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Mais puisque Mario vous dit que la Deustche Bank sera sauvée… vous pouvez bien l’acheter, non ?

Par Philippe Béchade13 Oct 2016

Puisque l’amorce de correction de mardi à Wall Street ne semble inquiéter personne et qu’octobre n’a pas encore viré au rouge, les gérants s’empressent d’affirmer qu’un marché qui ne veut pas baisser, c’est qu’il va remonter.

Faut-il commencer à nous préparer au rallye de fin d’année, avec deux mois d’avance ?

Après tout, nous resterions cohérents avec les singularités de l’année.

Or si les indices doivent monter, cela ne pourra se faire sans les banques – les autres actions étant largement survalorisées. Il faudrait donc un spectaculaire rattrapage étant donné que certaines bancaires ont perdu 50 ou 60% cette année. Mais tout est possible puisque finalement, les banques portugaises, italiennes et surtout la Deutsche Bank ne feront pas faillite : elles seront sauvées, d’une manière ou d’une autre, par les contribuables ou les banques centrales.

D’ailleurs, tout ne va pas si mal puisque hormis la BMPS, les autres candidats audités cet été ont tous franchi victorieusement l’épreuve des stress tests, c’est dire si on peut avoir confiance.

Des stress tests passés haut la main : la preuve que tout va bien

Et regardons l’évolution boursière de Deutsche Bank d’ailleurs. Le titre plafonne depuis 48H sous les 12, 5€ mais ne cède rien de ses récents gains bien que son PDG John Cryan soit rentré bredouille de New-York. Le marché continue de bruisser des mêmes rumeurs fallacieuses validant l’annonce d’un accord imminent avec la justice américaine, ce qui maintient le cours du titre en lévitation après avoir aplati les vendeurs à découvert (short sellers). Lévitation rime bien avec mensonge et manipulation.

Mais une nouvelle épée de Damoclès plane au-dessus de la banque : il s’agit d’un cas de manipulation comptable (non pas du Libor ou des métaux précieux), qui implique des complicités au plus haut niveau, et qui lui aurait permis d’afficher de bonnes notes dans les stress tests.

C’est un journaliste du Financial Times (dont nous saluons la curiosité et l’opiniâtreté) qui a révélé le pot aux roses.

Nous soupçonnions évidemment que si la DB avait satisfait aux exigences du stress test estival de l’EBA (Autorité bancaire européenne) réalisé pour le compte de la BCE, c’est que les comptes avaient été vraisemblablement truqués, les risques réels minorés (notamment le montant des créances douteuses), le hors bilan (opérations de gré-à-gré, financement de hedge funds) caché sous le tapis.

Et nous attentions qu’émerge une preuve matérielle de la carambouille comptable.

L’EBA a tout simplement validé l’inscription aux fonds propres d’une somme de 3,43 Mds€ correspondant à la vente de 19,99% de la participation au capital de la banque chinoise Hua Xia Bank… laquelle n’a toujours pas eu lieu ! Il n’y a eu aucun accord formel sur le montant, pourtant accepté comme tel par l’EBA… sur « l’espoir que la Deutsche Bank finalisera cette opération avant la fin de l’année 2016 ».

Nous le savons tous : la finance vit d’espoir et d’eau fraîche. Il ne manque que quelques colliers de fleur et des vapeurs de patchouli pour faire tomber les marchés en pâmoison.

Je reprends ici l’illustration que ma collègue Simone Wapler a publiée dans son article sur ce stress test pour vous montrer de quoi nous parlons.

DBK

D’après les règles qui s’appliquent à toutes les banques (sauf manifestement à la DB), seules les transactions complétées avant le 31 décembre 2015 pouvaient être prises en compte en tant que flux venant s’intégrer aux liquidités immédiatement disponibles (les fonds durs).

Toujours au chapitre des actifs au caractère plus qu’incertain, la Deutsche Bank a indiqué détenir des stocks d’or (non audités). Evidemment, ils pourraient n’être que fictifs vu l’incapacité de la banque à s’exécuter lors d’une demande de livraison de physique début septembre.

Et combien d’astuces de ce genre (recette fictives, survalorisation des actifs, etc.) ont été validées par l’EBA au nom de l’intérêt général (éviter toute panique concernant la Deutsche Bank) ?

La Deutsche Bank a-t-elle été vraiment la seule à en profiter ?

Comment pourrait-elle remplir son rôle de contrepartie en cas de situation de crise alors que les hedge funds considèrent déjà qu’elle est potentiellement en défaut ?

Acheter des banques décotées, cela vous tente toujours ? Allez, faites un effort : Mario Draghi vous assure qu’il fera tout pour les sauver. Vous pouvez le croire !

Mais la bonne question à se poser est : en a-t-il les moyens ? Car si tel était le cas, pourquoi aurait-il couvert le maquillage du bilan de la Deutsche Bank ?

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photo auteur

Philippe Béchade

Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la ‘voix’ de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tout premiers ‘traders’ mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

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