Nasdaq : l’envers du record haussier

Rédigé le 11 février 2011 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Le Nasdaq est revenu à ses niveaux du 7 novembre 2007, il est désormais à 1,5% de son record historique du 31 octobre 2007. Il est intéressant de remarquer que cela indiffère prodigieusement Wall Street qui ne semble pas dissuadé de continuer à grimper. Et ce, à raison de six séances de hausse (et 3 de stagnation) pour une seule de repli, soit un ratio qui flirte avec les 90% à la hausse.

Le sentiment le mieux partagé par les marchés c’est que plus rien ne peut dissuader Wall Street d’enchaîner les séances haussières, pas qu’un réchauffement climatique ne puisse empêcher un glacier de glisser de plus en plus rapidement vers le fond de la vallée… ce qui accélère encore sa disparition.

Une bulle de survalorisation plus extrême qu’il y a quatre ans
La dernière fois que le Nasdaq a testé les 2 800 points, l’Amérique était en pleine surchauffe. Nous étions donc en novembre 2007, c’était le règne du plein emploi — grâce soit rendu à la bulle immobilière. La croissance mondiale était à peu près comparable à ce qu’elle est aujourd’hui…

Alimenté par un excès de dettes et des spéculations délirantes initiées par le shadow banking — système bancaire parallèle qui continue de prospérer sans entrave aujourd’hui –, le système financier s’apprêtait à faire faillite.

Par conséquent, nous ne cessons de poser aux stratèges cette question : comment le Nasdaq peut-il valoir plus qu’à une époque où aucun nuage ne pointait à l’horizon, alors que la croissance de nombreux pays développés est inférieure de 50% à ce qu’elle était à la mi-2007 ?

Et ils nous répondent invariablement : « où voulez-vous que les investisseurs mettent leur argent ? » Et de leur demander alors d’où vient cet argent ? Quelle est son utilité sociale ? Pourquoi se cantonne-t-il hors de l’économie réelle ?

Pour bien resituer le contexte de cette analyse, nous rappelons que le Nasdaq a mis seulement deux ans à doubler de valeur, alors qu’il lui avait fallu cinq ans (2002 à 2007) pour repasser de 1 300 à 2 600 points puis, finalement, atteindre les 2 835 points fin octobre 2007.

Nous assistons, impuissants, à la formation d’une bulle de survalorisation encore plus extrême qu’il y a quatre ans. Nous remercions au passage la poursuite jusqu’au-boutiste de la politique monétaire « non conventionnelle » de la Fed, laquelle continue de nier l’existence de l’inflation et la totale inefficacité du QE 2 pour résorber le chômage…

Quatre géants « poids plume » face à Apple
Regardons de plus près les valorisations au sein même du Nasdaq. Tenez, prenons Vodafone, Deutsche Telekom, Orange et Telecom Italia. Vous obtenez ainsi un ensemble de valeurs qui représente 1 milliard de clients, qui pèse 360 milliards d’euros de chiffre d’affaires (près de 500 milliards de dollars), qui compte 1 million de salariés et qui distribue des dividendes offrant un rendement de 5 à 8%…

Sachez que la capitalisation de ces quatre géants est actuellement inférieure à celle du seul titre Apple (360 milliards de dollars) qui réalise 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires (10 fois moins que les « big four »), emploie moins de 50 000 salariés (20 fois moins que nos opérateurs télécom européens)… et ne verse aucun dividende.

Apple vaut 355 dollars et tous les analystes sont à « achat fort » avec un objectif de 500 dollars. Beaucoup d’analystes maintiennent leur opinion négative sur France Telecom (ils sont vendeurs à 17 euros) ou Deutsche Telekom car leur modèle économique leur semble condamné par le processus menant à la gratuité des télécommunications… ce que la formule des abonnements permet de contrebalancer.

Conclusion
Si vous êtes convaincus que le titre Apple est à son prix, vous validerez l’hypothèse que le Nasdaq ne tardera pas à déborder les 2 835 points (zénith du 25 au 31 octobre 2007) en direction des 3 000 points — le QE 2 de la Fed étant poursuivi à son terme en dépit de tous les signaux d’alarme inflationnistes. De son côté, France Télécom retombera tristement sous les 15 euros.

Si vous pensez que l’argent gratuit de la Fed rend, une fois, encore les marchés complètement absurdes et moutonniers, vous prendrez garde à ce que le Nasdaq ne rechute pas sous le support oblique moyen terme qui gravite vers les 2 700 points.

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En l’absence de la formation du moindre support depuis l’ouverture du gap des 2 535 points du 30 novembre, le Nasdaq est susceptible de plonger vers les 2 470 points (plancher du 16 novembre).

Et, avec une réaction en chaîne découlant de la robotisation des échanges (et des stops de protection), il n’y aurait guère de soutien solide avant les 2 350 points — 50% de retracement des gains liés au QE 2 de la Fed, c’est-à-dire 50% du segment haussier 2 100/2 800.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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