Priez… ou achetez de l’or

Rédigé le 15 octobre 2015 par | Autres indices, Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

À l’issue de la dernière conférence à laquelle j’ai participé, le 8 octobre dernier, intitulée « quelles transformations à l’horizon 2016 », les spectateurs ont bien compris que les placements financiers (tous sans exception) risquaient de se transformer en moins values.

Même si cette perspective n’a rien de très encourageante, elle est, hélas, tout sauf surprenante dans un contexte dominé essentiellement par les flux.

Les banques centrales distribuent des billets de Monopoly, les dés roulent, des cartes « chance » sont retournées, alors on achète, on hypothèque, on construit des maisons, puis des hôtels… et comme il y a toujours plus de faux billets à écluser, on finit par bâtir des châteaux en Espagne.

Ce sont en fait des châteaux de cartes pyramidaux, étayés par des promesses de plus-values imaginaires dont les fondations et les remparts sont constitués de bons du Trésor, de dettes « corporate », de « high yield », la partie sommitale étant faite de matériaux plus faciles à empiler comme les actions, les ETF, les dérivés de volatilité, etc.

En cas de séisme financier (comme le krach boursier survenu en Chine au début de cet été), toute la structure chancelle et s’affaisse d’un cran. Nous n’avons pas eu, là, un effondrement total… mais d’une première fragilisation de la tendance haussière.

Déjà 4 coups de boutoir

Un premier choc, donc, pourtant rapidement suivi d’un second survenu fin août, toujours en Chine.

sse AU 15 OCTOBRE

Puis il y eu une troisième fragilisation, le 1er octobre, avec le « dieselgate » qui a désintégré la capitalisation de Volkswagen et précipité le DAX30 sous 9.500Pts.

Et voici maintenant le choc Wal Mart, le 4ème donc, qui annonce un profit warning sur 2016 et 2017 : la capitalisation du titre a perdu 21 Mds$ en quelque heures.

le cours de walmart  AU 15 OCTOBRE

Le plus stupéfiant, c’est que la chute du titre (-10% en séance, sa plus forte chute intraday depuis 1998) n’a pas été le moins du monde atténuée par l’annonce simultanée d’un plan de rachat d’actions (buyback) de 20 Mds$ sur 2 ans… Un montant record, si l’on excepte Apple et son programme de rachat porté cet été à 140 Mds$ (soit 70% de ce qu’il reste de la capitalisation de Wal-Mart).

Ces 20Mds$ de rachats d’actions, c’est juste l’équivalent de la capitalisation détruite par cette prise de conscience glaçante : non seulement le consommateur américain n’a tiré aucun profit des QE successifs de la FED (ni de la BoJ ni de la BCE), mais il faut abandonner l’illusion qu’il va aller voir sa banque pour dépenser l’argent qu’il n’a pas.

Ceux qui le font aujourd’hui, ce n’est plus pour acheter un téléviseur à écran panoramique incurvé à 3 000 $ où installer un jacuzzi dans le jardin, c’est pour acheter des médicaments, financer un supplément d’études ou des réparations indispensables sur le logement principal.

Rien qui soutienne le PIB américain ou préfigure une accélération de cette fameuse « reprise » qui joue à l’arlésienne depuis 6 ans.

Quel sera le 5ème choc ?

Un dérapage entre Washington et Moscou qui s’accusent mutuellement de ne pas bombarder les bons fondamentalistes ? (Rappel : les USA veulent abattre Bachar El Assad et son régime afin de soustraire la Syrie à l’influence de Téhéran, tandis que la Russie veut sauver ses bases militaires en Syrie pour continuer d’exercer une réelle influence géopolitique au Proche Orient).

Dans le cadre du conflit syrien, il devient impossible de quantifier les risques terroristes, de radicalisation des régimes des pays limitrophes, de prolifération des guerres civiles dans toute la région… et d’endiguer les potentielles déferlantes successives de millions de réfugiés vers l’Europe (le Liban et la Jordanie étant déjà à saturation).

Est-ce que le 5ème choc ne se déroule pas déjà sous nos yeux en Grèce et en Italie, ou encore avec l’Allemagne contrainte de réviser à la baisse ses prévisions de croissance mais qui rehausse symétriquement ses anticipations de déficits ?

Oui, tout est sous les yeux des marchés… mais ils ont perdu depuis 7 ans l’habitude de quantifier le risque à sa juste valeur car les QE l’ont transformé en une denrée purement spéculative.

Quand le risque disparait des consciences…

Le risque sert désormais de simple sous jacent à des outils de spéculation et ne véhicule plus aucune information pertinente sur l’état de l’économie ou sur les menaces géopolitiques. Dès qu’une banque centrale promet de rajouter de l’argent, la volatilité retombe, alors qu’aucun, mais alors strictement aucun des problèmes sous jacents n’est réglé par ce biais.

Le système est à bout de souffle. Les tricheries de Volkswagen, les super programmes de rachats de titres (à crédit le plus souvent) témoignent des dérives qu’entraine la volonté de distribuer à tout prix des dividendes toujours plus copieux, même en l’absence de croissance ou d’avantage compétitif réel face à la concurrence

Les indices boursiers ainsi que les marchés obligataires se sont remis à grimper début octobre pour de mauvaises raisons : ils se sont remis à croire que la FED maintiendra ses taux inchangés au delà de la fin 2015 – ou qu’elle orchestrera une hausse du type « l’exception qui confirme la règle de l’argent gratuit »… Avant de se résoudre à remettre en marche la planche à billets pour une fuite en avant à côté de laquelle les précédents QE feront figure d’initiatives timorées.

Si vous êtes convaincu, comme nous, que c’est ce à quoi les marchés aspirent, et qu’ils sont encouragés à y croire par la FED et la BCE, alors achetez encore plus d’or et d’argent physique. Maintenant.

Si vous êtes convaincu, comme nous, qu’amplifier les QE désintégrera la crédibilité des banques centrales et provoquera un chaos sur les marchés, alors achetez encore plus d’or et d’argent physique. Maintenant.

Si vous achetez le retour de la tendance bull, alors achetez aussi des cierges et priez pour qu’un nouveau choc ne vienne pas défrayer la chronique, pour qu’une banque chinoise partenaire d’une autre Deutsche Bank ne se déclare pas au bord de la faillite, pour que Moscou et Washington renoncent à donner le feu vert à la provocation de trop qui entrainera une escalade militaire à une toute autre échelle que le seul périmètre irako-syrien.

Priez, ou achetez de l’or.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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