Une nouvelle alliance va faire plafonner le pétrole à 60$ | La Bourse au Quotidien


Une nouvelle alliance va faire plafonner le pétrole à 60$

Rédigé le 12 décembre 2017 par | A la une, Matières Premières, Pétrole Imprimer

L’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, n’est plus aussi puissante qu’elle l’a été. Il se pourrait même que l’on ait surestimé son pouvoir. En effet, parmi les membres de l’OPEP se trouvent des intérêts divergents et de redoutables adversaires proches de la confrontation. Ces derniers n’hésitent pas à saisir la moindre occasion pour enfreindre les accords négociés.

Jim james rickards à Dubaï émirats arabes unis

Mais une nouvelle alliance pétrolière est apparue. Elle est plus puissante et efficace en termes de fixation des prix que ne l’a jamais été l’OPEP. Cette nouvelle alliance est composée de la Russie et de l’Arabie saoudite. Ces pays sont respectivement premier et deuxième producteurs de pétrole dans le monde. Réunies, la Russie et l’Arabie saoudite produisent 21 millions de barils par jour. Cela représente environ 25% de la production de pétrole mondiale.

Une nouvelle alliance qui va changer la donne sur le pétrole

Si la Russie et l’Arabie saoudite s’entendent sur un prix, elles peuvent le maintenir en ajustant simplement leurs propres productions.

La Russie et l’Arabie saoudite se préparent aujourd’hui à accomplir un geste décisif qui devrait affecter les cours du pétrole.

Ceux qui se souviennent des années 1970 ont peut-être encore la chair de poule en entendant le mot « OPEP ». Au cours de cette période, les crises pétrolières se sont succédé. Nous avions assisté à une forte flambée des prix (de 2$ à 12$ environ le baril sur une période de six ans, soit une augmentation de 500%). Nous avons également eu des pénuries ponctuelles assorties de longues files d’attente dans les stations-services.

La manipulation des prix par l’OPEP

On a imputé la plupart de ces crises au fait que l’OPEP manipulait les prix. En effet, l’OPEP a été constituée en 1960 en tant que cartel de producteurs. Elle est par la suite montée en puissance dans les années 1970 en limitant sa production.

Mais les troubles qui ont secoué les marchés de l’énergie, au sein des économies développées durant les années 1970, sont tout aussi imputables aux réglementations et à la géopolitique pratiquées par les gouvernements qu’aux manipulations de prix orchestrées par l’OPEP.

pétroleBeaucoup d’éléments ont contribué à faire flamber les prix de l’énergie aux Etats-Unis. Nous pensons par exemple aux restrictions opérées sur le développement et l’exportation du pétrole d’Alaska et sur le transport. Il y a également des politiques contreproductives telles que « l’impôt sur les bénéfices exceptionnels ». Et parallèlement,il y a eu les restrictions imposées par l’OPEP.

La Fed à l’origine du problème ?

En fait, le principal moteur de cette augmentation des prix du pétrole dans les années 1970, n’avait rien à voir avec l’énergie ou l’OPEP. L’augmentation était due à l’inflation provoquée par les politiques monétaires maladroites de la Fed.

Le pétrole n’est pas la seule matière première dont le cours ait flambé dans les années 1970. L’or a bondi de 35$ à 800$ l’once entre 1971 et 1980. Cela représente une augmentation de plus de 2 000% ayant eu lieu à peu près au moment où les cours du pétrole ont bondi de 500%.

Le problème du cours du pétrole en dollar, ce n’était pas le pétrole mais bien le dollar. Les producteurs de l’OPEP, notamment l’Arabie saoudite, ont augmenté le prix afin de ne pas perdre de pouvoir d’achat pendant la grande inflation de la fin des années 1970.

L’OPEP : exutoire de la colère US

L’OPEP est devenue l’exutoire de la colère des consommateurs américains. Ces consommateurs auraient mieux fait de s’en prendre à la Réserve fédérale.

Pour autant, ce n’est pas parce que la réputation de l’OPEP est exagérée que les prix du pétrole ne peuvent pas être contrôlés. C’est tout à fait possible. Et c’est l’Arabie saoudite qui en a le contrôle.

Le Royaume d’Arabie saoudite possède le double avantage de disposer des réserves les plus importantes et des coûts de production les plus faibles du monde. Cette conjonction signifie que l’Arabie saoudite peut dicter les prix du pétrole dans une vaste mesure. Il lui suffit simplement d’ouvrir à fond les robinets ou de les fermer.

L’Arabie saoudite n’a pas intérêt à pousser les marchés vers ces deux extrêmes. A la place, elle utilise des modèles d’optimisation axés sur la programmation linéaire. Cette dernière lui permet d’estimer un prix du pétrole susceptible de produire un maximum de revenus pour le Royaume et de décourager la production de concurrents dont les coûts sont élevés.

Même si l’Arabie saoudite conserve ces modèles comme des secrets d’Etat, elle parle ouvertement de prix optimal avec ses partenaires de l’OPEP.

L’OPEP n’a jamais vraiment fait preuve de cohésion ou d’efficacité. Certains producteurs de l’OPEP, tels que le Koweït et Bahreïn, suivent les objectifs de l’Arabie saoudite et ne sont que le prolongement de ses plans d’optimisation.

La tricherie de l’OPEP

D’autres membres de l’OPEP trichent sans cesse. Pensons notamment au Venezuela (désormais Etat client de la Chine), l’Iran (ennemi juré de l’Arabie saoudite) et l’Irak (sous influence iranienne).

Il y a 10 ans, les prix élevés du pétrole (notamment un bref pic à 140$ le baril mi-2008) ont bénéficié à l’OPEP. Mais ils ont également encouragé une vaste expansion de la production de pétrole issue de la fracturation (pétrole de schiste). Alors que ce secteur se développait de 2010 à 2013, l’Arabie saoudite a considéré que cela menaçait directement ses parts de marché dans le monde.

Mi-2014, les ministres du Pétrole et des Finances d’Arabie saoudite ont repris leurs modèles d’optimisation. Ils ont étudié un prix assez bas pour que les producteurs de pétrole de schiste mettent la clé sous la porte, mais pas au point de mettre en danger la situation budgétaire saoudienne. Les modèles ont établi que le prix optimal était de 60$ le baril.

Pour la plupart des producteurs de pétrole de schiste, le coût de revient du baril variait de 70$ à 12$ le baril. Un pétrole à 60$ le baril les mettrait sur la paille. Dans la foulée, cela ferait cesser toutes nouvelles activités d’exploration et de production.

La Russie : un acteur incontournable du pétrole

Parallèlement, l’Arabie saoudite a conclu une nouvelle alliance, en coulisses, avec le plus grand producteur de pétrole du monde : la Russie.

La Russie n’est peut-être pas membre de l’OPEP, mais c’est un acteur bien plus important, pour qui souhaite contrôler le prix du pétrole dans le monde. La Russie et l’Arabie saoudite, à elles seules, produisent autant de pétrole que tous les autres membres de l’OPEP réunis.

Donc, si la Russie et l’Arabie saoudite s’entendaient sur un prix, elles pourraient le maintenir malgré les tricheries habituelles survenant au sein de l’OPEP.

OIL

Les cours du pétrole sont désormais manipulés par l’Arabie saoudite et la Russie

Le prix de 60$ le baril, ciblé par les Saoudiens, a fonctionné exactement comme prévu. Le prix du pétrole a plongé fin 2014, l’Arabie saoudite et la Russie ayant maintenu un niveau de production élevé. Les producteurs de pétrole de schiste ont été mis en difficulté financière. Beaucoup d’entre eux ont fait faillite. Les sites pétroliers ont fermé par milliers et les nouveaux forages se sont taris.

Le plan de manipulation des cours, orchestré par la Russie et l’Arabie saoudite, comportait quelques défauts et effets pervers. Certains producteurs de pétrole de schiste ont augmenté leur production en réalité, afin de générer des revenus leur permettant tout juste de rembourser leurs obligations « pourries » (junk bonds) malgré les pertes financières enregistrées après déduction des amortissements.

Et puis, fin 2015, les prix du pétrole ont chuté violemment. Le ralentissement économique de certains pays développés et le renforcement du dollar américain ont eu un impact déflationniste sur les matières premières en général.

L’Arabie saoudite et la Russie suivent leur discipline de production

Mais depuis mi-2016, l’Arabie saoudite et la Russie ont suivi leur discipline de production. Ils ont ainsi maintenu le prix du pétrole au sein d’une fourchette relativement étroite variant de 40$ à 60$ le baril.

Quels sont les indicateurs qui apparaissent, à l’heure actuelle, et nous révèlent de quelle façon la Russie et l’Arabie saoudite ont l’intention d’évoluer au sein des marchés pétroliers, au cours des mois à venir ?

Parmi les facteurs que nous évaluons, le plus important est la forte coopération entre la Russie et l’Arabie saoudite, et les intérêts communs de ces deux plus grands producteurs de pétrole du monde.

Les relations entre ces deux super-puissances pétrolières se sont renforcées ces derniers mois.

En octobre dernier, le Roi Salman d’Arabie saoudite s’est rendu à Moscou pour finaliser de multiples accords. Il s’agit notamment d’investissements majeurs que le royaume va faire dans des projets énergétiques russes. Il est aussi question d’importants contrats d’armement en vue d’acquérir des armes de pointe auprès de la Russie.

Deux partenaires improbables

Bloomberg News a récemment évoqué ces nouveaux liens étroits entre la Russie et l’Arabie Saoudite, ainsi que l’impact que cela pourrait avoir sur le cours du pétrole.

« Le rapprochement russo-saoudien marque un changement de politique entre deux partenaires improbables. Historiquement, l’Arabie saoudite est un fidèle allié des Etats-Unis, lesquels sont un rival historique de la Russie et principal partenaire dans la découverte et la production de pétrole dans le royaume [saoudien]. L’expansion récente de la production de pétrole de schiste, aux Etats-Unis, a marqué un tournant. Les Saoudiens et les Russes ont identifié qu’ils avaient intérêt à se défendre contre ce secteur qui alimente un excédent pétrolier mondial, et à coopérer étroitement pour sceller des accords de restriction de la production ».

Un pétrole bloqué à 60$

L’autre facteur clé, c’est qu’aucun changement n’est intervenu dans les calculs à l’origine de ce cours de 60$ le baril, que les Saoudiens ciblent depuis 2014. Il constitue bien le plafond des cours mondiaux du pétrole, sauf catastrophe géopolitique affectant directement le Moyen-Orient.

L’Arabie saoudite et la Russie prendront toutes les mesures, notamment la restriction de la production, afin d’empêcher les cours du pétrole d’augmenter. En ce moment, le cours du pétrole est de 58$ le baril, soit très près du plafond de 60$. Les cours du pétrole n’iront pas plus haut.

Dans le même temps, de fortes dynamiques poussent les prix à la baisse. Ces forces déflationnistes sont notamment un ralentissement de la croissance au sein des principales économies développée, et un renforcement du dollar résultant du resserrement monétaire opéré par la Réserve fédérale.

On dirait que le pétrole s’apparente à un trade asymétrique classique de type « face tu gagnes, pile tu ne perds pas« . Les cours du pétrole sont sur le point de baisser en raison de forces déflationnistes. Mais il est très improbable qu’ils grimpent, en raison de la manipulation des prix orchestrée par le cartel Russie-Arabie saoudite. Il est donc extrêmement intéressant d’ouvrir une position « short » sur le cours du pétrole.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

Un commentaire pour “Une nouvelle alliance va faire plafonner le pétrole à 60$”

  1. Il est possible que
    … le production du pétrole du schiste fut gelé car certains additifs se sont révélées avoir un effet de neurotoxines. Rendait les gens gaga…comme en première les volontaires du Golf du Mexique..La baisse de
    8% de l’IQ observé en Islande, (qui n’a pas de raffinerie), et en Europe, la
    hausse des démences chez les habitants en bord des perifs ont peut-être
    une source commune. …et M Obama qui avait levé l’interdiction de l’exportation du pétrole américain.
    Naturellement cela serait une crime contre l’humanité, donc c’est du délire.

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