Monsieur le Marché nous parle : savez-vous l’écouter ?

Rédigé le 22 février 2008 par | Autres indices Imprimer

La semaine dernière a donné lieu, malgré quelques prises de bénéfices, à un rebond des indices boursiers — enfin ! me direz-vous.

La plupart des forums et sites boursiers ont attribué ce sursaut à l’intervention généreuse d’un seul homme, mais non le moindre : Warren Buffett lui-même. Le milliardaire a proposé son « soutien » aux trois principaux rehausseurs de crédit américains, AMBAC, MBIA et FIGC, empêtrés dans la crise des subprimes.

Nous allons reparler de la nature exacte de son soutien… mais il est certain que le rebond de près de 6% des marchés indices a encore accru la légende l’oracle d’Omaha. Sauf que… sauf que les choses ne sont pas si simple à mon avis.

Un seul homme, aussi puissant soit-il, a-t-il vraiment ce pouvoir de redonner confiance aux marchés ? Je n’y crois pas entièrement.

Il est toujours tentant de réinterpréter les mouvements de cours a posteriori — et de leur trouver une explication unilatérale. Mais laissez-moi vous montrer comment les choses se présentaient alors au point de vue technique car le marché préparait un rebond avant même l’annonce du milliardaire.

L’homme qui tombe à pic sur un rebond technique

Regardez ce graphe. Le 4 février, le CAC échoue à franchir la résistance des 5000/5100 points… et dégringole toute la semaine. Il vient alors reprendre des forces au niveau du bas du gap haussier du 23 au 24 janvier (à 4636 points), marquant un point bas le 11 février à 4 644 points.

A ce moment, il y a fort à parier que l’indice va rebondir, sans même compter sur l’annonce de Buffett… Des précurseurs se rachètent à ce niveau pour jouer le rebond technique. Au final, l’annonce de Buffett n’a fait qu’accentuer le mouvement qui avait déjà commencé. On peut même penser que les opérateurs y ont trouvé le prétexte rêvé pour conforter leur sentiment d’un rebond.

« Monsieur le marché » : extralucide ou efficient ? Voyez-vous, quand la tendance est incertaine, les intervenants cherchent désespérément des prétextes auxquels s’accrocher… Et ils finissent toujours par en trouver. Car en Bourse, l’impact d’une nouvelle est très relatif : tout dépend du contexte où elle tombe. L’annonce d’un séisme peut à peine ébranler le marché ; au contraire, une petite phrase anodine, lâchée par « inadvertance » par une personnalité, peut provoquer un vent de panique sans précédent.

Oui, la Bourse est subjective. Et si vous aimez vous plongez dans les graphes, c’est justement parce que vous aimez décrypter et anticiper la psychologie des intervenants.

En tant qu’entité collective, le marché n’est pas extra-lucide au point de lire l’avenir, bien sûr… Mais sa subjectivité le pousse souvent à interpréter les nouvelles du jour selon la façon qui l’arrange. Qui sait si, dans un contexte différent, l’affaire Buffett n’aurait pas été le prétexte à une baisse ?

Il arrive qu’un événement « catastrophique » se voie par des pré-signaux que nous parvenons à déchiffrer et à anticiper. Le plus souvent, on ne sait pas ce qui se passe précisément… mais on sait qu’il se passe quelque chose. Monsieur le Marché nous parle en permanence, et l’analyse technique nous sert de décodeur.

Voilà pourquoi certains analystes aiment penser que « tout est dans les cours », que l’on n’a pas besoin des nouvelles pour savoir où va le marché… puisque le marché a déjà intégré ces nouvelles dans les cours. (J’arrête là le raisonnement, car ca débouche en général sur le chien qui se mord la queue).

De ce point de vue, l’annonce de Buffett était déjà « lisible dans les cours »… avant même d’avoir été rendue publique ! Aux yeux du non-spécialiste, ce sentiment de « prédestination » tient parfois de la croyance mystique : la psychologie de marché permet pourtant de l’expliquer de façon rationnelle.

L’analyse technique nous aide à décoder les signaux Prenez l’exemple de l’affaire de la Société Générale. « Tout était dans les cours » puisque l’essentiel de la baisse du titre SG a eu lieu dans les trois jours qui ont précédé l’annonce.

Alors, délit d’initié ? Pouvoir de voyance ? Ou simplement psychologie des intervenants du marché ?

Parce que, voyez-vous, les intervenant et analystes ne sont pas surpuissants. Ils préfèrent souvent faire « comme tout le monde » quitte à perdre « avec tout le monde » que risquer de perdre seul.

Du coup, pas besoin d’imaginer des hypothèses extrêmes : une banque ne déboucle pas 5 milliards de positions en trois jours sans se faire repérer. Quelqu’un — ses contreparties, par exemple — a pu se rendre compte que la SocGen devait avoir des ennuis… et a alors choisit de brader ses titres… Ce mouvement a attiré l’attention d’autres opérateurs, qui ont suivi le mouvement en se disant : « Si lui vend, c’est qu’il doit savoir quelque chose ; je vends aussi ».

Ce sont de tels mouvements — la connaissance confuse d’un changement dans les conditions de marché, ou bien un sentiment collectif qui se renforce au contact de l’actualité -, qui permettent de dire que l’analyse technique a une valeur prédictive et vous procure un avantage décisif face à ceux qui ne la maitrisent pas.

Vendez sur les rebonds L’impact de l’annonce de Warren Buffett sur les marchés a donc été très relatif, ou en tout cas, de très court terme. Le « soufflé » est vite retombé et malgré le rebond des derniers jours, le CAC 40 reste baissier à moyen terme tant qu’il reste sous les 5050/5100. Même un dépassement de ce niveau ne validerait qu’une accélération vers les 5250 points, mais pas une reprise haussière pour le moment.

Maintenant, si vous vous placez à court terme et que vous êtes réactif, sachez que le marché est dans un triangle de consolidation depuis le 22 janvier. Le support oblique ascendant se situe actuellement proche des 4700 points. Mardi 19, et hier encore, il est revenu proche de sa résistance à 5050 (à 4940 points)…

Mais rappelez-vous : nous sommes dans un triangle de consolidation et à mon avis, ce rebond ne sera qu’une belle occasion de vendre. Alors utilisez bien vos outils d’analyse technique pour décoder les signaux que vous enverra Monsieur le Marché !

Mots clé : - - - - - -

Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

Laissez un commentaire