Partie de chaises musicales à la Fed

Rédigé le 17 janvier 2018 par | Fed, Toutes les analyses Imprimer

Jerome Powell, le successeur de Janet Yellen, reprendra les commandes de la Fed le 5 février 2018. Mais c’est déjà de l’histoire ancienne. Powell va suivre de très près la voie de Janet Yellen. Alors ne vous attendez pas à un changement dans la politique de la Fed.

Le modèle de base de la Fed reste inchangé. La Fed relèvera les taux d’environ 0,25% chaque mois de mars, juin, septembre et décembre, jusqu’à ce qu’ils atteignent 3,25% fin 2019. Les seules exceptions à cette règle seront les « pauses » marquées en cas de turbulences des marchés, de forte désinflation ou de pertes d’emplois.

Dernièrement, la Fed a légèrement renforcé son parti pris en faveur du relèvement des taux. Le but est de dégonfler en douceur des bulles potentielles touchant les cours des actifs, et notamment les bulles des actions. Ce parti pris va quelque peu pondérer les inquiétudes désinflationnistes. Pour l’instant, un nouveau relèvement des taux de 0,25% en mars 2018 semble couru d’avance.

Ce n’est pas parce que le FOMC ne fait pas actuellement les gros titres de la presse qu’il ne se passe rien d’important à la Fed. Il s’y passe en réalité beaucoup de choses, concernant le personnel, susceptibles d’affecter sa politique.

La Fed est désertée

En ce moment, seuls quatre sièges sont occupés, au Conseil des gouverneurs de la Fed. Or il en compte sept. Ces quatre sièges de gouverneurs sont ceux de Janet Yellen, Jay Powell, Lael Brainard et Randy Quarles. Il y a donc trois sièges vacants. Et ce nombre va passer à quatre lorsque Janet Yellen partira, dans quelques semaines.

Trump a nommé Marvin Goodfriend à l’un de ces sièges vacants. Il paraît qu’il est également prêt à annoncer la nomination d’un vice-président en remplacement de Stanley Fischer, qui a démissionné en octobre dernier. La confirmation de Goodfriend évolue lentement, au Sénat. Or, le processus de confirmation d’un nouveau vice-président ne peut débuter avant l’annonce de sa nomination.

Trump a besoin de 50 votes, au Sénat, pour confirmer ses candidats (si le vice-président Mike Pence vote pour faire basculer un vote à 50-50). Pour l’instant, les républicains détiennent 51 sièges, au Sénat. Alors les démocrates ne peuvent pas bloquer les candidats de Trump, sauf en cas de défection d’au moins deux républicains. Cela paraît peu probable. Même en l’absence d’obstacles politiques, la Maison-Blanche ne semble pas pressée de pourvoir ces sièges vacants.

Les républicains ont l’avantage

Trump a fait confirmer – ou est en train de faire confirmer – Powell à la présidence de la Fed, Goodfriend et Quarles (vice-président chargé de la réglementation). Quant à Lael Brainard, elle reste pour l’instant – c’est la seule démocrate.

Avec ces trois sièges vacants, les républicains auront un avantage de 3 contre 1, lors des votes, à partir du 3 février, date à laquelle Janet Yellen passera les rênes à Powell. Donc, ces sièges vont peut-être rester vacants pendant un moment, sans pour autant diluer la reprise en main de l’institution, de facto, par Trump.

La prochaine foire d’empoigne aura lieu autour du choix d’un nouveau président de la Réserve fédérale de New York, pour succéder à Bill Dudley qui va bientôt partir. Le président de la Fed de New York n’est pas gouverneur de la Fed, mais plutôt membre permanent du FOMC. C’est le conseil de la Fed de New York qui choisira le remplaçant de Dudley. C’est une lutte intestine qui ne passe jamais par le Congrès.

Tandis que les querelles autour des gouverneurs de la Fed et du nouveau président de la Fed de New York se déroulent en coulisses, la Fed selon Trump doit tout de même travailler sur sa future politique des taux d’intérêt. C’est là que les choses deviennent intéressantes, pour l’or.

L’or en position de force, quelles que soient les décisions de la Fed

La prochaine date cruciale est la suivante : le 21 mars 2018. C’est le dernier jour de la première réunion du FOMC significative, avec Powell aux commandes. Techniquement, la réunion aura lieu les 20 et 21 mars, mais l’annonce des mesures et la conférence de presse (la première de Powell) se dérouleront à 14 heures, le 21 mars.

A l’issue de cette réunion, il existe deux éventualités, toutes deux haussières pour l’or :

Autrement dit, quoi qu’il arrive, l’or sera gagnant. La décision effective de ne pas relever les taux propulserait l’or à la hausse. La décision de ne pas relever les taux favoriserait une fois de plus la désinflation et entraînerait inévitablement un assouplissement par la suite.

Dans les deux cas, pour l’or, la perspective est la suivante : un assouplissement lui est favorable en ce moment, mais un resserrement provoquera inévitablement un futur assouplissement, et lui est donc également favorable.

Le marché de l’or prêt à s’envoler

Nous avons déjà vécu ce type de processus, une fois. Le 13 décembre 2017, la Fed a relevé les taux en dépit de la médiocrité des données relatives à l’inflation. L’or a bien interprété cette action, considérant que le fait de relever les taux était une erreur et que, par conséquent, l’assouplissement aura lieu plus tôt.

Les prix de l’or ont fortement augmenté au cours des deux dernières semaines de décembre, à la suite de la décision de la Fed, pour achever l’année à plus de 1 300 $, niveau au-delà duquel ils demeurent actuellement.

Trump ne réinitialise pas personnellement les cours de l’or. Mais sa politique et ses nominations poussent le marché à corriger les cours tout seul, en « lisant correctement dans les feuilles de thé » de la Fed.

Ces dynamiques vont atteindre un crescendo le 21 mars prochain.

Selon moi, la Fed sous contrôle de Trump relèvera les taux en mars, ce qui fera flamber l’or sur une erreur de politique. Mais si la Fed ne relève pas les taux, l’or flambera dès que l’assouplissement sera perceptible. Dans les deux cas, le marché de l’or est prêt à s’envoler grâce à une Fed sous contrôle de Trump.

Bien à vous,

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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