Patrick Bensabat : « Je suis dépité quand je vois notre valorisation ! »

Rédigé le 12 novembre 2012 par | Interviews, Mid et Small Caps Imprimer

J’ai interviewé dernièrement Patrick Bensabat, le P-DG de BUSINESS & DECISION (FR0000078958), pour ma lettre d’infos et d’investissement « Mes Valeurs de croissance« . Je vous livre ici la première partie de l’interview, qui est révélatrice de la nécessité, pour une entreprise, de travailler sur ses marges si elle veut conserver l’intérêt des investisseurs.

En 1979, le bac en poche, Patrick Bensabat quitte Marseille pour émigrer en Israël et préparer le célebre Technion de Haifa (équivalent du MIT) pour devenir ingénieur. Sept ans d’études dans ce pays lui feront découvrir une nouvelle vie, beaucoup plus cosmopolite et bien loin de la Cité phocéenne qui ressemblait à l’époque à une petite ville de province. Puis c’est le retour en France avec un emploi de consultant chez GSI, une SSII de taille moyenne… avant de se lancer et de créer son entreprise à 30 ans. Ce sera Business & Decision, un spécialiste de la business intelligence.

Aujourd’hui, la société réalise 220 millions d’euros de chiffre d’affaires, compte 2 600 salariés en France, Etats-Unis, Benelux, Suisse ou encore Russie… mais est en pleine tourmente tant au niveau boursier que fondamental. La société est aujourd’hui mature, et doit trouver de nouveaux leviers. Comment ? lesquels ? C’est ce que je veux tirer au clair lors de ma rencontre avec le P-DG.

EL : Reprenons depuis le début : comment s’est déroulée la création de Business & Decision? PB : J’ai fait un business plan et j’ai cherché pendant des mois 15 000 euros pour pouvoir commencer à travailler… mais je suis rentré bredouille. Alors j’ai décidé de céder 25% de mon capital à la société qui me louait ses bureaux. En février 1992, la société est finalement créée et je récupère tout de suite comme premier client Indosuez, avec qui je travaillais avant… Puis Unilever fut mon premier client en régie tandis que le Bon Marché fut mon premier client au forfait. Il s’agissait pour le Bon Marché d’équiper le contrôle de gestion. Mais ma première grande victoire date de 1994, quand j’ai signé un contrat avec Danone au niveau mondial pour un outil de planification financière. Nous grossissions lentement mais sûrement et, en 1998, PriceWaterhouse m’a fait une offre autour de 9 millions d’euros. Chance ou malchance pour moi, PriceWater fusionne avec Coopers et l’acquisition est abandonnée au bout d’un an et demi, au moment où la Bourse est au plus haut.

EL : Justement, racontez-nous cette introduction en Bourse? PB : Elle fut trois fois repoussée en 2000 en raison des mauvaises conditions de marché mais, début 2001, je décidai quand même d’y aller, à mes risques et périls. En fait, ce fut un vrai succès : nous avons levé 15 millions d’euros pour une valorisation de 120 millions d’euros alors que nous réalisions seulement 30 millions d’euros de chiffre d’affaires ! L’année d’après, il est vrai que notre titre s’est complètement effondré à 0,50 euro… mais pour regagner, année après année, avec un plus-haut en 2007. Vous comprenez pourquoi je suis dépité quand je vois que nous réalisons maintenant 220 millions d’euros de chiffre mais ne valons plus que 25 millions d’euros en Bourse. J’ai très peu vendu d’actions si bien que je détiens aujourd’hui 60% de mon capital. Et je n’ai pas l’intention de céder des titres, surtout aux cours actuels.

EL : Vous êtes très présent dans le sponsoring. Quelle est votre philosophie ? PB : Je considère que mon entreprise doit participer à la vie de la cité en aidant les artistes ou les associations qui en ont besoin. J’ai par exemple investi personnellement dans le club de basket de Paris-Levallois qui évolue en pro A. J’ai moins de 5% du capital et le nom de Business & Decision figure sur le maillot de l’équipe. Je ne fais pas ça du tout pour gagner de l’argent mais pour accompagner une équipe de basket, sport qui véhicule pour moi de belles valeurs.

EL : J’en viens aux choses qui fâchent. La rentabilité est beaucoup moins bonne. Quelle est votre explication? PB : Notre marché dans son ensemble subit les affres de la crise économique. En période de fort ralentissement, nous sommes évidemment touchés de plein fouet. Dans le cas particulier de Business & Decision, nous avons longtemps milité pour une forte croissance, notamment externe, au détriment de la rentabilité. Cela nous a coûté beaucoup et c’est pour cela que nous passons d’un ADN de croissance à un ADN de rentabilité. Notre situation financière a également inquiété, mais nous avons réduit considérablement notre endettement.

Tout est en place pour que 2013 soit une année de nette amélioration des marges après 2012, vue comme une année de restructurations. Je n’ai pas les yeux fixés sur les cours de Bourse mais sur mon métier. Même si parfois je trouve la sanction boursière injustifiée… Mais c’est la loi du marché.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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