Vivre dans un monde où les marchés actions sont au plus haut

Rédigé le 10 mai 2013 par | Analyses indices, Big caps, US Imprimer

Conférence "A la recherche du rendement perdu"

Revoici l’un des marronniers préférés des investisseurs : sell in May and go away, que l’on pourrait traduire, de manière certes un peu cavalière, par « vendez en mai et fichez le camp ».

Si vous êtes un sage de l’investissement vous serez peut-être tenté de mettre l’adage en pratique. Et puis vous pourriez jeter un oeil à la fulgurante hausse des marchés actions (américains, essentiellement) et vous dire : waouh !

Parmi les nombreuses légendes qui traînent sur cet âge obscur qu’aurait été le Moyen Age, une des plus fréquentes sont les terreurs de l’an mille qui auraient saisi nos lointains ancêtres alors que le changement de millénaire s’annonçait. Depuis, cette idée reçue a été démontée par les historiens mais force est de constater que l’être humain aime se focaliser sur des dates ou des nombres auxquels il prête une portée symbolique. C’est ce qui s’est passé avant le passage à l’an 2000, ou encore le 21 décembre dernier, date (fausse en plus) de la fin du monde chez les Mayas. Quant à la Française des Jeux, elle n’hésite pas à utiliser la paraskevidékatriaphobie (peur du vendredi 13 pour ceux qui ne maîtrisent pas parfaitement le petit lexique des phobies recensées) pour nous inciter à miser quelques euros sur une grille.

Ces craintes ou croyances collectives influent sur notre comportement… et l’investissement n’y échappe pas. Il suffit d’observer l’agitation collective — à laquelle nous n’avons pas échappé — qui a entouré le franchissement de son sommet historique par le S&P 500 pour s’en convaincre. Ou encore le passage de l’or sous les 1 500 $ l’once il y a quelques jours. En quoi les 1 500 $ sont plus significatifs que les 1 502 ou les 1 498 ? Hors la charge émotionnelle et symbolique, rien ne les distingue.

Il y a quelques jours, un petit cercle de traders a pu déboucler des gains de 63% et 24% quasiment coup sur coup… pour une performance globale nette de frais de courtage de près de +75% !

Pour faire comme eux, continuez votre lecture…

 

Futile ou pas, sensée ou pas, nous ne pouvons pas ignorer cette charge symbolique collective quand nous investissons. Difficile donc d’ignorer que le S&P 500 est au plus haut ou que le Dow Jones a récemment franchi en séance pour la première fois la barre des 15 000 points, là encore un sommet historique. Le CAC 40, en retard sur ses confrères américains, entend lui franchir la barre des 4 000 points (nous sommes aujourd’hui au-dessus des 3 900 points) ce qui ne ramènerait à ses plus-hauts post-crise.

Les marchés sont manifestement hésitants, partagés entre cette inquiétude qui les saisit toujours au moment de franchir des seuils symboliquement chargés et leur envie de poursuivre à la hausse (sans se soucier, il faut bien le reconnaître, d’un quelconque reflet de l’économie réelle dans les cours).

Les banques centrales au chevet de la finance et de l’économie
Les banques centrales jouent quant à elles leur rôle de divinité titulaire et protectrice des marchés actions. La BCE a annoncé jeudi dernier une baisse de son taux directeur à 0,5%. La décision était très (trop) attendue et n’a eu que peu d’effets sur les marchés. Mais Mario Draghi a tenu à nous rejouer le coup d’août dernier en assurant que la BCE était prête à tout en cas de nouvelles vagues de crainte ou de panique sur la Zone euro.

Du côté américain, là encore, la Fed pratique de manière avisée les discours lénifiants destinés à rassurer tout le monde. La banque centrale américaine a en effet déclaré qu’elle était prête à réduire ou augmenter son intervention selon les dernières évolutions sur le front de l’emploi ou de l’inflation — et donc, plus vraisemblablement, de l’augmenter. En début de mois, la Fed avait exprimé ses inquiétudes sur une santé économique américaine vacillante et un taux de chômage toujours trop élevé à son goût — et ce malgré les derniers chiffres de l’emploi, bien meilleurs que prévus. Ceux qui craignaient un arrêt du quantitative easing « infini » peuvent se rassurer, oncle Bernanke veille toujours sur les marchés.

Bienvenue au pays des merveilles
Le véritable changement qui est en train de s’opérer se joue aussi sur le terrain de la psychologie.

Ces deux dernières années, les mots d’ordre des deux côtés de l’Atlantique (surtout de ce côté-ci d’ailleurs) étaient : rigueur et lutte contre l’endettement. Il y avait eu laisser-aller, il fallait se mettre au régime. Il y avait eu endettement non-contrôlé, il fallait reprendre le pouvoir.

L’austérité a fait long feu. Début mai, la Fed a ouvertement critiqué les effets délétères des coupes budgétaires sur l’état de l’économie américaine. En Europe, l’heure n’est plus vraiment à l’austérité. Une nouvelle phase qui a été parfaitement résumée par Pierre Moscovici, notre ministre de l’Economie : « l’austérité, c’est fini. Le sérieux continue ». La France vient de se voir accorder deux ans supplémentaires pour parvenir à l’objectif d’un déficit sous les 3%. Le nouveau gouvernement italien a affirmé la même chose : sus à l’austérité !

L’Allemagne est la seule à faire entendre une voix discordante plaidant pour la poursuite d’une politique de rigueur. « Le ministre des Finances allemand prône une poursuite des réformes que ce soit en Allemagne comme en France et juge ‘insensé’ le fait de croire que l’on peut régler le problème du chômage des jeunes avec plus de dette », explique La Tribune.

L’issue du combat semble pourtant jouée d’avance. Les Etats-Unis, le Japon et maintenant la plupart de l’Europe préfère aux affres de la rigueur le moelleux rassurant d’une politique de relance.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Que pour l’instant les marchés actions, et surtout américains, vont continuer à grimper. Ce qui ne signifie ni que cette hausse soit saine, ni que vous ne deviez pas en profiter (avec prudence évidemment !). Pour ceux qui seraient tentés de se précipiter vers ce paradis du rendement que semblent être les actions, voici un avertissement illustré.

Le graphe ci-dessous, que j’emprunte à mes collègues américains, représente l’évolution du NYSE par rapport au bilan de la Fed (c’est-à-dire par rapport à l’impression monétaire).

Nyse / impression monétaire

Un graphe qui permet de relativiser la hausse des marchés actions ces dernières années… en prenant en compte les flots, les nuées, les tombereaux de dollars que la Fed déverse sur les marchés, la progression des actions est… nulle, plate, inexistante. La hausse est factice, créée et soutenue de toutes pièces par les banques centrales. Vous pouvez jouer au casino des actions, mais sachez que le croupier triche et fait les jeux. Vous voilà prévenu !

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