NASDAQ : quand tout le monde pense la même chose… sauve qui peut !

Rédigé le 5 novembre 2010 par | Big caps Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Le Nasdaq a inscrit le 2 novembre une 9e séance de hausse sur une série de 10. C’est le second exploit de cette nature que nous observons en l’espace de 6 semaines — avant, c’était tout les 6 ans, et encore…

Constatant qu’il n’y a que des motifs de croire en un avenir radieux, l’indice électronique — qui engrange +19% sur 10 semaines — n’a clôturé que 4 fois en territoire négatif depuis le 1er octobre dernier, et n’a reculé de plus de 1% qu’à 3 reprises depuis le 31 août dernier ! Alors, faut-il se positionner ?

Que nenni — vous vous en doutiez…

Le canal ascensionnel du Nasdaq est d’une telle perfection depuis le 1er septembre dernier (linéarité quasi robotique, absence de volatilité) que toutes les petites irrégularités engendrées par une actualité économique qui, comme chacun serait tenté de le croire a des hauts et des bas, se retrouvent gommées… inexistantes.

En ces temps de quantitative easing, le Nasdaq n’est gouverné que par la liquidité. Cette dernière tombe directement des guichets de la Fed dans la poche de ses interlocuteurs privilégiés, les primary dealers — ceux qui absorbent puis renégocient les Bons du Trésor émis pour refinancer l’Etat américain.

La majorité des gérants indiciels et des day traders sont à ce point convaincus qu’une poignée d’intermédiaires influents reste totalement maître du jeu qu’ils n’ont d’autre ambition que d’imiter leur stratégie, quoi qu’il advienne… Et à plus forte raison lorsqu’ils ne comprennent pas l’orientation des cours.

Où sont les contrariens ?
Pour eux, il n’y a pas de pire erreur que de faire ce que l’on croit juste : ce qui prime c’est de nager le plus près du milieu du courant. Peu importe que la tendance reflète une fuite en avant vers un nouveau désastre. Personne n’ambitionne de se retrouver tout seul mais vivant au bord de la cataracte lorsque tous les autres opérateurs ont fait le grand plongeon vers le néant. Ha ! L’ERREUR ! [Ndlr : Sauf nous… Nous nous moquons de ce que les autres pensent car « quand tout le monde pense la même chose, plus personne ne pense ». Telle est la devise de MoneyWeek, que nous appliquons au quotidien pour votre survie financière. Pour ne pas faire comme les autres, c’est par ici].

Le « flash krach » du 6 mai dernier ne nous indique pas autre chose. Dans un contexte de relative nervosité, tout le monde est passé vendeur au même moment, par ordinateur interposé. Le Nasdaq étant un indice « électronique », il était et demeure très vulnérable au délire robotique des logiciels de gestion algorithmique.

Pourquoi rappeler ce fait aujourd’hui même ? Tout simplement parce que chacun constate que le zénith du 6 mai dernier vient d’être retracé au point près mardi soir (à 2 535 points) et que le pourcentage d’opérateurs qui se disent acheteurs pour jouer la prolongation de la tendance sous-jacente qui est supérieure à 75%. SAUVE QUI PEUT !

Cela ressemble beaucoup à l’une de ces situations où tout le monde pense la même chose — comme en octobre 2007, septembre 2008, mars 2009 ou mai 2010. Si la dynamique haussière s’inverse (au départ, tout le monde croit à une n-ième correction technique sans conséquence), la contrepartie acheteuse ou vendeuse peut s’évanouir non pas en quelques jours, ni même quelques heures… mais bien en quelques minutes.

La situation est explosive sur l’indice…
Ceci ne laisse pratiquement aucune chance pour solder les positions dans de bonnes conditions si l’on n’a pas les yeux rivés sur ses écrans.

Plus fondamentalement, la participation à la hausse du Nasdaq est demeurée extrêmement médiocre. Les acheteurs finaux se méfient comme d’un « volcan gris » du gonflement des cours qui se perpétue sans le moindre épisode de consolidation depuis maintenant plus de 6 semaines.

L’analogie vulcanologique n’est pas fortuite car la formation d’un dôme de lave gorgé de gaz sous haute pression précède à chaque fois une explosion de type « Vésuve » — qui se traduit pas une nuée ardente incontrôlable. Elle dévale les pentes à toute vitesse, gagnant en largeur et en hauteur et ne laisse aucune échappatoire… Comme le « flash krach » du 6 mai dernier.

Ce krach éclair était survenu sans que le Nasdaq connaisse un épisode d’accélération haussière excessive, caractéristique d’une « fin de vague » classique. Tout le monde a simplement cherché à vendre au même moment et la situation n’est guère différente aujourd’hui.

Ce n’est pas la progression algébrique du Nasdaq qui est disproportionnée mais le nombre de séances de hausse sur une période déterminée avec un ratio presque impensable de 4 progressions pour 1 repli. Et une série de 10 semaines de hausses consécutives demeure également une anomalie historique qui trahit une intense manipulation indicielle qui ne connaît pas de répit. De telle sorte que la déconnection irréversible par rapport au réel n’autorise à terme aucun « ajustement en douceur ».

Au-delà des 2 535 points, le Nasdaq pourrait se hisser vers 2 550 points, c’est-à-dire le zénith de mai 2008 : c’est à ce moment (mais ce pourrait être dès aujourd’hui) que les programmateurs de logiciels de « trading quantique » devront répondre à des questions fort embarrassantes.

Dans quelle mesure une valorisation des indices US supérieure à « l’avant crise » est soutenable ?
Le dernier segment de hausse s’est inauguré le 12 octobre dernier par l’ouverture d’un gap, non comblé à ce jour, au-dessus des 2 421 points. L’effet d’attraction se manifestera dès que le Nasdaq commencera à enfoncer la base du canal ascendant inauguré le 4 octobre dernier, depuis le rebond amorcé sur 2 335 points.

Graphique: Nasdaq

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Ce niveau coïncide avec la moyenne mobile à 50 jours. C’est le premier véritable objectif en cas de consolidation, mais historiquement, après avoir matérialisé des phases de sur-achat défiant les lois de la gravité, le Nasdaq a toujours effectué un retour sur la moyenne historique longue, c’est-à-dire la MM100 : celle-ci gravite sans surprise vers 2 300 points, à mi-chemin des extrêmes observés entre le 31 août et le 2 novembre 2010, soit un classique retracement de 50% de la récente hausse. Attachez vos ceintures !

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
Depuis la Belgique : composez le 09 02 33110, chaque appel vous sera facturé 0,75 euro / minute.
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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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