Moineaux producteurs et moineaux chapardeurs

Rédigé le 3 avril 2008 par | Autres indices Imprimer

Vous avez déjà observé un groupe de moineaux ? Honnêtement, moi non.

Enfin, pas suffisamment pour y voir autre chose qu’un groupe d’oiseaux piaillant ou cherchant dans le sol de quoi se nourrir. Mais je suis en train de lire une étude sur les comportements des sociétés animales. Et le parallèle que l’on peut faire entre un groupe de moineaux et un groupe d’investisseurs est frappant.

Oui, je sais… Vous ne pensiez pas aujourd’hui être comparé à un moineau. Ce n’est jamais agréable. Mais, quand même, certains comportements sont trop similaires pour que je puisse m’abstenir de vous en parler.

Voici ce que constate l’auteur (le Professeur Luc-Alain Giraldeau, directeur d’un groupe de recherche en écologie comportementale et animale):

« Nous avons signalé que les membres d’un groupe tirent profit de leur effort collectif en obtenant une part des découvertes faites par les autres. »

« En observant les moineaux domestiques en train de s’approprier la nourriture découverte par d’autres, les Britanniques Christopher Barnard et Richard Sibly eurent l’idée qu’au sein d’un groupe, la décision de chercher la nourriture pouvait être considérée comme un jeu : chacun des individus a l’option de chercher lui-même (adopter la stratégie du producteur) ou d’attendre que l’un des membres du groupe en ait trouvé pour s’en approprier une part (adopter la stratégie du chapardeur). Bien que l’analyse initiale s’applique surtout à la recherche de nourriture, le jeu des producteurs-chapardeurs est pertinent dans toutes les circonstances où les investissements des uns peuvent être exploités par les autres. Il pourrait servir à expliquer le jeu des tricheurs dans le cas d’une vigilance anti-prédateur »*

Etonnant, non ? Au départ, un investisseur — visionnaire, travailleur, bon analyste, ou tout simplement chanceux — va se positionner sur une valeur, parfois peu connue, parfois plus, mais peu importe. Voyant sa prise de position, d’autres vont peu à peu s’y intéresser, gonflant les volumes, faisant grimper le titre, et prenant leurs grains (pardon, leurs gains). Les « producteurs » (ici, nos meneurs) auront évidemment une plus grosse part du gâteau — souvent à la hauteur de l’effort qu’ils auront fourni. Les suiveurs (nos « chapardeurs »), eux, prendront souvent une plus petite part du gâteau, mais auront profité de l’effort des autres.

L’étude précise ensuite que les producteur tolèrent les chapardeurs car, étant le bec plongé dans leurs recherches au sol, ils ne peuvent surveiller les prédateurs, alors que les chapardeurs, eux, sont sur le qui-vive et réagissent au quart de tour, donnant l’alerte au premier danger.

Hum… je ne pensais pas qu’il existait une si belle symbiose entre les fondamentaux et les chartistes !

Mais au fait, un tel « partage du travail », un si beau mutualisme n’est-il pas à dix mille lieux de « l’individualisme libéral » ? * Les sociétés animales : lions, fourmis et ouistitis, ed. Le Pommier

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Nathalie Boneil
Nathalie Boneil
Directrice de la rédaction aux Publications Agora

Nathalie Boneil est Directrice de la rédaction aux Publications Agora. Elle a travaillé dans l’univers de la Bourse plus de 4 ans – mais c’est depuis toute petite que son grand-père lui parle des marchés et de l’investissement. Aujourd’hui, elle travaille avec nos rédacteurs et analystes sur les marchés actions pour qu’ils vous proposent les meilleurs services, les meilleures idées d’investissements, de manière la plus simple et la plus profitable qui soit pour vous.

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