Pertes de la Deutsche Bank : un petit pas vers la fin du système ?

Rédigé le 9 octobre 2015 par | Actions, Indices, sociétés et marchés Imprimer

La Deutsche Bank est un éclaireur du grand nettoyage des écuries d’Augias du secteur bancaire européen.

Le monstre allemand a décidé de rayer de son bilan la moitié de ses survaleurs (ou goodwill). Rappelez-vous : le goodwill, c’est un truc comptable qui vous permet de soutenir mordicus que 1 + 1 = 3 et d’inscrire 3 dans la colonne « actifs ». Cela s’applique aux « actifs incorporels », c’est à dire des choses immatérielles, qu’on ne peut toucher.

Vous ne pouvez pas donner de la survaleur à un tas de pommes de terre, par exemple. Tout le monde connaît peu ou prou le prix des pommes de terre ; si vous dites que votre tas de pommes de terre vaut deux fois plus cher que celui des autres parce qu’il y a une truffe dedans, au bout d’un moment, on vous demandera de montrer la truffe. Donc, difficile de gruger sur le tangible.

En revanche, avec les « actifs immatériels », tout est possible : brevets, fonds de commerce, licences et parts d’entreprises. Qui va aller contester ce que ça vaut vraiment ? Vous acquérez un fonds de commerce pour 1 € mais vous déclarez comptablement qu’il vaut 2 € (1 € de survaleur donc). Il suffit de dire que :

Et hop, un petit coup de survaleur !

Pour une banque, ce tour de passe-passe est très important car il lui permet de gonfler ses fonds propres et donc de prendre plus d’engagements. Son levier potentiel augmente donc sur les marchés.

Les goodwill de Deutsche Bank étaient nichés dans sa branche banque de financement et la division clientèle privée et professionnelle. Au deuxième trimestre 2015, elle avait pour 14,95 Mds€ de goodwill ; aujourd’hui, elle en a rayé la moitié. Ajoutez à cela une provision pour litiges de 1,2 Md€ et le compte y est.

Enfin, presque… Car Deutsche Bank a indiqué que les montants communiqués étaient susceptibles d’évoluer. Quant aux litiges… en a-t-on vraiment fait le tour, même avec les 6 000 dossiers actuellement ouverts ? En dehors des manipulations de marché, les litiges pour « blanchiment » et « fraude fiscale » pour les établissements opérant en zone dollar se multiplient.

Qui se souvient que Deutsche Bank a déjà procédé à une augmentation de capital de 8,5 Mds€ le 25 juin 2014 ? Peut-être un responsable de chez Standard & Poor’s qui, le 9 juin 2015, a abaissé la note Deutsche Bank à BB+, une note inférieure à celle accordée par Fitch à Lehman, trois mois avant sa faillite…

Sous la plume jargonneuse des journalistes payés pour ne pas voir, vous pouvez lire que les ratios de fonds propres durs, le fameur « core tier one », ne sont pas « impactés ». Les ratios pondérés des risques, c’est magique. Il suffit de ne pas apprécier les risques !

La vérité est que Deutsche Bank a un ratio Engagements / Fonds propres supérieur à 30, que c’est un monstre des produits dérivés qui pèse 75 000 Mds$, soit 20 fois le PIB allemand – ces produits que Warren Buffett appelle « des armes de destruction financière massives » ; Gillian Tett (une journaliste du Financial Times qui a des yeux) a plusieurs fois averti que Deutsche Bank était un Lehman Brothers européen en puissance.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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