Micro-fissures et craquements furtifs dans le meilleur des mondes boursiers

Rédigé le 12 janvier 2017 par | Cac 40, US Imprimer

Le scénario semble se répéter inlassablement : un cours pivot (4.900 la 1re semaine de janvier, 4.888 la seconde) semble avoir été prédéfini et l’activation du mode « camisole algorithmique » entraine la stagnation des cours au sein d’un canal de moins de 1% d’amplitude durant 5, 10 ou même plus de 15 séances (comme du 9 novembre au 5 décembre 2016).

Une fois que la consolidation à l’horizontal a permis d’accumuler suffisamment de liquidités, un autre « algo » est activé et les indices gravissent résolument une nouvelle pente dans le cadre d’un mouvement de type funiculaire (ou tendance en ligne).

Les indices sont soumis à une interminable succession de mouvements browniens qui sont autant de marches d’un vaste escalier algorithmique.

Jamais le marché ne semble manifester la moindre euphorie : les opérateurs gardent la tête aussi froide que le système de réfrigération des super-ordinateurs haute-fréquence qui permettent de piloter les indices boursiers avec une précision de l’ordre du millième de point d’indice (comme nous l’avons vu mardi soir sur le S&P500).

Pas d’euphorie = pas de bulle = pas d’emballement haussier = pas d’accélération finale = jamais de fin : les banques centrales gèrent avec une implacable détermination un mouvement perpétuel à la hausse. Jamais plus elles n’autorisent un quelconque symptôme baissier (technique ou graphique) à se matérialiser, d’où des consolidations à l’horizontal et non des corrections moyen terme en plusieurs vagues.

Et pourtant, peut être assistons-nous à l’apparition de micro fissures dans le scénario haussier.

Rien de spectaculaire, rien qui se remarque au 1er coup d’œil, le CAC40 reste globalement bien ancré dans son corridor 4.880/4.915 mais cependant, nous constatons depuis lundi une multiplication de « gaps » baissiers (de séance ou de clôture) -inhabituellement nombreux- sur des valeurs du CAC40, du SBF-120 (de franches ruptures à la baisse , à contre-tendance).

Nous citerons pêle-mêle Arkema, CGG, AIr-France, SEB, Essilor, Genfit, Publicis, Sodexo, Vivendi puis des « utilities » comme Engie, Veolia, EDF qui enfoncent des supports majeurs et alignent des séries ininterrompues de baisse depuis le 3 janvier dernier.

Sans oublier depuis ce jeudi matin, les « small caps » des secteurs « pharma » ou « biotechs » qui décrochent de 6 à 8% en ouvrant des « gaps » à -5%, et plus.

Les actionnaires de toutes ces entreprises vivent un vrai cauchemar : ils perdent inexorablement de l’argent alors que les « faiseurs d’opinion » se succèdent pour affirmer que tout va bien dans le meilleur des mondes boursiers et que les portefeuilles gagneront au moins 10% cette année, nos indices européennes étant « tellement en retard » sur leurs homologues US.

L’envol d’une poignée de valeurs du luxe et du secteur auto sur le CAC40, les 4 « GAFA » sur le Nasdaq masquent une dégradation technique « à la sournoise » qui se propage à travers de nombreux compartiments de la cote: comme ce sont les « ETF » globaux qui « font la tendance », leur immobilisme préserve l’illusion d’un marché invulnérable.

Il ne l’est plus !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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