Nikkei/TOPIX : les nouveaux instruments de mesure de la… démesure !

Rédigé le 8 avril 2013 par | Autres indices Imprimer

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Tokyo a explosé de 2,2% à 12 635 points jeudi la semaine dernière, égalant en clôture son record annuel du 21 mars dernier. Un retracement des sommets est un grand classique sur des indices majeurs… et cela mériterait à peine une ligne de commentaire si le scénario de ce retour au zénith n’avait été un peu particulier.

Nous avons assisté le 4 avril à une séance d’anthologie puisque le Nikkei perdait initialement 2% après avoir gagné 3% la veille dans un climat d’exubérance qui détonne par rapport à l’image de pondération des épargnants japonais.

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Ils ont succombé à une véritable "panique à la hausse". La formulation n’est pas exagérée puisque l’indice Nikkei s’est envolé de 4% au cours de la dernière heure (soit +5,2% en 48 heures). Le TOPIX, autre grand indice nippon, a explosé pour sa part de +6% en deux séances — là encore, c’est un vrai krach à la hausse.

C’est M. Kuroda, le nouveau gouverneur de la Bank of Japan (BoJ) qui a mis le feu aux poudres. Il a annoncé en annonçant jeudi dernier vers 6h GMT que la banque centrale augmenterait massivement ses achats d’actifs financiers — jusqu’à doubler la taille de ses encours sur deux ans. De plus, cela ne se limiterait plus aux seuls emprunts d’Etat mais concernerait également les ETF et autres fonds d’investissement dédiés à l’immobilier.

Pour bien ce figurer de quoi il est question, la BoJ va racheter sur les marchés l’équivalent de 0,9% du PIB japonais chaque mois — soit pratiquement 11% de PIB par an durant deux ans.

Cela revient à dire que la notion de marché est totalement abolie au Japon. La banque centrale devient l’investisseur unique et hégémonique qui fixe arbitrairement les prix ; elle va au-delà de ce qu’aucune banque centrale d’un pays développé a jamais entrepris pour soutenir de façon totalement artificielle une économie de type libéral.

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Il y a un autre risque : l’objectif des 2% d’inflation pourrait être atteint… mais via de l’inflation importée. Cela annihilerait les effets positifs d’une baisse du yen, les coûts de production augmentant symétriquement puisque le Japon doit importer toutes les matières premières et l’énergie.

A moins d’augmenter les salaires pour préserver la capacité de consommer en interne (encore des coûts de production supplémentaires), le schéma de croissance reposant sur les exportations et la demande intérieure ne tient qu’à un fil.

Nul ne sait ce qui se passerait si cette stratégie échouait. En effet, le bilan de la BoJ étant désormais lesté de produits très volatils, une soudaine variation à la baisse de quelques pourcents de ce genre d’actifs pourrait anéantir ses fonds propres en quelques heures : ce qui s’est passé jeudi dernier à Tokyo est vertigineux à tout point de vue !

Du point de vue technique…
Rien ne permet d’exclure que Tokyo s’envole vers les 13 165 points, ex-zénith du 18 août 2008, voire 13 500 environ (zénith du 11 août 2008).

Si ce scénario se matérialise, toutefois, cela signifie que l’argent de la planche à billets s’engouffre sur les marchés et qu’il ne s’investit pas dans l’économie réelle.

Entre un gain court terme quasi-certain et des retours sur investissement long terme et aléatoires, devinez quel va être le choix des financiers dont le bonus est calculé à la fin de chaque trimestre… Cela paraît vraiment trop simple de gagner de l’argent sur le marché, c’est donc qu’il y a un piège ! Il est tellement évident qu’aucun professionnel de finance n’en prend conscience: ce n’est justement plus un… "marché".

En revanche, si le Nikkei venait à enfoncer les 12 000 points puis les 11 750, cela signifierait que le grand plan de Messieurs Shinzo Abe et Haruhiko Kuroda subit un revers inattendu et que les marchés reprennent la main… pour appuyer sur le bouton "vente". Ce serait tout le contraire de ce qui a été prévu et annoncé le jeudi 4 avril.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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