Crise dettes souveraines en zone euro : Mario Draghi n’est pas le Père Noël

Rédigé le 6 septembre 2012 par | Apprendre la Bourse, BCE, Statistiques et données macro, Taux & Devises Imprimer

On ne peut pas tout demander à Mario Draghi, patron la Banque centrale européenne — comme semblent le croire les hommes politiques, économistes et autres zinzins. Donc lui demander de créer de la monnaie en quantité illimitée pour :

1/ prêter en dernier ressort aux banques (contre collatéraux douteux) sur des appels d’offre de moins en moins conventionnels et sur des maturités de plus en plus longues (cf. les LTRO) ;

2/ acheter en dernier ressort la dette des Etats périphériques en émettant ex nihilo ;

3/ financer d’éventuelles moins-values sur des stocks de titres dépréciés… … devient complètement absurde.

Il est vrai qu’il est très tentant pour les gouvernements de vouloir proclamer la fin officielle de la crise en demandant à la banque centrale de masquer les vrais problèmes — ou du moins de les reporter dans le temps. De dire que c’est la faute de la BCE si on ne s’en sort pas — politiquement, rejeter la faute sur un économiste/financier vaut toujours mieux qu’assumer.

Mais la BCE n’est pas le Père Noël.

Pourtant, Mario Draghi a donné des espoirs excessifs aux marchés.

Il est allé jusqu’à affirmer que le financement de certaines dettes publiques ne serait pas de la création monétaire ! Mais ce que s’apprête à faire la BCE (cet après-midi ou à la prochaine échéance) est et restera du non conventionnel de la même nature que les précédents LTRO. Car en achetant de la dette périphérique sur des maturités maximales de trois ans, c’est comme si la BCE faisait un nouveau LTRO de trois ans aux banques italiennes et espagnoles, entièrement destiné à acheter la dette de leurs souverains.

Une nouvelle version du LTRO ?

La différence avec les LTRO passés, c’est que l’on va réussir cette fois à mettre en place une vraie déconnexion entre le risque bancaire et le risque souverain.

On avait, en effet, constaté que ces opérations avaient pu aggraver la crise en renforçant la corrélation entre le risque bancaire et le risque souverain puisque les banques italiennes et espagnoles utilisaient une bonne partie de cette nouvelle liquidité pour acheter de la dette souveraine nationale.

Mais il ne faut pas être dupe : on assistera à un transfert de risques avec une Banque centrale qui acceptera de prendre des pertes sur les papiers achetés, qu’elle pourra comptabiliser de deux manières :

Rappelons qu’en quatre ans, le bilan de la Banque centrale européenne s’est accru de plus de 2 700 Mds€ soit plus 100% (total du bilan de 1 450 Mds€ en juin 2008 et de 3 100 Mds€ en juin 2012). C’est 2700 Mds€ de création monétaire (dont 1000 Mds€ de LTRO) ! Tout ceci pour quoi ? Pour un résultat désespérant au regard des primes de risques sur les emprunts d’Etat des pays périphériques et de l’absence de véritable circulation de la liquidité dans l’économie réelle.

Ce que l’on aurait pu espérer

Si l’on voulait gagner du temps, il aurait alors fallu le gagner intelligemment :

Dans ces deux types d’actions, la BCE aurait pu crédibiliser ses actions en luttant contre l’aléa de moralité en faisant varier les niveaux de taux d’intérêt plafonds ou les niveaux d’émission des dettes émises à la hausse en cas de relâchement des disciplines budgétaires des Etats financés et à la baisse en cas de rigueur budgétaire renforcée.

Mais jusqu’à présent, ce ne sont pas les voies choisies par le patron de la BCE ; et on ne peut pas tout lui demander…

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Mory Doré
Mory Doré
Economiste

Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière.

Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste.

Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise.
Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

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