Mario Draghi a le bazooka qui le démange

Rédigé le 9 avril 2014 par | Autres indices, Indices, sociétés et marchés, Matières Premières Imprimer

Le quantitative easing à 1 000 Mds€, le marché en rêve mais Mario Draghi ne le fera pas.

C’est un peu comme annoncer que tous les titulaires d’un compte de 10 milliards d’euros et plus vont se partager le gros lot que la BCE gardait sous le coude depuis 18 mois… s’il se produit une pluie d’étoiles filantes le 28 juin entre 23H10 et 23H17.

Mais depuis ce weekend, je lis de nombreux commentaires où transparaît un scepticisme grandissant : certains dénoncent le bluff de Mario Draghi qui débarque à chaque point de presse avec son bazooka en carton et ses munitions en balsa.

Vue de loin, l’illusion est parfaite, tous les détails de l’arme et des roquettes sont peints avec une grande minutie. Super Mario  joue son rôle avec brio, le regard calme et déterminé pour nous balancer ses meilleures répliques du style : « j’ai la gâchette qui me démange… me cherchez pas sinon j’explose tout ».

Intimidés (ou parce que ça les arrangeait bien), les marché se sont tenus à carreau pendant 18 mois.

Le résultat le plus spectaculaire ? Ce n’est pas forcément le Dow Jones à 16 600 ou le CAC40 à 4 500 points, mais bien le prochain retour de la Grèce sur le marché obligataire pour une émission à 5 ans, ou encore des taux longs espagnols à 3,15% – sans parler du 10 ans portugais à moins de 4%. 

Non mais sans rire, vous croyez que le Portugal sera en mesure de rembourser sa dette en 2020 ? Et l’Espagne,  avec ses 13% de taux de créances immobilières douteuses supportées par le système bancaire (un taux de 20% serait plus proche de la réalité) ? Et la Grèce ? Vient-on de découvrir que les noyaux d’olives du Péloponnèse pourraient avantageusement remplacer le graphite dans les centrales nucléaires de dernière génération ?

Ces niveaux de taux n’ont aucun sens économique mais reflètent une contrainte que vous connaissez bien : « mais qu’est-ce qu’on peut bien faire de tout ce fric que les banques centrales ont déversé dans la sphère financière ? »

Il faut l’investir, c’est écrit dans le mandat des gérants (les asset managers). Certains n’ont même le droit qu’à 10% de liquidités dans leurs fonds, tout le reste doit être placé, coûte que coûte. Ce n’est pas un choix, c’est un impératif catégorique !

Et si le gérant vend du A (comme Action), c’est pour acheter en quantité égale du B (comme Bon du trésor) ou pour les plus chanceux qui jouent en global/macro du C (comme Commodities). On peut même aller jusqu’à la lettre D (comme Devise). Il faut faire… et mieux vaut faire n’importe quoi que de ne rien faire du tout (laisser dormir l’argent, cela semble bien pire que risquer d’en perdre et surtout, c’est interdit par les autorités financières !).

L’autre caractéristique de notre merveilleuse époque, c’est le syndrome de l’autruche. Enfouir sa tête sous un tas de billets de Monopoly fait disparaître les problèmes économiques ou géopolitiques.

Tenez, prenez par exemple l’actualité du week-end : les fameux 1 000 Mds€ de la BCE ont éclipsé l’agitation dans les principales villes industrielles de l’Est de l’Ukraine (Kharkov, Lougansk) et mis en sourdine les appels au rattachement de la région de Donetsk à la Russie.

Tout se passe comme s’il s’agissait d’une rediffusion des événements survenus il y a un mois (des gens en colère qui s’emparent de bâtiments officiels austères dans des villes sans charme sous un ciel grisâtre) : c’est du déjà-vu alors c’est d’un ennui !

J’ai comme le sentiment que nous n’allons pas nous ennuyer longtemps avec un Russel 2000 qui a décroché lundi de -1,5% (après les -2% de vendredi), avec un Standard & Poor’s 500 qui a perdu -1,1% et enfonce le palier des 1 850Pts (à 1 845) !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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