Grand marché baissier : c’est parti !

Rédigé le 28 août 2015 par | Apprendre la Bourse, Autres indices, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

[NDLR : Étant donné les circonstances difficiles sur les marchés actuellement, nous vous faisons parvenir cette analyse exclusive, rédigée en collaboration avec nos équipes internationales. Nous espérons qu’elle vous sera utile et vous fournira quelques lignes directrices pour vos investissements dans les semaines qui viennent.]

Grand marché baissier : c’est parti !

Suivre le marché à court terme est généralement très utile pour faire de modestes ajustements dans un portefeuille boursier, ouvrir ou clôturer une position. Il y a très peu de moments où l’on devrait envisager de faire des mouvements plus spectaculaires. Ces derniers jours, nous vivons l’un de ces moments.

De plus en plus de données nous montrent que nous sommes à l’aube d’un grand et spectaculaire ralentissement sur les marchés boursiers.

Qu’entendons-nous par « grand », « spectaculaire » ?

Par « grand », nous entendons une baisse de plus de 50%.

Par « spectaculaire », on entend une période de moins de trois ans. Parmi les exemples historiques de ralentissements de cette ampleur, il y a par exemple le déclin de 21 mois de janvier 1973 à septembre 1974, ou plus récemment celui de 17 mois entre octobre 2007 et mars 2009…

Quand ce krach va-t-il se produire ? C’est le plus difficile à dire. Du lundi 17 au vendredi 21 août, les marchés européens ont tous connus de lourdes pertes (6% rien que pour le CAC 40). Est-ce le début de ce grand ralentissement ? Peut-être… En tout cas si ce n’est pas maintenant, il risque de se produire dans les trois prochains mois… et nous allons vous montrer pourquoi.

 Commençons par les fondamentaux des marchés.

Fondamentaux et indicateurs à long terme : Les grandes chutes ont toujours eu lieu dans des marchés surévalués. C’est clairement le cas de nos marchés actuels. J’ai fait une longue analyse de l’effet des dettes sur la performance des marchés boursiers sur la période de 1954 à 2015 — je vous épargne ce document de plus de 50 pages pour simplement partager avec vous les résultats. En deux mots, ce modèle (appelé DAMA) prévoit que le marché pourrait être divisé par deux ou plus d’ici la prochaine décennie. Et ceci en supposant que les dividendes versés compenseraient plus ou moins l’effet de l’inflation.

Notre autre modèle d’évaluation de marché à long terme est un indicateur qui intègre la démographie et plusieurs autres facteurs ainsi que le ratio capitalisation des entreprises/ PIB. Il confirme cette conclusion :

modèle d'évaluation de marché à long terme

Les prévisions données par notre modèle à long terme ont diminué au fur et à mesure que cette bulle des marchés gonflait, jusqu’à atteindre des prévisions extrêmement mauvaises depuis le mois de juin dernier avec un rendement réel de -9,7% par an au cours des 10 prochaines années. Avant ce dernier marché haussier, les pires prévisions en utilisant les même données depuis 1952, était de -4,6%… et c’était juste avant le krach des années 2 000.

Les indicateurs de court terme :

Le Point Minsky ou « Moment de Minsky »

On pourrait évoquer un simple mouvement de marché, une saine correction et s’arrêter là. L’explication d’Hyman Minsky fournit une perspective beaucoup plus fondamentale, et a montré comment les rendements historiques façonnent les émotions des investisseurs.

Typiquement, les rendements encouragent de nouveaux investissements. Du coup, les rendements historiques ralentissent et les sentiments des investisseurs se dégradent. Jusqu’à ce que soit atteint le point, ou le « moment » lors duquel le sentiment des investisseurs se retourne et devient négatif. S’ensuit alors une baisse auto-réalisatrice.

Je cite ici sur ce sujet un expert, Charles Gave de GaveKal :

D’abord les emprunteurs s’endettent pour développer des actifs productifs, la rentabilité de ces investissements permettant et le service de la dette et son remboursement in fine. Le système est stable.

Puis vient la deuxième étape où les gens s’endettent pour bâtir de nouveaux actifs ou en acheter des anciens en empruntant autant qu’ils le peuvent tant que la rentabilité de l’actif permet le service de la dette, plus personne ne se préoccupant du remboursement du capital in fine. Le système devient instable et ne peut supporter la moindre hausse des taux d’intérêts.

Vient enfin la période dite « de Ponzi » où tout le monde emprunte pour payer les intérêts sur la dette existante, plus personne ne songeant même à rembourser le capital. Et là, bien sûr, le système devient explosif.

Tout le monde voit bien que le secteur privé est sans doute en période « 2 » un peu partout dans le monde, tandis que les Etats français, italien ou espagnol sont en plein « Ponzi ». Et, nous dit Minsky, lorsque le système bascule (the Minsky moment, en anglais), la chute économique est vertigineusement rapide. L’analyse est très semblable à celle d’Irving Fisher dans The debt deflation theory of great depressions, publiée en 1934, et la comparaison avec la période actuelle particulièrement pertinente.

Les tableaux suivants montrent comment ce processus a fonctionné dans les années 2000 et 2007 — deux périodes fondamentalement comparables à notre marché actuel.

Note : D-200 représente le rendement annuel moyen des investisseurs ces 200 derniers jours. Adj. D-200 représente la comparaison entre D-200 et le rendement des bons du Trésor US à 10 ans.

Sommet des années 2000

 

D-200

Adj. D-200

24 mars, sommet de 1 527 points :

14.1%

7.9%

1er septembre, quasi-sommet de 1 521 :

9.2%

 3.5%

Sommet de l'année 2007

 

D-200

Adj. D-200

19 juillet, quasi-sommet de 1 553

12.4%

7.4%

17 octobre, sommet, 1 565

12.0%

 7.3%

26 décembre, quasi-sommet de 1 498

10.4%

6.1%

2015, le sommet boursier

 

D-200

Adj. D-200

20 mai, sommet, 2 135

 9.5%

7.2%

20 juillet, quasi-sommet de 2 128

8.5%

 6.1%

Les ressemblances sont frappantes. Alors que le marché atteignait son sommet, le coefficient Adj. D-200 situé entre 7,2% and 7,9%, dégringolait ! Une chute de ce coefficient sous les 7% indique une baisse imminente des marchés… C’est notre situation actuellement.

Appels de marge

Une analyse complémentaire à celle de Minsky concerne le niveau de dette des investisseurs. Celui-ci coïncide généralement avec leur optimisme maximal. Le Point Minsky survient traditionnellement lorsque les investisseurs prévoient une baisse des marchés et décident de réduire leur effet de levier (investissements financés par l’endettement), provoquant ainsi une réelle chute des marchés dans une boucle auto-réalisatrice.

La situation actuelle montre clairement que le marché se dirige vers une baisse similaire à celle de 2000 et de 2007-2008.

dette de marge/PIB Source : NYSE Data

Notre indicateur à court terme :

En plus de notre indicateur à long terme, notre indicateur à court terme a pour objectif de former des prévisions boursières sur les prochains mois.

Indicateur à court terme

La prévision actuelle indique un rendement moyen de -5% par an durant 10 ans. Cela fait partie des prévisions les plus sombres depuis 1952.

 Les indicateurs économiques

Il y a plusieurs signes que la croissance économique est, au mieux, en train de ralentir. Le tableau ci-dessous, par exemple, montre le déclin du nombre d’emploi créés. En soi, la baisse de cet indicateur n’est pas surprenante, mais si vous gardez en tête qu’au même moment les valorisations des sociétés cotées en Bourse sont au plus haut, alors vous comprenez pourquoi le mouvement de cet indicateur devient une donnée essentielle pour appréhender ce qui nous attend. Et vous voyez pourquoi il est évident qu’un ralentissement de notre économie est en cours. Ce type de coup de frein précède généralement un ralentissement économique brutal et une baisse des marchés.

créations d'emplois

Nos autres signaux d’alerte

La plupart, sinon la totalité, des éléments d’alerte au krach ci-dessus sont en corrélation avec des évènements dramatiques sur les marchés. Trois autres facteurs importants poussent également au pessimisme.

– La dette globale La hausse et les montants des dettes sont sans précédent ; par conséquent, il n’y a pas beaucoup à dire sur l’antériorité d’un tel indicateur. Cependant, il est généralement considéré comme un mauvais signe.

Encours de dette au niveau mondial

– Triple nature de la bulle d’investissement Nos prévisions et notre analyse concernent le marché actions ; cependant, il est rare que les valorisations élevées du marché des actions coïncident à un point tel avec d’autres domaines d’investissement majeurs, à savoir les obligations et l’immobilier. Le potentiel de baisse simultané de ces trois marchés multiplie les perspectives d’un résultat économique dramatique.

– La capacité de stimulation économique du gouvernement Le niveau de la dette du gouvernement américain étant si élevé, et les taux d’intérêt étant déjà au plus bas, les possibilités du gouvernement pour soutenir l’économie sont extrêmement réduites. La marge d’action une fois le repli du marché amorcé sera totalement nulle. Nous éviterons l’éternelle question qui consiste à savoir si la chute de l’économie a provoqué le krach ou si c’est l’inverse…

La question de l’œuf ou de la poule est stérile. En revanche, il est utile de vous protéger à temps et nous pensons que nous sommes à la veille d’un krach historique.

Restez à l’écoute de nos différents spécialistes pour des conseils et des recommandations adaptés à leurs secteurs d’investissements respectifs.

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