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Nintendo : quand Pokémon GO repousse les frontières de l’inintelligence artificielle

Rédigé le 27 juillet 2016 par | Actions, Big caps, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Personne n’avait-il songé à remettre en question le bien fondé de l’envolée de +120% du titre Nintendo à la Bourse de Tokyo en ce mois de juillet ?

La capitalisation de Nintendo, avec ses 0,72 Mds$ de chiffre d’affaires et ses 5 100 salariés, dépasse depuis mercredi dernier celle de Sony, une firme qui compte 130 000 salariés pour 72 Mds$ de chiffre d’affaires.

Nintendo ou pas Nintendo ?

Y a marqué « Nintendo » sur les cartes Pokémon que les gérants ont stocké à la cave ou au grenier. Donc si un jeu s’appelle Pokémon Go, c’est forcément une production Nintendo, non ?

Sauf que c’est une ex-filiale de Google, baptisée Niantic, qui a développé l’application Pokémon Go, en accord avec la Pokémon Company dans laquelle Nintendo détient 32% des parts, même pas la minorité de blocage.

Nintendo a cependant eu le flair de participer à la levée de fonds de Niantic quand Google s’est partiellement désengagé. Mais l’impact de l’hystérie mondiale, qui déferle depuis un mois, ne sera pas très significative en termes de chiffre d’affaires et de résultats pour Nintendo.

C’est ce qui a conduit la firme japonaise à ramener les investisseurs à la réalité via une mise au point concernant ses profits 2016 : « L’effet Pokémon Go sera limité ». Mais les marchés préfèrent la réalité augmentée ! Celle dans laquelle des profits imaginaires se cachent dans les buissons du parc de la mairie, dans les platanes de l’autre côté de la rue ou surgissent de derrière la photocopieuse avant d’aller se percher sur la machine à café.

C’est la version numérique de la chasse aux œufs. C’est complètement régressif, mais sans le risque d’attraper des carries à force de se goinfrer de bonbons.

Robots contre Pokémon

Beaucoup de gérants savent depuis le début que Nintendo n’a pas développé Pokémon Go et cela ne va pas faire pleuvoir des centaines de millions de dollars dans ses caisses. Mais allez faire comprendre cela à un robot-trader associé à une logiciel d’analyse lexical/sémantique qui détecte plusieurs milliers d’associations « Pokémon » et « Nintendo » sur les sites boursiers et les réseaux sociaux.

Et quand le titre Nintendo commence à s’envoler, d’autres robots programmés pour détecter des hot spots (des points chauds financiers qui dégénèrent en orgie de volatilité) se jettent dans la mêlée, entraînant la multiplication de stop-achats auto-réplicatifs.

Les robots parviennent ainsi à orchestrer des paniques à la hausse, sans cause réelle (avec cette singularité merveilleuse qu’il ne s’agit même pas d’une fausse rumeur) et surtout, sans la moindre intervention humaine.

C’est si parfaitement imité d’un point de vue graphique (hausse parabolique) qu’on pourrait s’y laisser prendre.

Oui « bien imité », mais encore plus débile car asservi à ce j’appellerais de « l’inintelligence artificielle ». Tout est crétin et absurde d’A jusqu’à Z. Mais si vous n’y participez pas, vous avez perdu une occasion de pokeballer une plus-value de +100% !

Ce qui illustre à merveille la célèbre plaisanterie que connaissent bien les traders : « Qu’est-ce qui différencie un TGV d’un algo (programme de trading informatisé) ?

Réponse : Quand le TGV déraille, il ne lui faut alors que quelques secondes pour s’arrêter.

La même blague fonctionne aussi bien avec la banque centrale, à la place du TGV, et celle-là bat tous les records de succès dans la catégorie « comique de répétition ».

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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