Obligataire et pétrole : deux signaux inquiétants sur les marchés

Rédigé le 15 juin 2017 par | Fed, Taux & Devises Imprimer

Wall Street finit inchangé, rien à signaler. C’est en substance la façon dont les commentateurs ont résumé la séance d’hier. A 48H de la séance cruciale des « 4 sorcières », ce n’est pas le moment de faire du zèle ou d’entamer les grandes manoeuvres.

Et c’est pourtant ce qui s’est passé sur l’obligataire… Et le communiqué de la Fed n’y est pas pour grand’chose puisque selon la chronologie des faits, tout était largement joué bien avant 20H. Explications.

La Fed assouplit déjà son discours

Le communiqué de la FED était parfaitement dans les clous des attentes (du moins, des nôtres) : elle infléchit peu son diagnostic économique mais abaisse sa prévision d’inflation de +1,9% à +1,6%, tout en réaffirmant que l’objectif des 2% n’est pas remis en cause.

Elle continue de penser que la conjoncture justifie la poursuite de la normalisation des taux… mais entre les lignes, nous comprenons qu’un seul resserrement sera au programme pour la fin de l’année. Et encore, à condition que la conjoncture (inflation, emploi et Marchés) ne se dégrade pas cet été.

Les investisseurs espèrent de surcroît qu’elle jugera plus prudent de s’abstenir au second semestre si d’autres voyants économiques (croissance, consommation, emploi) se mettent à clignoter à l’orange.

Le scénario d’une 4ème hausse d’ici décembre est donc quasiment enterré vu les chiffres du retail publiés hier.

L’obligataire anticipe déjà et les rendements chutent

Ce retournement des anticipations est à l’origine d’une soudaine rupture du palier des 2,18% sur les T-Bonds US : le rendement a chuté spectaculairement de -10 points entre 14H30 et 20H01, passant de 2,21% 2,103%.

baisse rendement 10 ans US

Il s’agit d’un mouvement de marché qui constitue à lui seul un des rares game changer de cette année, vu la masse des capitaux impactés par cette brusque hausse des supports obligataires, de part et d’autre de l’Atlantique, du AAA au plus vulnérable des « high yield » (gare aux prises de risques inconsidérées). (Nous en parlions dès hier après-midi).

Mais nous sommes décidément gâtés puisqu’un autre signal technique majeur s’est déclenché 90 minutes plus tard, dans le compartiment pétrolier cette fois-ci.

Le pétrole met ses supports en danger

Les stocks de pétrole publiés hier (surtout d’essence) sont plus importants que prévus puisque la baisse des stocks n’a été que de 1.66 million de barils contre 2.74 Mb anticipés. Ce surplus a littéralement plombé le cours du baril qui a plongé de -4% vers 44,6 $ sur le NYMEX. Le plus bas de mai dernier est carrément menacé, ce qui pourrait mener le Brent sur les 43 $ dans un premier temps.

cours du brent

Si nous mettons en parallèle la flambée du marché obligataire et le plongeon de l’or noir, nous commençons à voir émerger un début de scénario : la croissance n’est pas si robuste que Wall Street l’espère et semble singulièrement vulnérable. (ah bon ?)

Loin d’être auto-entretenue, elle ne survit que grâce aux flux injectés par la BCE, la BoE, la BoJ et malgré d’infinies précautions et une normalisation des taux extrêmement lente opérée par la Fed, le cycle déflationniste menace de reprendre le dessus.

Avec le plongeon du baril, la menace latente devient une quasi-certitude : la hausse de l’inflation du début de l’année ne fut qu’un bref épisode imputable à la hausse des prix de l’énergie… ce que les banques centrales n’ont d’ailleurs pas cherché à nier.

Combien va-t-il falloir de temps aux investisseurs pour réaliser que les marges des banques vont rapidement se retrouver sous pression avec la baisse des taux qui se profile pour l’été ?

Combien va-t-il falloir de temps aux investisseurs pour réviser à la baisse leurs attentes concernant les profits des entreprises dans un contexte de croissance redevenant médiocre ?

Enfin, comment les producteurs de shale oil, au bord de l’asphyxie avec un pétrole à 50 $, vont-ils encaisser le choc si le baril retombe sous les 40 $ ? Les créanciers ont du souci à se faire car les dettes qu’ils détiennent sur ces entreprises qui dansent sur le fil du rasoir depuis 3 ans se répartissent entre high yield et junk bonds.

Mais il n’y a plus que deux séances à tenir d’ici clôture des quatre sorcières. Ne vous inquiétez pas, les sherpas veillent au grain et soutiennent habilement les cours. La meilleure preuve, c’est que le Dow Jones a inscrit un nouveau record absolu à quelques minutes de la clôture, à 21 392 pts, avant d’en terminer à +0,2% à 21 375.

En termes de stratégie ? Après avoir recommandé l’achat d’ETF bear sur le Nasdaq100 (le QID, sur un pic de surachat historique détecté fin mai)), cette séance de jeudi pourrait bien constituer le coup d’envoi d’une stratégie plus agressive à la baisse que nous différons depuis l’élection de Donald Trump.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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