Monter les prélèvements ou les baisser, deux façons opposées de courir au désastre

Rédigé le 8 novembre 2018 par | Toutes les analyses Imprimer

Le comportement des Français doit changer ! Ils doivent remiser leur voiture au garage et prendre leurs jambes (à leur cou ?)…

Prêchant par l’exemple, Emmanuel Macron a ordonné que le Conseil des ministres soit délocalisé hier à Charleville-Mézières (Ardennes). Le but ? Accompagner le président de la République dans son itinérance mémorielle, à la gloire des héros de 1914/1918, mais également dans son entreprise de reconquête du cœur de ses concitoyens.

Emmanuel Macron au salon de l'automobileEn pleine polémique concernant la surtaxation des carburants, au motif de favoriser des changements de comportements de la part des adeptes du « tout voiture », il n’est pas certain que déplacer une quarantaine de ministres et secrétaires d’Etat sur 230 kilomètres, avec leur cortège de véhicules de protection rapprochée et de motards, envoie le bon signal aux Français. Et si la priorité est de cesser de répandre dans notre atmosphère des particules fines en quantité astronomiques, il faudrait peut-être commencer par cesser de construire des porte-conteneurs géants qui carburent au fioul lourd…

Une fake news redoutable sur l’automobile…

Mais revenons sur Terre et concentrons-nous sur ces automobilistes pollueurs et, de fait, payeurs (bien fait pour ces ennemis de la planète). J’en profite pour démolir la fake news qui tente de nous faire croire que « 58% des actifs qui effectuent un trajet inférieur à un kilomètre ont recours à la voiture » (et 62% s’il s’agit de deux kilomètres), selon une enquête de l’INSEE.

Graphique de l'INSEE sur les moyens de transports utilisés par les actifs en fonction de leur distance domicile/travail

Ces résultats sont évidemment faux et l’erreur provient d’un biais méthodologique qui consiste à calculer – par défaut et de façon arbitraire – la distance domicile / travail sur la base de la distance routière entre les chefs-lieux des communes de résidence et de travail déclarés par les personnes sondées. Par ailleurs, cette enquête parle des « actifs », ce qui suppose qu’il est question de personnes qui ont un travail.

Sauf que, dans la vraie vie, seules des personnes très fatiguées, physiquement diminuées ou handicapées, prennent leur véhicule pour parcourir le kilomètre qui les séparerait de leur lieu de travail ou de la boulangerie du quartier. Les distances parcourues sont d’au moins 5 ou 6 kilomètres lorsqu’il est question de déplacements limités à deux communes mitoyennes, sans parler d’éventuels détours pour aller faire des courses à la supérette, déposer ou reprendre des enfants à l’école sur le trajet menant à son travail.

En revanche, le donne est assez différente aux Etats-Unis, où un grand nombre de trajets, d’ordre professionnel ou non, font moins d’un kilomètre entre le point A et le point B, y compris « en ville ». Disons que dès lors qu’ils sont motorisés, les Américains ne marchent pratiquement pas (à l’exception des habitants de quelques grandes métropoles également conçues pour les piétons).

Mais à leur décharge, c’est parce qu’il n’y a le plus souvent pas de trottoir, avec des rues que l’on pourrait comparer à des autoroutes urbaines, sans constructions résidentielles aux alentours, ni protection pour les piétons…

En France non plus d’ailleurs, il n’y a pas de trottoir et très peu de pistes cyclables en milieu rural, ce qui est susceptible de soulever des questions de sécurité, lorsque le jour tombe très tôt ou en cas de pluie.

L’essence bon marché, une nécessité politique aux Etats-Unis

Après cette longue digression, j’en viens à ce qui nous intéresse, en commençant par les contribuables américains. Eux ne se posent pas de questions concernant la nature de la hausse du prix des carburants, qui fluctue très mécaniquement en fonction des cours mondiaux du pétrole (ce qui permet d’ailleurs à Donald Trump de dénoncer l’attitude non-coopérative de l’Arabie saoudite lorsque le prix du baril s’envole).

Outre-Atlantique, tout président en exercice ou tout groupe parlementaire majoritaire au Congrès qui s’aviserait de relever les taxes sur l’essence au prétexte de changer les « mauvaise habitudes » des Américains s’exposerait à une déculottée électorale magistrale. Il reste que, d’une manière ou d’une autre, il faudra bien un jour faire rentrer de l’argent dans les caisses du Trésor américain.

L’Oncle Sam est en effet exsangue financièrement, sa croissance est achetée à crédit et ses déficits commerciaux se creusent malgré les sanctions douanières. L’aveuglement du pouvoir et le déni de la situation financière réelle du pays ne sont pas une spécificité franco-française.

Las ! Le recours à la dette paye électoralement et Wall Street s’en est encore réjouit bruyamment hier, avec des hausses supérieures à 2% sur les principaux indices américains, lesquels ont donc déjà gommé la moitié de leurs pertes du mois d’octobre.

Maintenant, il va tout de même falloir que l’Amérique continue d’attirer des capitaux étrangers, faute d’oser venir chercher l’argent dans la poche des contribuables ; et alors que les taux longs américains ont franchi le cap des 3,23% mercredi soir, tandis que l’argent reste quasi-gratuit en Europe (exception faite de l’Italie)…

La hausse du coût de l’argent est toutefois inexorable et cette réalité va très bientôt polluer le climat des affaires sur les marchés actions américains, aussi sûrement que la hausse des taxes plombe la popularité du gouvernement et du chef de l’Etat français.

L’un, Emmanuel Macron, renfloue les caisses de l’Etat au détriment des pauvres ; l’autre, Donald Trump, les vide au profit des ultra-riches. Et les deux se fichent pareillement des classes moyennes, avec lesquelles ils n’ont rien de commun.

Autre point commun : ils prétendent combattre les fake news et autres « vérités alternatives », dont ils sont pourtant les premiers colporteurs.

Enfin, il me semble qu’ils ont tous le deux mangé leur pain blanc et que seuls leurs plus fervents soutiens pensent qu’il faut encore leur laisser le temps de réussir.

Je crois pour ma part que la seconde partie de leurs mandats respectifs sera un véritable calvaire…

Ventes d’automobiles en berne en Allemagne : la carambouille d’août se paiera encore longtemps

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Mots clé : -

2 commentaires pour “Monter les prélèvements ou les baisser, deux façons opposées de courir au désastre”

  1. Mr Béchade et Thomas Porcher dans le même moule , étonnant , non ? Allez , Mr Béchade , dans votre milieu de cadres sup , p-e même très sup , combien connaissez-vous de familles « défavorisées » ? Je pense que tout ce que vous dites est issu de ce que vous lisez ou entendez , y compris des a-priori . Tout ceci comporte donc bcp de biais . Perso , je suis dans un environnement  » défavorisé » de l’est de la France; je cotoie des familles « défavorisées » ; la réalité est plus complexe, beaucoup plus complexe , et moins morose aussi , que ce que vous et vos confrères racontez sur LE POUVOIR D’ACHAT , les PAUVRES RETRAITES ( merci à eux pour l’achat des camping-cars, des croisières , des voyages …); en fait , pour avoir un avis objectif, il faudrait étudier de façon pointilleuse les finances d’une famille , la manière de gérer celles-ci, les dépenses « prioritaires » (sic ) et on en reparle après . Ceci dit , Mr Béchade , Macron est la dernière station avant le grand déclassement pour le pays ; s’il échoue , alors là , ça plonge , vite et profond .
    Cordialement

  2. …on dirait, plus les « gens » sont petits, plus ils sont comprimables.

Laissez un commentaire