois, il faut reconnaître une certaine habileté à Mario Draghi et Ben Bernanke qui, dans deux styles différents, ont donné exactement aux marchés ce qu’ils attendaient sans perdre pour autant la face, ni inquiéter outre mesure les Etats.

Mais le constat est le même des deux côtés de l’Atlantique, les politiques monétaires seules ne peuvent rien faire contre cette crise qui continue de s’installer dans tous les rouages de l’économie.

Sans une prise de conscience politique, peu probable aux vues des échéances électorales, il se pourrait bien que les plans salués aujourd’hui par des nouveaux plus hauts sur les marchés, deviennent pire que le mal qu’ils doivent soigner.

Les symptômes à venir
Les liquidités déversées auront toujours autant de mal à améliorer la situation des crédits aux entreprises et aux particuliers, pénalisant dans le même temps la consommation et donc la croissance.

En revanche, il me semble que le risque sur la stabilité des prix est aujourd’hui bien trop sous-évalué.

Vendredi dernier, la hausse des prix à la consommation affichait 2,6% en Zone euro principalement due aux matières premières. A l’inverse, l’indice hors énergie chute à 1,5% illustrant les pressions déflationnistes.

Croissance faible, prix instables et livrés à eux-mêmes couplés à des marchés financiers déconnectés de la réalité forment un cocktail de plus en plus explosif.

Et les devises alors ?
Eh bien c’est tout le paradoxe du Forex et de tous les autres marchés. En franchissant la ligne rouge de l’illimité, la Fed ouvre la voie à une spéculation autour des chiffres du chômage.

Désormais, l’emploi va devenir le véritable point focal des intervenants avec l’effet pervers suivant :

Tant que l’emploi ne s’améliorera pas, la Fed continuera de soutenir l’économie et donc les marchés seront euphoriques.

Ainsi, on en revient une nouvelle fois à un paradoxe transformant un problème macro-économique majeur, le chômage, en véritable catalyseur de la hausse des marchés.

Il n’y a pas un truc qui vous choque ?

L’euro à un plus haut de quatre mois
La nature a horreur du vide. L’analyse technique aussi.

L’euro est ainsi venu fermer un gap datant du mois de mai, à l’origine de la forte vague de baisse qui a amené la paire EUR/USD à 1,20$, alors que les tensions obligataires étaient à leur paroxysme.

Graphique du cours de la paire EUR/USD

Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

Ainsi le retour de la paire dans cette zone de résistance est un signe fort.

La tendance à moyen terme est remise en cause et celle à long terme devient sous pression.

Après la forte hausse de ces dernières semaines et la fin du suspens concernant la Fed, une vague de prise de profits est probable.

Je privilégie donc la vente de la paire depuis 1,3155 avec un stop loss au-dessus de 1,3290, pour viser un retour sur 1,2750/1,2780.
[NDLR : Depuis le 23 juillet, la stratégie 9 O’Clock Trade de Jérôme Revillier a enregistré une performance de +23,12% grâce à 19 gains sur les 25 dernières positions : continuez votre lecture pour profiter de la prochaine vague de gains…]

Bonne semaine et bons trades !

Première parution dans l’Edito Matières Premières & Devises du 14/09/2012.

 

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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