Pourquoi vous ne devriez pas vous baser sur les tendances de long terme

Rédigé le 22 août 2014 par | Apprendre la Bourse Imprimer

 « Si vous vous apprêtez à utiliser les probabilités pour modéliser un marché financier, vous feriez mieux d’utiliser le bon modèle de probabilités. Les marchés réels sont imprévisibles ». – Benoit Mandelbrot (1924-2010).

Je vais vous montrer une autre manière de regarder la finance. La plupart des gens pensent que le prix des actions ou des taux d’intérêts finissent toujours par rejoindre une sorte de moyenne de long terme. On pense toujours que les excès finissent par revenir dans la norme qui a été établie dans le passé.

Par exemple, le T-Note (le 10 ans américain) offre du 2,50% environ aujourd’hui. Les gens regardent l’historique des cours et voient que sur les 20 ou 30 dernières années, les taux étaient beaucoup plus hauts. Donc ils présument que les cours vont finir par remonter vers ces niveaux dont ils ont l’expérience.

C’est une manière classique d’envisager le monde. C’est une perspective gaussienne – du nom du célèbre mathématicien Carl Friedrich Gauss – mais vous en connaissez plus sûrement la courbe en cloche :

courbe de Gauss

Mais un mathématicien français du 19e siècle, Augustin-Louis Cauchy, avait une vision différence. Pour comprendre l’idée, il faut prendre l’image d’un archer qui aurait les yeux bandés.

L’histoire vient de Benoit Mandelbrot dans son livre « The (Mis)behavior of Markets”. Imaginez un archer qui aurait les yeux bandés. Il se tient devant un mur immensément long avec une cible accrochée dessus. Maintenant, imaginez qu’il a énormément de flèches à sa disposition.

La plupart de ses tirs rateront la cible ; d’autres ne toucheront même pas le mur ; certaines flèches atterriront même à des centaines de mètres. A quoi ressemblerait une moyenne de ces tirs ?

Voici ce qu’en dit Mandelbrot : « Notre archer n’entre pas dans le champ d’analyse de la courbe en cloche. Ses tirs à l’aveugle ne se sont jamais inscrits dans une jolie moyenne prédictible ou dans un ensemble cohérent autour de cette moyenne. Dans le langage des probabilités, ses erreurs ne confirment pas la règle ».

Si vous prenez un archer non-aveugle, vous vous attendez à ce que ses tirs se regroupent autour de la cible. Et vous vous attendez à ce qu’ils ne s’en écartent pas trop. Mais la vue du monde de Cauchy intègre ces tirs erratiques ; et les erreurs peuvent alors être énormes.

Mandelbrot explique – et je pense qu’il l’a prouvé – que les marchés sont plus proches de la vision de Cauchy que de celle de Gauss. Il y a de nombreux petits mouvements, de l’ordre d’une volatilité de quelques centimes. Mais ils se mélangent à de très larges mouvements – ces tirs qui ratent leur cible de plusieurs centaines de mètres. Or l’impact de ces mouvements est énorme.

Voici quelques exemples de Mandelbrot :

Alors se référer à une moyenne est vraiment risqué en finance. Il n’y a pas de moyenne logique quand des excès peuvent avoir un impact aussi énorme.

Revenons sur notre T-Note qui rapporte du 2,5%. La plupart des gens trouveront ce rendement bas comparé à ce qu’il a rapporté sur les 20 ou 30 dernières années. Mais si vous remontez encore plus loin… ces 2,5% ne sont pas si ridicules. Le rendement moyen des années 1930 a été de 2,98% (selon A History of Interest Rates, Fourth Ed.). Le rendement moyen des années 1940 a été de 2,54%, et de 2,99% dans les années 1950. Cela fait 30 ans avec un rendement du T-Note inférieur à 3%. Cela vous montre que cela a existé. Et que la situation peut se prolonger longtemps jusqu’à ne plus être un excès.

Enfin, regardez ce tableau :

principaux taux souverrains

Le T-Note est en tête de liste. D’un coup, ces 2,5% ne semblent pas aussi faibles. Je ne suis pas en train de vous dire que les taux ne vont pas remonter. J’essaye juste de vous faire changer votre manière d’envisager les choses, et de voir le monde un peu différemment.

Les marchés ne sont pas obligés de répliquer le passé. Les moyennes passées (que ce soit des PER, des taux d’intérêt ou le prix des matières premières), n’ont pas de valeur intrinsèque. Les graphiques et les données sont juste des faits passés. Ils ne présument pas de comment ni où le marché décochera sa prochaine flèche.

Chris Mayer

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