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Pétrole d’Alberta, nucléaire offensif, OTAN au rebut : Trump tourne rageusement la page de son échec Obamacare

Rédigé le 27 mars 2017 par | A la une, Statistiques et données macro, Taux & Devises Imprimer

 

« Je n’ai jamais dit qu’il fallait enterrer Obamacare en deux mois ». C’est par ce mensonge colossal (qui est démenti par toutes ses déclarations officielles comme candidat puis comme nouveau Président) que Donald Trump a choisi de relativiser son incapacité à rassembler une majorité pour abroger et remplacer la loi Obamacare.

Face à l’échec, il a même décidé de renoncer à affronter le vote et, afin de détourner l’attention des médias, il annonce se lancer immédiatement dans son prochain combat politique : il entend lancer « tout de suite » les discussions sur la réforme fiscale – celle que Wall Street attend avec ferveur depuis son élection.

Trump echec obamacare

Et pour s’assurer que tout le monde « parle d’autre chose », Donald Trump a signé le décret permettant à la société TransCanada de relancer la construction de l’oléoduc Keystone.

Wall Street n’est jamais malade ; il a juste besoin de dopant fiscal

Vendredi, pourtant, aucune réaction de Wall Street face au manque de coopération du Congrès pour abolir l’Obamacare – la com.’ de la Maison Blanche a bien fonctionné. Evidemment, ce n’est pas la réforme qui va concerner Wall Street directement : les salariés des grandes institutions financières se moquent du maintien ou de la révocation du système de santé puisqu’ils bénéficient de mutuelles (ou même de « super-mutuelles ») qui leur assurent l’accès aux meilleures cliniques et hôpitaux. En revanche, la réforme fiscale, elle, est très attendue : quelques cadeaux fiscaux taillés sur mesure pour les plus riches et détenteurs de parts de sociétés seront très appréciés. Pour l’heure, Wall Street ne price pas encore la défiance du Congrès face à Trump, et ne semble pas prendre pleinement conscience du « risque » que Trump ne puisse pas réaliser ses grandes promesses.

Les déficits fédéraux que la réforme fiscale va engendrer ne sont nullement une source d’inquiétude puisque cela débouchera immanquablement sur le recours à la planche à billets – qui ira immanquablement irriguer les marchés financiers, comme ce fut toujours le cas depuis mars 2009.

Ceci dit, l’allocution de Trump contenait un joli moment de bravoure lorsqu’il a évoqué le fait que le programme Obamacare allait s’effondrer de lui-même, du fait de propre incohérence financière.

Un concept intéressant pour un pays qui finance à fonds perdu des guerres impériales ruineuses depuis 2002 et qui a sauvé ses banques en faillites en 2009 : ainsi destruction, chaos, fraudes, faillites ont la garantie d’être financés et de perdurer mais les soins au profit des plus vulnérables, les aides au logement, les programmes pédagogiques ont vocation à disparaître du fait d’une absence de financement.

Diplomatie ou OTAN : des concepts d’un autre âge

Parmi les concessions accordées à la nécessité de faire des économies, outre la réduction de certains programmes sociaux, il y une baisse des crédits accordés à la Diplomatie (inutile de faire semblant d’être diplomate depuis que Trump est aux commandes, et personne n’y croit plus depuis le voyage officiel d’Angela Merkel à Washington) et à l’OTAN (une institution d’un autre âge). Donald Trump a déjà fait savoir qu’il ferait tout pour réduire la contribution des USA et que les Européens devaient financer plus généreusement leur propre défense. Il a d’autres priorités – comme rénover et recalibrer l’arsenal nucléaire américain !

De hauts gradés influents du Pentagone songent à l’adapter à une potentielle stratégie de « frappe tactique de première intention »… d’où le caractère obsolète de l’OTAN pour qui l’équilibre de la terreur a transformé l’atome en recours purement défensif.

Non, vraiment, la seule thématique géostratégique qui ne se démode jamais aux yeux de générations de Présidents américains : le pétrole, c’est à dire l’approvisionnement énergétique des USA.

Pétrole de schiste et America First : tant pis pour la planète

Comme je l’ai évoqué plus le feu vert haut, Trump a donné le feu vert à la construction de l’oléoduc Keystone, qui permettra d’acheminer le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta vers les raffineries du centre des États-Unis, à travers les territoires sacrés des indiens qui sont priés de troquer leur cultes ancestraux (communion avec les esprits des grandes plaines et des rivières, harmonie avec mère-nature, etc.) au profit de l’adoration du grand totem-serpent argenté rempli d’huile de roche.

L’indépendance énergétique des États-Unis est à tel point l’enjeu de la succession de Présidents américains qu’ils se soucient fort peu que le pétrole importé du Canada soit le plus polluant, le plus anti-écologique de la planète, et surtout, le plus coûteux à produire puisqu’il faut chauffer et traiter chimiquement les sables bitumineux pour en extraire un carburant exploitable, au prix de milliards de tonnes de résidus toxiques dont la décontamination engloutirait plusieurs fois le budget Energie du Canada !

Mais Wall Street se soucie fort peu d’écologie… En revanche, les spécialistes des commodities feraient bien de se soucier de la pression sur les prix que fera peser une surabondance de pétrole en provenance de l’Alberta, alors que la raison et la santé de la planète aurait commandé que cet or noir reste prisonnier des sables du grand ouest canadien.

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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