Michelin, un exemple typique de range peu naturel

Rédigé le 18 décembre 2009 par | Big caps Imprimer

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Nous préférerions 100 fois pouvoir continuer de croire à la glorieuse incertitude des tendances boursières, à ce hasard qui met tous les opérateurs sur un même pied d’égalité que constater que les cours sont gonflés et dégonflés à souhait. Mais ce n’est manifestement pas le cas. Bienvenu dans le monde des « machines ».

Nous observons une quasi-stagnation générale des indices depuis la mi-septembre en Europe et aux Etats Unis. Un imperceptible biais haussier prédomine toujours, et fut longtemps entretenu par le carry trade avant que les habillages de bilan de fin d’année ne prennent le relais depuis le 4 décembre dernier.

Les spéculateurs se sont fait laminer

Pour beaucoup de chartistes, le marché manifeste une phase d’indécision. L’interprétation n’est pas fausse mais elle ne va pas au bout de la « phénoménologie » que nous observons depuis trois mois et dont Michelin nous fournit un exemple édifiant. Un canal de consolidation latéral (entre 50 et 58 euros) perdure depuis le 31 juillet dernier : cela fait 20 semaines de stagnation, c’est une forme de record !

Michelin avait explosé à la hausse entre 37 et 54 euros du 13 juillet au 3 août, faisant grimper en 3 semaines la volatilité des call (options) et des warrants vers des sommets absolus… Depuis cette date, la valeur temps ne cesse de s’effondrer, tous les spéculateurs ayant acheté des dérivés 10% « hors de la monnaie » sur l’échéance septembre puis décembre (qui expire ce vendredi). Résultat : ils ont tout perdu… absolument tout !

La stabilité d’un titre, orchestrée avec une telle maestria n’est pas le reflet d’une stratégie passive, d’une forme d’attentisme. Il s’agit bel et bien de laminer (de plumer ?) les amateurs de paris sur un mouvement directionnel ou sur une résurgence de la volatilité.

Maintenir un titre dans un canal, c’est aussi une forme très offensive de gestion du cours, surtout lorsque l’analyse de la position sur les dérivés démontre que les perdants vont être légion et les gagnants une toute petite minorité dotée d’outils informatiques redoutablement efficaces.

Certes, Michelin déborde la résistance oblique issue du zénith des 58,30 euros de la mi-octobre (elle gravite vers 53,50 euros, au niveau de la MM50) et vise les 55 euros… Mais à 48 heures de l’expiration des call de décembre (strike 56, 58 ou 60 euros), un gain de 2% du sous-jacent n’a plus aucune incidence sur leur valeur (totalement nulle): les vendeurs de valeurs temps peuvent dormir tranquilles.

Graphique de Michelin

D’une extraordinaire platitude

Mais cela n’est pas ce scénario cousu de fil blanc qui nous interpelle et motive cette étude. Le titre s’est retrouvé coincé à plusieurs reprises les 11, 14 et 16 décembre dans un étroit corridor de 0,10 euro d’amplitude durant 4 à 5 heures (5 heures notamment ce mercredi).

Une telle stabilité du cours, une telle perfection du canal de consolidation horizontal est impossible sans l’intervention de puissants programmes de trading éliminant toute possibilité de décalage des carnets d’ordres.

L’usage immodéré des logiciels quantiques n’a jamais été aussi flagrant : l’équilibre parfait autour de 53 euros à 0,05% près a été maintenu pendant plus de 8 heures les 11 et 14 décembre, et prouve que ce n’est plus le cours qui contient de l’information mais bel et bien le cours qui devient lui-même la principale information.

Ces phases de consolidation linéaires interminables animées de mouvements browniens (preuve irréfutable du trading à la milliseconde) scellent l’abolition de la psychologie et le triomphe des équations et des algorithmes issus d’années de recherches sur le comportement chaotique des actifs cotés.

Une tendance en ligne haussière se développe depuis le 1er décembre. Si le titre était autorisé à déborder les 56 euros, c’est qu’une hausse contrôlée du cours devrait se développer en direction des 58 euros… Mais elle pourrait être suffisamment lente pour que les call ou warrants échéance mars ne permettent pas d’extérioriser la moindre plus-value, tout comme nous l’avons observé depuis le milieu de l’été.

En conclusion : que nous reste-t-il ?

L’absence apparente de tendance résulte également de stratégies volontaristes qui s’avèrent également très juteuses. Un choix exclusivement réservé aux utilisateurs de logiciels quantiques surpuissants. La déconnection du cours et du sous-jacent a franchi un nouveau cap décisif cette année… Et il est bien difficile d’affirmer qu’il s’agit d’un réel progrès dans l’efficience des marchés !

* 1,35 euro + 0,34 euro / minute.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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