L’or selon Goldman Sachs, ou l’art de surfer sur une propagande contrarienne

Rédigé le 16 avril 2013 par | Matières Premières Imprimer

Nous connaissons tous par coeur le discours dominant qui affirme qu’il n’existe plus à ce jour d’autre support pour l’épargne à long terme que les actions.

Le fait qu’elles stagnent en Europe depuis le 2 janvier dernier n’y change rien : ce n’est qu’un simple contretemps, une exception qui confirme la règle… La preuve, le Dow Jones affiche +13% depuis le 1er janvier et le Nikkei +30%.

Nous glisserons rapidement sur les Bitcoins, la nouvelle unité de valeur informatique et algorithmique qui a réalisé un stupéfiant +1 000% en trois mois (passant de 20 à 200 euros)… avant de plonger de 55% le 10 avril en quelques heures jusque vers 90 euros, ce qui en fait le krach le plus rapide et le plus dévastateur de l’ère numérique.

Les chercheurs de Goldman Sachs (GS) doivent se régaler avec les Bitcoins. Voilà un cas d’école qui pulvérise tout ce que les traders de GS ont jamais pu accomplir sur les dot.com, les subprime, le pétrole et de nouveau les actions avec la complicité de la Fed.

Goldman Sachs avait bien tenté de relancer la bulle aurifère au milieu des années 90 alors que la désinflation faisait rage, notamment grâce à la diffusion planétaire des produits Made in China qui tirait tous les indices des prix vers le bas.

La « Firme » s’y était cassé les dents (vu de l’extérieur)… mais peut-être le but était-il d’offrir ponctuellement une porte de sortie honorable à certains clients pressés d’arbitrer une partie de leur fortune en faveur d’investissements autrement plus lucratifs dans les pays émergents.

Aujourd’hui, Goldman Sachs soutient la thèse inverse
Selon GS, l’or ne peut que baisser dans le contexte de « Grande rotation » des portefeuilles au profit des actions, l’aversion au risque devenant durablement nulle comme le prouve la décrue du VIX sous le plancher historique des 13/12,5 depuis fin décembre 2012.

Un double péril menace désormais les détenteurs de métal précieux. Comme le réaffirmait une fois encore Christine Lagarde le jeudi 11, « l’inflation apparaît durablement contenue aux Etats-Unis, ce qui autorise la poursuite des programmes de soutien quantitatifs à l’économie ».

Sur le marché des changes, il y a toujours des occasions de profits…
… il suffit de savoir les détecter !

C’est probablement bien plus simple que vous le pensez et ça ne prend que 10 minutes par jour, comme vous le constaterez en continuant votre lecture…

 

Ce n’est pas tout : avec le succès — dont Goldman Sachs ne doute pas un seul instant — du QE3 sur le front de la croissance et de l’emploi, la courbe des taux va se « normaliser ». Les taux d’intérêt réels vont remonter avec la reprise de l’économie américaine au second semestre 2013.

La Fed s’appliquera alors à préparer psychologiquement les marchés à la mise en oeuvre d’une exit strategy (ralentissement progressif de son programme d’émission monétaire). Elle se conclura d’ici mi-2015/début 2016 par une remontée progressive de ses taux directeurs afin de lutter contre la matérialisation des risques d’inflation induits par le recours massif à la planche à billets.

Avec la hausse de la rémunération des Treasuries (les T-Bonds US), la détention d’or — qui ne rapporte rien comme chacun sait — deviendra de la dernière absurdité, étant entendu que l’inflation restera contenue aux environs de 2%, un objectif que la banque centrale n’a jamais réussi à atteindre depuis 20 ans malgré la multiplication des opérations de quantitative easing.

L’argumentaire tient la route mais il est en décalage absolu par rapport à la vraie vie. C’est du storytelling dans la plus pure tradition hollywoodienne… ou à la Goldman, quoi !

Tout d’abord, les achats de la Fed n’ont pas pour but de relancer l’économie mais simplement d’éviter aux Etats-Unis de faire faillite du jour au lendemain. Accessoirement, cela permet aux copains de se faire de l’argent avec l’argent, beaucoup plus vite qu’il ne se déprécie pour le citoyen lambda ou les créanciers de l’Amérique.

En ce qui concerne l’inflation, son taux réel est supérieur à 5% par an depuis 2009. Le citoyen lambda perd en réalité 3% de son épargne investie sur des supports obligataires classiques tous les 12 mois… Seul l’or le protège de cette érosion.

Heureusement, le S&P 500 a repris 50% depuis début mars 2009 et les détenteurs d’actions ont largement compensé l’érosion réelle du pouvoir d’achat de leur argent. Sauf qu’en dehors des traders qui engrangent leurs gains au fil de l’eau chaque minute, chaque heure et chaque séance, les actionnaires passifs ne sont riches que virtuellement.

Si une soudaine envie — ou nécessité — de réduire la voilure s’emparait soudain des 5% d’actionnaires les plus riches qui détiennent 90% des actions en circulation, nous pourrions assister à un scénario de type « krach des Bitcoins » du 10 avril.

Les détenteurs d’or physique n’ont pas à se soucier qu’un tel scénario se matérialise. La Chine achèterait toute quantité d’or — y compris par unités de centaines de tonnes — qui se présenteraient sur le marché pendant des semaines… Et même si cela durait trois mois, cela ne lui permettrait même pas de porter ses réserves de métal précieux au niveau de celles de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, ou des Etats-Unis (dont personne ne sait plus de quelle quantité le pays est encore propriétaire).

Mais Goldman Sachs — qui se fiche éperdument de la stratégie ouvertement acheteuse de Pékin — en rajoute : « malgré la résurgence de l’aversion au risque dans la Zone euro et des données économiques US décevantes, les prix de l’or sont inchangés sur le mois écoulé, soulignant à quel point la conviction dans la détention de l’or se dissipe rapidement ».

« Les équipes de Goldman Sachs réduisent donc à 1 545 $ l’once leur prévision de prix moyen pour 2013, contre 1 610 $ précédemment. En 2014, ce prix moyen pourrait même tomber à 1 350 $, contre 1 490 $ estimé en décembre 2012 ».

Nous sommes pour une fois assez d’accord avec ces objectifs… mais pas du tout pour les raisons qu’avance GS, qui invoque des raisons « fondamentales » de vendre !

La propagande anti-aurifère de GS aura peut-être raison des nerfs fragiles de quelques spéculateurs trop engagés sur des produits dérivés à effet de levier en cas de hausse temporaire des appels de marge. Ce serait alors l’occasion de se préparer à convertir quelques liquidités dormantes sur les comptes épargne en pièces d’or.

Nous recommandons le Krugerrand d’une once d’or qui ne présente aucune prime à l’achat, ou alors des pièces de 20 $/or (mais attention, elles présentent une prime comprise entre 8% et 10% de leur poids d’or). Sinon, la pièce de 50 pesos mexicaine (d’un poids de 41,66 g, avec une prime négative de -2,5%) demeure notre favorite.

La question du timing reste naturellement primordiale
L’once d’or flirte depuis fin mars avec des niveaux de rupture importants. L’évènement le plus décisif a été l’enfoncement des 1 535 $/1 525 $ (ce plancher de décembre 2011 et mi-mai 2012 faisait office de base au triangle de consolidation).
[NDLR : Notre spécialiste des CFD, Mathieu Lebrun, avait anticipé la chute du métal jaune la semaine dernière : il a recommandé à ses lecteurs de jouer le retournement, et leur a ainsi permis d’engranger un gain de 370% en 24 heures boursières. Il n’en est pas à son coup d’essai, comme vous pouvez le constater ici : n’attendez plus pour trader avec lui !]

Nous avons également passé hier le seuil 1 425 $ (ex-zénith de novembre/décembre 2010) — ce qui nous donne désormais un bel objectif à 1 315 $/once, l’ex-plancher du 10/10 au 31/12/2010. Il s’agirait là d’un niveau de soutien majeur long terme.

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “L’or selon Goldman Sachs, ou l’art de surfer sur une propagande contrarienne”

  1. Bonjour, quelle stratégie de trade adopter avec un capital de 50000 E.? Merci et félicitations pour vos analyse et recommandations. Henri Deltimple

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