Non, les banquiers centraux ne nous dissuaderont pas d’acheter de l’or !

Rédigé le 22 janvier 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

Décevant : il n’y a plus aucun suspens concernant la mise en oeuvre d’un QE par la BC. Entre la « bourde » présidentielle lundi et la fuite orchestrée hier, mercredi, du Wall Street Journal, tout le monde s’attend à l’injection de 50 Mds€ par mois jusqu’à début 2016 (scenario « service minimum »), voire fin 2016 (ce qui laisserait le temps de passer à la vitesse supérieure si aucun résultat probant ne dessine au bout des 12 premiers mois). C’est donc un programme de 600 à 1 000 Mds€ qui a la faveur des marchés.

La zone euro éclate ou… elle éclate ?

Mais une question cruciale demeure, du moins jusqu’à ce que Mario Draghi prenne la parole à 14h30 : la BCE va-t-elle lancer un « QE mutualisé » (ce que souhaitent les pays menacés d’insolvabilité) ou « individualisé », pays par pays, comme le réclame la Bundesbank qui ne veut pas servir de caution aux cigales et aux canards boiteux ?

Si le principe de l’individualisation du QE version Buba triomphe, c’est la porte ouverte à l’éclatement de la zone Euro d’ici une semaine, un mois ou un trimestre. Si le principe de la mutualisation triomphe, c’est la porte ouverte à l’éclatement de la zone Euro d’ici une semaine, un mois un trimestre parce que la Buba aura travaillé 60 ans pour rien.

Et si la zone Euro éclate, quel autre refuge privilégier à part le métal précieux ?

Si la zone Euro survit aux élections grecques, à la colère des peuples et n’éclate pas d’ici le mois de mars, un déferlement de liquidités va continuer d’enfoncer la monnaie unique sous les 1,15 dollar. Quel autre refuge privilégier à part le métal précieux ?

Les Banquiers Centraux ont déclaré une guerre planétaire contre le rendement des prêts consentis aux Etats : cette stratégie est également baptisée « répression monétaire ».

La répression monétaire organisée

Non content de voir son niveau de vie sombrer malgré une inflation négative (mais fruit d’une méthode de calcul scélérate), l’épargnant qui assume au final tous les risques d’insolvabilité des emprunteurs institutionnels se voit privé de rémunération. C’est la triple peine puisque la monnaie qu’il utilise se déprécie également face aux devises étrangères.

Euro Index $XEU

Pour ceux qui douteraient encore qu’il s’agisse d’un plan parfaitement orchestré (oserais-je le qualifier de complot contre les citoyens ?), les banquiers centraux  coordonnent leurs efforts depuis 48H pour écraser les rendements, aplatir la courbe des taux. C’est ainsi que la Banque Centrale du Canada a fait l’annonce surprise d’un abaissement de 25 points de base de son taux directeur à 0,75%, décision justifiée par la chute du pétrole qui va grever les recettes budgétaires canadiennes et renforcer les pressions déflationnistes (qui doivent être combattue par tous les moyens) 

Mais en réalité, les Banques Centrales veulent obliger les investisseurs, particuliers comme institutionnels (assurances, caisses de retraite, mutuelles, banques) à acheter des actions… celle que les initiés de la « Grande Escroquerie » (les 2% les plus riches) détiennent à 85%. Ils cherchent désespérément à les revendre à quelqu’un…

La ploutocratie qui collabore avec les banques centrales ne jure que par le culte des marchés libres et efficients… alors qu’ils ne s’enrichissent que grâce à une administration à la chinoise ou à la soviétique. C’est le banquier central, non élu, non justiciable, non révocable, qui fixe depuis 5 ans les prix à la fois des taux d’intérêt et des actions… et qui manipule sans vergogne les cours de l’or à la baisse afin de dissuader quiconque de considérer le métal précieux comme une alternative aux billets de Monopoly déversés directement dans la poche du premier cercle qui confisque la richesse mondiale.

Penser que des taux d’intérêt à zéro puissent pousser l’épargnant à plus de consommation (et donc à la croissance du PIB) alors que cette stratégie échoue depuis 20 ans au Japon  démontre le degré d’aveuglement des néo-monétaristes qui ont mis la main sur tous les leviers économiques depuis 15 ans au nom de leur prétendue supériorité conceptuelle.

Parmi les « grands progrès » des théories économiques en vogue au sein de la super-élite et qui sidèrent mon entendement, je retiens le fait que moins un emprunteur est solvable, plus il peut faire chuter la rémunération offerte au prêteur : le Japon fait désormais payer ses créanciers pour avoir le droit de lui avancer de l’argent sur des échéances de 1 mois à 5 ans. Idem pour la France.

L’or commence à échapper au contrôle des institutionnels

C’est le moment de sortir mon joker : le rendement d’un placement obligataire, dans un contexte de stabilité de la devise et de croissance mesurée de la masse monétaire, est le principal ennemi de l’Or. Si la sphère financière se remplit de billets de Monopoly qui ne sont que des reconnaissances de dette sans valeur et qui n’offrent plus aucune rémunération, comment comptez-vous nous dissuader d’acheter des métaux précieux qui jouissent d’une reconnaissance plurimillénaire et qu’il est impossible, malgré toute votre science, de faire surgir à volonté à partir du néant ?

La seule réponse des banquiers centraux est de proposer suffisamment de fausse monnaie pour soutenir indéfiniment des ventes à découvert afin de déprécier artificiellement la valeur de l’or et de l’argent… jusqu’à ce que le dernier homme sensé finisse par se sentir découragé.

Mais cela ne marchera pas sur nous !

La valeur de l’or commence à leur glisser entre les mains comme du métal en fusion. L’once a rebondit sur les 1300 $ en même temps que le dollar s’appréciait, ces derniers jours !

cours de l'or en dollar et en euro

Si nous prenons comme référence le lingot : il affichait le 27 décembre 2013 un cours plancher de 28 250 € ; il vient de franchir le cap des 36 000 € ce 21 janvier 2015, soit +27% de hausse.

Selon les prévisions de Goldman Sachs l’an passé à pareille époque, le lingot devrait coter aujourd’hui moins de 20 000 € et afficher un cours à peine supérieur à 1 050 $: il vaut 25% de plus. Ah ! Mais Goldman Sachs sait où se trouve la vraie valeur !  La Firme vient d’investir 1,6 Mds$ dans le très controversé spécialiste de covoiturage pirate UBER. Cela représente, au cours actuel du lingot à New York (environ 40 000 $), l’équivalent de 40 tonnes d’or. UBER étant valorisé 41 Mds$ (toujours selon Goldman Sachs), cela représente 1 025 tonnes d’or, soit autant que le stock officiel de la Banque Centrale Suisse !

La BNS devrait troquer ses lingots contre UBER (qui va doubler de valeur d’ici 2 ans) et on ne parlera plus des malheureux 38 Mds de CHF (44 Mds$ tout de même) perdus avec l’annonce de l’abandon de la parité plancher de 1,20 contre l’Euro.

Tiens au fait, ça nous fait tout drôle de penser que la Suisse vient de perdre en 10 secondes le 15 janvier l’équivalent de la valeur totale de son stock d’or ! Oups… ou bien ?

Bref : Surveillez le franchissement des 1.333 $ l’once d’or, et visez 1.420$.. et au-delà.

 

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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