La hausse de l’or : signe précurseur d’une stagflation ?

Rédigé le 22 octobre 2009 par | Matières Premières Imprimer

L’un des événements marquants de ce mois d’octobre est sans doute l’accélération haussière du métal jaune, qui est sorti d’un triangle dit symétrique en septembre avant de revenir en pullback le 2 octobre dernier comme le montre mon graphique ci-dessous.

Cette accélération est assez importante pour être soulignée, et elle doit nous faire réfléchir sur les mouvements récents des indices depuis plus d’un mois — de plus en plus hésitants et incertains.

Je lisais ce week-end l’article de Bill Bonner, très juste, sur la « dépression chronique », dans le n°53 de MoneyWeek. Ses arguments ne manquent pas pour décrire le scénario déflationniste à la japonaise vers lequel nous nous acheminons et dont je vous parlais il y a quelques mois.

Sauf que… sauf que… la progression du métal jaune et son accélération haussière récente mettent à mal ce scénario. Il reste toutefois possible mais m’a amené à m’interroger.

Revenons d’abord aux fondamentaux, au bon sens

Quand est-ce que vous achetez de l’or ?

Quand vous êtes inquiet des perspectives économiques, et parce que c’est un actif a priori sûr. Plus sûr que l’obligataire ou que les marchés actions, mais surtout qui vous protège de l’inflation.

Sauf que l’inflation est négative ; les marchés actions repartent à la hausse et le consensus nous fait miroiter la fin de la récession.

Alors comment expliquer cette progression de l’or ? C’est bien la question qui me turlupine ces derniers jours.

Passons alors à mon graphique journalier

Graphique journalier de l'or

Comme je vous le disais, on voit très bien que le métal précieux était enfermé au sein d’un triangle, figure de continuation d’une tendance, et consolidait sa hausse des dernières années depuis quelques mois depuis le pic des 1 033$. Mes collègues vous avaient fait part de leur analyse avant la sortie du triangle. J’espère que vous avez alors pu vous positionner et profiter de leurs conseils.

Ainsi, après de long mois d’attente, l’or s’est extirpé de ce triangle pour accélérer à la hausse, après avoir pris le temps de revenir tester début octobre l’ancienne oblique baissière qui lui barrait la route, désormais support au niveau des 989$. Ce niveau correspondra également dans quelques semaines à l’oblique ascendante qui sert de support au métal jaune depuis plus d’un an.

L’or brille au-dessus des 989$

Dès lors, tant que nous restons au-dessus de ce double support (horizontal et ascendant) des 989$, la tendance de l’or à moyen terme restera haussière.

Les indicateurs mathématiques viennent confirmer ce scénario : le RSI à 14 jours comme le MACD restent tous deux au-dessus d’une oblique ascendante, respectivement aux niveaux des 50, et des 8.

A plus court terme, une consolidation pourrait toutefois voir le jour alors que le RSI bute contre la zone des 70, et que les prix ont buté contre le niveau des 1 071$ l’once.

Un retour sur la double zone de support horizontale des 1 033/1 025$ (ancien top de 2008) et ancien plus haut de septembre serait donc une opportunité d’achat pour les investisseurs qui ne possèdent pas déjà une position sur cette valeur refuge. Vous avez des certificats qui vous permettent de répliquer l’évolution de l’or (attention, ils sont en euros), mais vous pouvez aussi très bien acheter de l’or physique.

Si la correction était plus marquée, nous pourrions même revenir tester les 1 000$, qui coïncideraient d’ici quelques semaines avec l’oblique de soutien depuis octobre 2008.

Ensuite, l’or devrait repartir vers de nouveaux sommets, les prochains niveaux de résistances majeurs se situant aux niveaux des 1 100$, et surtout des 1 320$, que l’on obtient en projetant le dernier mouvement de hausse à la sortie du triangle, c’est-à-dire l’objectif de sortie du triangle.

Inflation de l’or et des matières premières+croissance zéro = ?

Pour revenir aux scénarios que cela impliquerait pour les prochaines années, même si la déflation ne peut être exclue, j’ai trouvé la réponse en lisant une interview de l’un des sages de la planète finance : Jim Rogers.

Le financier explique en effet que la politique monétaire très souple de la Fed et de la plupart des Banques centrales ces derniers temps, avec des taux proches de 0 et des injections massives d’argent, sont en train de faire le lit de l’inflation, qui se reflète déjà dans les matières premières : l’or notamment, mais surtout les matières premières agricoles.

L’inflation devrait donc s’amplifier dans les prochaines années selon Rogers, dans un nouveau cycle de hausse des matières premières, couplée à une croissance proche de 0 : c’est la STAGFLATION.

Les Banques centrales devraient alors courir après cette inflation, et rivaliser d’augmentation de taux pour faire face — ce qui pèsera sur les ménages comme sur les marchés financiers (les actions pour être plus clair).

Mais ça pourrait être pire…

Ce serait un retour aux années 1970, où la stagflation faisait rage. J’en profite pour vous recommander sur cette période l’excellente série anglaise Life on Mars.

Et quand on demande à Rogers si ce n’est pas un peu pessimiste comme scénario, il nous répond simplement que cela pourrait être bien pire…Si j’essaie de décoder le texte, je crois savoir qu’il pense au scénario déflationniste en disant cela.

Bref, de deux maux, il faut choisir le moindre et l’or me semble nous donner un indice… Réponse dans quelques mois ou dans quelques années, en attendant de pouvoir voyager dans le temps pour corriger ses erreurs passées.

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Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

3 commentaires pour “La hausse de l’or : signe précurseur d’une stagflation ?”

  1. Je lis avec grand intérêt vos divers commentaires dont j’apprécie la mesure . Mon point de vue personnel est que cette crise perdurera aussi longtemps que le Président Obama n’aura pas réussi à mettre en place les dispositions permettant de controler le facteur financier dans l’économie du monde! Le financier depuis environ 25 ans a un impact exagéré par rapport à la création de valeur ajoutée tangible

  2. bonjour,

    L’article expliquait surtout de façon la plus pédagogique possible, du moins c’est son but, que nous étions en train de passer dans une autre grande phase économique pour les prochains mois, sinon les prochaines années. Ce qui n’a rien à voir avec les financiers, qui ne sont pas responsables de la crise, contrairement à ce que l’on dit… même si certains d’entre eux l’ont surement amplifié. Les financiers sont d’ailleurs nécessaires à l’économie, et même s’il existe parfois des dérives, la plupart font leur travail consciencieusement, pour des salaires loin des quelques traders dont on entend parler à la télévision. Mais pour revenir à la crise, elle est malheureusement peut être plus profonde que ce que les médias et institutions laissent à penser…

    Bien cordialement.
    SD

  3. Bonjour,

    Biensûr quelle est bien plus profonde que ce que les médias laissent penser. C’est sans doute la fin d’un paradigme. Et comme toute mutation non anticipée harmonieusement, elle risque de se faire dans la douleur. Mais je suis confiant dans la capacité de notre espèce à s’adapter et à revenir à de la mesure…peut-être nous faut-il encore quelques punitions pour convaincre les derniers  »pyrannas » de modérer leur régime carnivore!!! Mais est-ce possible? C’est la véritable question…

    Bien cordialement,

    DB

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