PCAS : la rentabilité sera son salut

Rédigé le 6 mai 2011 par | Biotechs et Medtechs, Mid et Small Caps Imprimer

Lorsqu’on évoque la chimie de spécialités en Bourse, inéluctablement on pense à RHODIA et à son parcours boursier dont l’épilogue aura été le rachat par SOLVAY avec une prime non négligeable de 50% par rapport au dernier cours coté.

Par contre, je suis sûr que vous ne pensez jamais à PCAS (FR0000053514 – PCA), une société cotée sur l’Eurolist C. J’ai rencontré mercredi matin son P-DG, Christian Moretti, lors d’un petit-déjeuner chez Carette.

L’homme a d’abord commencé dans la banque d’affaires avec notamment des débuts chez Paribas dans les années 70 — après une solide formation HEC suivie d’un MBA à Columbia. Mais il a, m’a-t-il dit, « très vite compris que je ne pouvais pas me faire une place solide au sein de la banque, étant concurrencé par des X Mines aux profils plus complets ». Sans revenir sur toute son histoire, Christian Moretti est donc ensuite passé à l’industrie ; il s’occupe aujourd’hui exclusivement de PCAS et de DYNACTION, actionnaire à hauteur de 65% de PCAS.

Alors que je lui demande si une fusion n’est pas finalement ce qu’il y a de mieux à faire entre les deux sociétés, étant donné qu’elles sont toutes deux cotées et que la seule participation de DYNACTION est PCAS, il me répond avec un large sourire : « Nous y pensons »… (Entre vous et moi, c’est tout de même l’Arlésienne car cela fait des années que tout le monde y pense et qu’il ne se passe rien).

Mais revenons à PCAS.

60% de son chiffre d’affaires (de l’ordre de 158 millions d’euros en 2010) est réalisé dans la branche « synthèse pharmaceutique ». Ce qui veut dire ? En clair, que les équipes de PCAS préparent pour les sociétés pharmaceutiques innovantes des produits actifs, permettant ainsi à ses industriels de réaliser des essais cliniques. Parmi ses clients figurent, vous vous en doutez, des biotechs. Mais pas seulement.

PCAS développe également pour son propre compte de nouveaux procédés de fabrication d’actifs pharmaceutiques, dont les brevets sont aujourd’hui dans le domaine public : les fameux génériques…

Cette division a connu un exercice 2010 morose avec une baisse de l’ordre de 10% de son CA, à 99,4 millions d’euros. Cette baisse de son activité a été due en grande partie à des annulations de commandes importantes à cause du refus de la FDA (Food and Drug Administration) d’homologuer certains nouveaux traitements « Cela peut arriver quand il y a refus des autorités américaines et cela nous a sévèrement pénalisés au S2″ indique Christian Moretti — une des raisons pour laquelle je n’aime pas trop les biotechs en Bourse… Il est vrai qu’alors, le groupe avait enregistré un bénéfice net de 2,8 millions d’euros au premier semestre et il a terminé l’année avec une perte de 4 millions d’euros. On peut également invoquer, parmi les éléments qui expliquent cette année plutôt noire, les hausses sensibles de matières premières.

L’autre division du groupe, communément appelée la « chimie fine de spécialités », se porte beaucoup mieux.

L’an dernier, elle a connu une progression de 36,5%, croissance qui s’est vérifiée au premier trimestre avec une progression de 14% (contre +2% pour la division « synthèse pharma » que je viens d’évoquer).

La chimie fine de spécialités… Alors, là encore, qu’est-ce donc ? C’est par exemple la fourniture d’ingrédients pour la parfumerie, les cosmétiques ou encore les arômes et les produits d’entretien. C’est également le développement du photovoltaïque de quatrième génération dans la bio-énergie, ou encore dans les matériaux de super-isolation thermique. C’est enfin la fourniture de molécules destinées à des applications comme la protection des surfaces ou la transformation des métaux. « Notre groupe possède neuf usines, présentes en France mais également en Finlande, aux Etats-Unis et au Canada » me dit le P-DG.

Je lui demande alors quelle est la valeur globale de ces usines. « Pour vous parler très franchement, au 31 décembre 2010, sur la base d’une évaluation faite par nos assureurs, on obtient une valeur estimée de 87,5 millions d’euros. Vous voyez qu’il y a une très forte différence par rapport à notre capitalisation actuelle de seulement 37 millions d’euros «  conclut-il avec un large sourire.

C’est vrai qu’à ces chiffres, la société apparaît décotée — mais je sais être prudent : les usines ne sont pas des produits que l’on peut vendre aussi facilement que des actions.

J’évoque ensuite avec l’homme fort du groupe les perspectives. « Elles sont plutôt bonnes. Il est encore tôt pour donner des prévisions mais je prévois un retour à la rentabilité dès cette année » explique-t-il… et de préciser ses objectifs à terme « un ratio EBITDA*/CA de l’ordre de 15% et une marge d’exploitation de 8% ».

Evidemment, je dois dire que je reste un peu sur ma faim car cela reste flou…

Reste à régler un dernier problème épineux : le remboursement d’une OBSAAR de l’ordre de 20 millions d’euros en 2012. « Nous allons négocier avec nos banquiers pour avoir un allongement du délai de remboursement. Je pense vraiment qu’on arrivera à s’entendre » précise Christian Moretti. Le gearing du groupe avoisine les 50% avec notamment 71 millions d’euros de capitaux propres.

Si la rentabilité est au bout du chemin, nul doute que l’action aura toutes les chances de s’apprécier. L’un des rares brokers qui suit la valeur a d’ailleurs un objectif de cours de 2,90 euros contre 2,70 euros actuellement. « Si l’on applique les ratios utilisés de l’opération Solvay/Rhodia, on atteint un cours de 5,20 euros » ajoute Christian Moretti. Le titre cotait plus de 25 euros il y a dix ans…

Graphique de PCAS

Pour agrandir le graphique, cliquez dessus

Reste un dernier aspect spéculatif : un industriel de la chimie grignote depuis des années des actions PCAS et des actions DYNACTION au point de détenir 20% de DYNACTION et 5% de PCAS. « Il n’y a pas selon moi de velléité de prendre le contrôle » affirme, sûr de lui, M. Moretti.

Mon avis sur PCAS…

En tout état de cause, PCAS a selon moi un potentiel boursier important, de l’ordre de 30% dans un premier temps, à condition que la rentabilité soit au rendez-vous. Car, comme je l’ai dit au président en le quittant après 90 minutes de discussion et trois cafés absorbés : « sans rentabilité… point de salut ».

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* Décryptage : EBITDA

Abréviation du terme anglo-saxon « Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization » (résultat avant frais financiers, impôts, dotations aux amortissements et provisions). Comme son nom l’indique, il met en évidence le profit généré par l’activité sans tenir compte des conditions de son financement (les charges financières), de la fiscalité (impôts et taxes diverses), du renouvellement de l’outil d’exploitation (amortissements) et des risques (provisions). L’EBITDA se rapproche de l’excédent brut d’exploitation utilisé en France, sauf que ce dernier intègre la fiscalité.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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3 commentaires pour “PCAS : la rentabilité sera son salut”

  1. […] preuve d’un retour à la rentabilité pour que l’action décolle vraiment. Remarquez, c’est déjà ce que je vous disais pour PCAS : sans rentabilité, point de salut ! Mais que voulez-vous, c’est normal : une entreprise […]

  2. […] semaine dernière, vous avez pu lire le résumé d’un long entretien que j’ai eu avec le président de PCAS Christian Moretti. Je vous indiquais que si la […]

  3. […] son plus bas niveau depuis un an, en recul de 40,7% sur la même période. IL y a eu de bons mois, dont nous avions profité à l’époque, mais depuis, le dossier est très décevant ; je suis à l’écart. AKPC_IDS += […]

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