Obama, il était vraiment trop cool… Donald Trump par contre, il est pas cool

Rédigé le 16 janvier 2017 par | US Imprimer

Abby Joseph Cohen, la pythie permabull de Goldman Sachs depuis plus de 30 ans, doit savourer ce que sont devenus les marchés financiers depuis 2009 – c’est à dire depuis que les banquiers centraux en ont pris le contrôle.

Son utopie d’une hausse éternelle des actifs cotés (qui jamais ne lui apparaissent surévalués) est devenue une réalité, grâce au recours massif et planétaire à la planche à billets. Et comme les marchés se conforment toujours plus fidèlement à sa vision permabullesque, elle n’a pratiquement plus de contradicteurs et son message est désormais désespérément mainstream.

Abby Joseph Cohen sombrait doucement dans l’indifférence générale (un comble pour une ex-star de Goldman Sachs) alors elle s’empare d’une nouvelle thématique que va faire trembler dans les chaumières : celle de la croissance de la dette américaine (rires).

abby

Le déficit budgétaire a quasiment doublé au cours des deux mandats de Barack Obama (+9 000 Mds$) mais nous n’avons en encore rien vu puisque, selon ses calculs, il pourrait encore doubler d’ici 2020. (Tiens, coïncidence : cela correspond aux 4 ans de mandat de Donald Trump – le premier des 6 mandats qu’il compte assurer soit personnellement, soit par le truchement de sa sphère familiale qui n’a rien à envier aux héros de la saga « Dynastie » des années 80.)

Or Abby Joseph Cohen s’inquiète du fait que les fruits de la croissance future ne permettent pas de compenser la croissance échevelée (écervelée ?) des déficits. Mais s’est-elle jamais inquiétée de la monétisation de la dette américaine depuis l’automne 2008 ?

C’est peut-être le franchissement imminent de la barre des 20 000Mds$ de dette (contre 19 500 fin 2016, soit 100% du PIB) qui vient de déclencher la sirène d’alarme dans ses bureaux.

Que ne s’était-elle questionnée sur la spectaculaire accélération de l’endettement en 2009/2010, sur l’efficacité du QE1 de la Fed, sur l’affectation des 700 Mds$ (initialement) puis 780 Mds$ du TARP ?

Ah oui, au fait… Où est passé tout cet argent ? Et qui a été chargé de son affectation puis de sa restitution aux contribuables américains, sinon un ex-Goldman (Neel Kashkari) ? Abby pourrait lui passer un coup de fil amical afin de s’assurer que l’argent du TARP est en lieu sûr, non ?

Abby J. Cohen n’a pourtant pas montré jusqu’ici beaucoup d’empressement pour dénoncer le gonflement des bulles d’actifs allant de pair avec l’impression de fausse monnaie (pour Abby comme pour Janet, il n’y a jamais de bulle). Car vous savez ce que je vais dire : sans fausse monnaie, pas de triplement de la capitalisation de Wall Street entre le 19 janvier 2009 (prestation de serment de Barack Obama) et le 20 janvier 2017 (lorsqu’il quittera ses fonctions).

Nous avançons une explication pour la bienveillance d’Abby Cohen envers ces 8 années de déficits galopants. Barack Obama était un président « trop cool » ; il a permis une dérive historique de la dette vraiment « trop cool », ce qui a permis de financer la déstabilisation de l’Ukraine, de la Libye puis de la Syrie ainsi que l’espionnage tous azimuts de ses propres concitoyens (woooow, « trop cool » la NSA !) par une plancher à billets archi « trop cool ».

Donald Trump par contre, il est pas cool.

Vraiment pas cool avec les médias, les Mexicains, les Chinois, les écologistes, etc.

La CIA a relayé (fait fuiter) des rumeurs de pseudo frasques sexuelles de Donald Trump à Moscou (dans leur narration, c’était presque « cool ») mais c’était un fake, une infaux, une pure manipulation visant à déstabiliser le futur Président (la mission de la CIA consiste d’ordinaire à enterrer ce genre de boules puantes). Donc le creusement des dettes en cas d’exécution du programme de Trump, c’est pas cool. Ah bon.

On verra bien, mais pour l’instant, Wall Street enchaîne les records, les indices US alignent les semaines de hausse et c’est le Nasdaq qui se détache du lot en ce début d’année avec +3,6% contre +0,6% pour le Dow Jones ou +1,2% sur le S&P500.

Les opérateurs veulent du risque, de la vélocité à la hausse, peut-être même un peu de frisson (un peu de suspens, c’est trop cool, non ?).

Après un pont de trois jours (ce lundi 16 janvier est férié aux US), quelques faiseurs d’opinion, stratèges, analystes techniques, vendeurs de produits financiers… sont d’avis que la consolidation à l’horizontal du Dow Jones entre 19 850 et 20 000 (pardon, 19.999,63 points) qui dure depuis le 13 décembre a assez duré et qu’il temps de partir à la conquête de nouveaux records. Ils font confiance à Donald Trump pour trouver les mots qui redonneront à Wall Street le goût des grandes envolées boursières.

Parce que franchement, un triplement (et un peu plus même) du S&P, du Nasdaq, du Russel2000 en 8 ans, ça fait petit joueur. Un vrai président pro-business devrait donner un vrai coup de fouet au marché.

Mais le fouet, ça fait 8 ans que les banques centrales le manient sans ménagement à l’encontre de ceux qui rechignent à acheter des dettes pourries, des emprunts assortis d’un rendement négatif ou des actions qui se payent 25 fois les profits. Alors, 8 ans de sadomasochisme financier, ça suffit…. où on double la dose avec Trump ?

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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