Mon coup de gueule sur les AK privées

Rédigé le 31 janvier 2012 par | Biotechs et Medtechs, IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps Imprimer

Laissez-moi aujourd’hui pousser un coup de gueule contre les sociétés qui pratiquent des augmentations de capital (AK) réservées*.

Pas plus tard que la semaine dernière, STENTYS, une petite medtech, a lancé une augmentation de capital privée.

Cela consiste tout simplement à émettre des actions sans donner de priorité aux actionnaires existants. On supprime comme cela le DPS — le droit préférentiel de souscription. Du coup, l’actionnaire est dilué, mais ne peut même pas profiter de l’augmentation de capital !

Je trouve que cette pratique, en ces temps où les investisseurs boursiers sont déjà malmenés, est vraiment dommage. En général, les grandes sociétés, les fameuses blue chips, font toujours participer en priorité et à des conditions avantageuses, les actionnaires existants à une augmentation de capital.

Mais les small caps n’agissent pas toujours dans ce sens pour être le plus réactive possible — car un placement privé, étant en général souscrit par quelques fonds, se réalise beaucoup plus rapidement (quelques heures comme dans le cas de STENTYS) et demande moins de procédures juridiques. Mais cela bafoue, en quelque sorte, les droits des actionnaires individuels.

Et c’est cela que je trouve injuste pour l’investisseur particulier qui, souvent, aime la boîte dans laquelle il a investi, garde ses titres malgré la crise, et soutient l’entreprise qu’il a choisi… Je ne compte pas les réunions dans lesquelles j’ai rencontré des actionnaires présents au capital depuis 10 ans !

On ne peut en dire autant des fonds qui n’hésitent pas à céder très rapidement leurs participations à la moindre déception. Ne croyez pas que je devienne poujadiste ou que je défende la veuve de Carpentras… encore moins que je voue aux gémonies la finance comme certains hommes politiques se croient obligés de le faire pour plaire. Mais l’opération éclair de STENTYS m’a quelque peu interpellé.

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En quelques heures en effet, le spécialiste du stent a réalisé un placement privé. Le montant de l’opération a été de 8,3 millions d’euros à un prix de 14,50 euros. Cette opération, annoncée mercredi soir, s’est clôturée jeudi matin. Les actionnaires existants (je parle bien sûr des particuliers) ont été doublement pénalisés.

Primo, ils sont dilués de fait sans pouvoir rien faire. Secundo le cours de l’action a perdu dans la foulée de  cette annonce 9%, se rapprochant ainsi des 14,50 euros dans de gros volumes. Le désarroi était profond sur le marché. Il aurait été plus judicieux selon moi (mais cela n’engage que ma personne) de faire une augmentation de capital, peut-être plus importante, mais en faisant participer les actionnaires existants.

Ce que je ne comprends pas, c’est la raison de cette AK : STENTYS disposait en fin d’année dernière de 14,7 millions d’euros de trésorerie. De quoi tenir environ 18 mois sans faire appel au marché. Attention, il ne s’agit pas de critiquer le business model de cette medtech qui offre beaucoup d’espoirs. La société semble sur la bonne voie, comme en témoigne par exemple les excellents résultats obtenus dans une étude clinique sur 600 patients souffrant d’infarctus du myocarde ou encore son développement à l’étranger.

Je ne rentrerai pas aujourd’hui dans une approche de valorisation car j’ai toujours dit que les medtech échappaient aux méthodes de valorisation traditionnelles. Et que j’avais énormément de mal, ne connaissant rien à tout ce qui est biotech ou medtech, à me faire une idée de la solidité de leur activité. Donc, je me tiens à l’écart de ce secteur, vous le savez.

Je sais que nombre d’entre vous trouvent cela dommage ; il est vrai qu’il y a beaucoup de mouvements et d’opportunités dans ce secteur. Mais pour moi, analyste financier de la vieille école : comment comprendre que STENTYS pèse 108 millions d’euros en Bourse pour un chiffre d’affaires annuel de 1,4 million d’euros ? Cela m’échappe. Mais force est de constater que dans le domaine du médical, les traditionnelles analyses financières n’ont plus cours face au rêve ou à l’espoir que suscite un nouveau produit.

Par contre, j’ai une bonne nouvelle pour ceux que les biotech intéressent. J’ai trouvé quelqu’un dont c’est la spécialité. Elias Roth est en train de finaliser son internat de chirurgie. Passionné de génétique et de biotechnologies, c’est sur le terrain qu’il a pu faire l’expérience des « formidables capacités des biotechnologies (et notamment des biothérapies) à transformer la vie des malades » (je le cite). Autant vous dire que le charabia médical, il connaît. Et comme il aime investir, il sait également manier les chiffres.

Donc, nous avons décidé de lancer avec Elias, un rapport spécial sur les biotech présentes sur le marché français. Je suis ravi. Déjà parce que les histoires de ces boîtes sont passionnantes, les potentiels de croissance sont explosifs et qu’en plus, en tant que sociétés françaises, vous allez pouvoir les mettre tranquillement en PEA et les garder au chaud quelques années. Mais aussi parce qu’enfin, j’ai pu me plonger dans cet univers et commencer à comprendre quelques aspects scientifiques du secteur… et les mettre en adéquation avec l’aspect financier.

Bon, je ne vous en dit pas plus pour l’instant ; je publierai un extrait de ce dossier (qui fera quand même une cinquantaine de pages) dans mes prochaines analyses. D’ici là, soyez prudent sur les marchés.

PS : il reste à peine 50 places disponibles pour vous pré-inscrire gratuitement et sans engagement à mon prochain service court terme pour jouer les small caps. Si cela vous intéresse, écrivez-moi ici : la-redaction@publications-agora.fr

 

* Décryptage : AK
AK est une abréviation qui désigne une augmentation de capital. Le but de cette opération est d’augmenter les fonds propres d’une société soit pour réduire ses dettes, soit pour se développer (en faisant une acquisition par exemple). Une société peut faire une AK soit avec des bons de souscription, soit en vendant des actions à un prix réservé pour les actionnaires.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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5 commentaires pour “Mon coup de gueule sur les AK privées”

  1. […] j’ai été très critique sur le lancement d’une augmentation de capital réservée, autant je trouve que Stentys (FR0010949404) semble développer de bons […]

  2. […] d’une ancienne action pour trois nouvelles avec maintien du DPS (une très bonne chose : comme je l’ai déjà dit, les actionnaires doivent toujours pouvoir participer aux augmentations de […]

  3. […] est vraiment regrettable, comme je vous le disais pour STENTYS, que les sociétés fassent en catimini des levées de fonds sans faire participer leurs actionnaires […]

  4. […] SEQUANA (FR0000063364) et Poncin Yachts (FR0010193052), l’ont fait… Voilà que Global Bioenergies (FR0011052257) décide de lancer une AK de 3 M€  avec suppression du DPS, ce que je n’aime pas comme je ne cesse de le dire… […]

  5. […] parfois elles me semblent un peu périlleuses comme ce fut le cas pour PONCIN YACHT (FR0010193052). Je déteste les AK privées, complètement dilutives pour l’actionnaire existant… et je suis assez négatif sur les […]

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