Montez dans le DT, l’indice qui nous transporte vers les sommets !

Rédigé le 28 janvier 2013 par | Analyses indices, Apprendre la Bourse, Autres indices, US Imprimer

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Plus Wall Street grimpe vers ses sommets, plus la conviction que la hausse ne peut que se poursuivre gagne de nouveaux supporters. Le consensus des gérants de portefeuilles et d’OPCVM aux Etats-Unis est bullish à plus de 80% ; 15% d’entre eux redoutent au pire une stabilisation dans les niveaux actuels.

Le ratio call/put n’est pas loin de refléter ce sentiment univoque. Cela conduit le VIX à enfoncer des planchers historiques antérieurs à 2007 et même 2004 (passage sous le seuil des 13)… alors que les pays leaders occidentaux sont endettés de 100% (Etats-Unis, Royaume-Uni) à 225% (Japon).

La survie de nos économies repose sur la plus phénoménale pyramide de dettes de l’histoire industrielle (200 ans), le Japon vient de ranimer la guerre des devises… mais les investisseurs ne se sont jamais senti aussi « en sécurité » depuis 30 ans.

L’indice qui traduit le mieux cette vision idyllique de la situation présente et des perspectives 2013 et 2014, c’est l’indice Dow Transportation (DT) qui alignait le 24 janvier une série de six séances de hausse consécutives et autant de records historiques à la suite.

Le DT atteignait à 5 783 en séance ce jour-là, alors qu’il ne valait « que » 5 300 points environ au 31 décembre 2012 et 4 900 aux alentours du 15 octobre dernier.

Mais aussi et surtout — et la coïncidence mérite d’être soulignée –, l’indice affichait 555 points de hausse depuis le 24 janvier 2012 (soit +11% depuis des niveaux de valorisation déjà assez élevés à l’époque car la BCE venait de doper les marchés de 10% en un mois à coups de LTRO de 500 milliards).

S’agissant de records historiques, le précédent fut inscrit le 7 juillet 2011 à 5 620 points. Celui d’avant (5 440 points) datait du 29 mai 2008.

Voilà des dates qui nous parlent : elles prouvent que le Dow Transport traduit une vision complètement béate — limite inconscience totale — de la conjoncture.

Quand les indices n’ont plus rien à voir avec la conjoncture
Le DT avait en effet plafonné cinq mois après l’éclatement de la crise des subprime (en janvier 2008) et inscrit son propre record absolu 10 bons mois après le S&P 500 (1 560 en juillet 2007). Cela alors que la croissance américaine avait déjà subi un sérieux coup de frein depuis deux trimestres consécutifs.

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L’indice a récidivé en 2011 en culminant quelques jours seulement avant le fiasco sur les discussions budgétaires au Congrès US en 2011 (alors que le S&P et le Dow Jones avaient culminé deux mois auparavant), malgré une situation délétère en Europe.

L’ascension fulgurante des trois dernières semaines, sans amélioration comparable de l’activité économique américaine depuis la période des fêtes, semble assez caractéristique des accélérations de fin de vague observées lors des précédents sommets majeurs de 2008 et 2011. Une vision équilibrée ne saurait faire abstraction de la stagnation globale de la masse salariale aux Etats-Unis, des dépenses des ménages et d’une activité économique qui demeure très dépendantes des dépenses de Washington.

Ceci posé, nous ne pouvons formellement exclure la possibilité de voir le Dow Transport franchir la résistance historique (qui passe vers 5 760 points), unissant les deux précédents sommets de 2008 et 2011. Dans ce cas, l’objectif serait prédéterminé par la « règle du balancier » car l’indice ressortirait par le haut d’un vaste biseau de consolidation ascendant (4 200/5 600), ce qui induirait mécaniquement un objectif vertigineux de 7 000 points à un horizon de 24 mois.

Nous vous laissons imaginer les multiples de capitalisation implicites que cela suppose sur les compagnies aériennes, les entreprises de fret routier et ferroviaire.

Un scénario digne de la science-fiction
Et quel genre de croissance économique — littéralement explosive, durant trois ou quatre ans — pourrait rendre une telle hausse de valorisation soutenable ?

Il faudrait qu’elle soit largement supérieure à 4% en rythme annuel… et personne ne l’anticipe. Si le DT s’envole vers les 6 000 d’ici mars, nous expliquent les permabulls, c’est parce que nous allons assister à un arbitrage massif des placements obligataires vers les actions, c’est aussi simple que cela !

Les profits par action ne vont pas forcément grimper (progression en pente douce) mais les gérants vont accepter de bonne grâce de les payer plus cher… et bien plus cher que cela ne s’est jamais vu depuis les années Greenspan.

En temps normal — mais nous ne sommes pas en temps normal — il faudrait une hausse de 15% des bénéfices par an jusqu’en 2020 pour justifier un DT à 7 000. Bien entendu, ils nous rétorquent que rapporté au niveau des taux d’intérêts — qui vont demeurer très bas –, les actions ne se payent pas cher.

Mais nous voyons déjà la première faille dans le raisonnement qui tient lieu de Pensée Unique ces dernières semaines. Si les obligations chutent, leur rendement va augmenter symétriquement… et vous voyez immédiatement qu’il y a une imposture intellectuelle flagrante dans les raisonnements « évidents » que l’on nous assène depuis novembre dernier.

Il suffirait par exemple que le rendement des T-Bonds repasse de 1,85% à 2% pour que les actions apparaissent 10% plus chères.

Imaginez, comme je le pressens, que les taux longs américains remontent cette année à 2,5% et le 30 ans à 4%. Les indices américains devraient alors valoir 20% de moins pour sauvegarder leur prime de risque actuelle. Dans ce cas, le DT serait encore fortement valorisé en cas de repli sur son précédent plancher des 4 850 points, testé de juin à novembre 2012.

Et puis remettons les choses en perspective : avec un Dow Jones revenu à 2,5% de son zénith historique de juillet 2007 (idem pour le S&P 500), il faut vraiment croire au miracle de la planche à billets pour envisager que la bulle actuelle — car c’en est une — va se perpétuer et déboucher sur les 15% de hausse promis chaque année par la communauté financière.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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