Messieurs les patrons de small caps, ne donnez pas le bâton pour vous faire battre !

Rédigé le 27 avril 2012 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Si vous lisez souvent mes analyses ou mes news – que ce soit sur le site ou sur twitter – vous remarquez que j’emploie souvent le terme de « guidance » qui est un anglicisme assez utilisé dans notre jargon financier.

De quoi s’agit-il ? Tout simplement des prévisions ou encore des perspectives émises par les sociétés lors de leurs traditionnelles réunions d’analystes ou de leurs présentations de résultats, par exemple.

A quoi servent-elles ? Lorsque vous êtes coté en Bourse, vous êtes attendu au tournant, bien sûr lors de la publication de vos résultats mais également sur vos perspectives. Aux Etats-Unis, par exemple, les grandes entreprises publient en marge de leur publication de résultats leurs prévisions chiffrées et calibrées de leurs activités et bénéfices futurs. La France a moins ce culte de la prévision et nos small caps ne font pas exception à cette règle française. Elles sont nombreuses à ne pas vouloir trop s’avancer.

Ainsi, le P-DG de MICROPOLE (FR0000077570), Christian Poyau, se refusait à donner la moindre guidance la semaine dernière lors de notre rencontre ; la raison ? Une conjoncture trop difficile à cerner. C’est un acte de prudence, que je comprends largement ; d’ailleurs, je vais vous faire un aveu… lorsque j’étais chez Euroland Finance, je disais aux dirigeants de boîtes que je coachais d’en dire le moins possible sur leurs perspectives afin que la transparence ne se retourne pas contre eux par la suite. Car, supposons une entreprise qui prévoit une marge opérationnelle de 10% sur l’exercice en cours. Finalement, en raison d’événements exogènes, elle ne réalise que 8%… La sanction risque d’être terrible. Primo, l’action va dévisser en Bourse. Secundo, le chef d’entreprise aura perdu une bonne partie de sa crédibilité alors qu’il voulait faire preuve de transparence !

Vous allez me dire que je suis bien gentil avec mes exemples mais que franchement, 2% de margeen plus ou en moins… qu’est ce que cela change ? Et bien cela change beaucoup de choses dans la mesure où la modélisation boursière n’est plus la même quand on dégage 8% ou 10% de marge. La valorisation boursière peut alors varier. C’est donc pour cela que je préconisais de ne rien dire à la communauté financière en termes de prévisions… Aux gérants, aux analystes ou aux journalistes de faire leurs calculs en fonctions des éléments fournis ! mais ne donnons surtout pas de prévisions chiffrées, surtout dans le monde des small caps qui n’est pas celui des grandes entreprises.

Prenez une société comme CYBERGUN (FR0004031839), le leader mondial dans la réplique d’armes factices. Elle n’a pas atteint ses objectifs de chiffre d’affaires annuel (85 millions d’euros contre 90 millions d’euros annoncé) et verra son EBITDAse situer dans une fourchette comprise entre 7 et 9% contre 10% initialement prévu. La sanction a été terrible en Bourse avec une chute du titre supérieure à 20% la semaine dernière. Je connais très bien Jérôme Marsac, le P-DG de la boîte… Je ne pense en aucun cas que c’est un menteur ou un manipulateur… Simplement il a voulu bien faire en étant le plus précis possible et tout cela s’est retourné contre lui car il est extrêmement difficile de vouloir maîtriser l’avenir, surtout quand il s’agit de prévisions chiffrées.

Si vous dites qu’il fera sans doute beau sur la Côte d’Azur en août, vous avez peu de chances de vous tromper. Si vous vous engagez à prévoir qu’il fera 32°C le 13 août, vous avez plus de chances de vous tromper. Donc plus vous rentrez dans la prévision chiffrée, plus vous vous heurtez à des éléments endogènes et exogènes qui peuvent être très vite caduques.

Le problème est le même pour nos gouvernements qui font des prévisions de croissance intenables et provoquent des dérapages budgétaires importants.

Messieurs les dirigeants (je parle des dirigeants de small caps, pas de ceux qui nous gouvernent), si vous me lisez, ne donnez pas le bâton pour vous faire battre ! Donnez peut-être des évolutions conjoncturelles mais ne rentrez pas dans des données chiffrées. Cela peut vous être préjudiciable et, croyez-moi, il est très difficile de retrouver de la crédibilité lorsqu’on a déçu une fois… très difficile.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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