La Bourse au quotidien

Analyses et conseils boursiers indépendants

Magouilles et politique : la Deutsche Bank, enjeu de pouvoir

Par Philippe Béchade04 Oct 2016

Hier, nous commencions à vous rappeler quelques chiffres sur le sujet qui fait frémir les marchés en ce moment : la Deutsche Bank.

Le titre a perdu 90% depuis son plus-haut de 2007, et perd 70% depuis le début de 2015… ce qui correspond à une baisse de sa capitalisation boursière de près de 30 Mds€. Le pire, c’est que cette perte de confiance, qui s’est amorcée la semaine dernière avec la fuite de certains déposants, n’est que le début du bank-run…

DB

La banque vient d’atteindre un point de non-retour. Les déposants prennent conscience que leur épargne et leur trésorerie pourrait être confisquée afin de combler le passif de cette banque, en application des nouvelles directives européennes rentrées en vigueur (et qui s’appliquent également aux compagnies d’assurances).

Résumons.

Un bail-in, nouvelle norme de sauvetage, est perdu d’avance. C’est le scenario impossible. Il signifierait que les grandes banques françaises et anglo-saxonnes (puis italiennes ou espagnoles), déjà au bord de la faillite devraient tirer un trait sur des milliards de créances et autres collatéraux sur produits dérivés. Autrement dit, cela créerait un apocalypse nucléaire qui anéantirait le système financier planétaire et, du coup, l’épargne de centaines de millions de citoyens européens ou américains.

Autrement dit, il va falloir circonscrire ce Fukushima financier qui menace.

Mais problème : tout recours au bail-out semble tout aussi impossible.

Pour un bail-out, il faut de l’argent public… beaucoup d’argent public allemand – mais pas que, vu l’ampleur du problème.

Or, à partir de là, il n’y aura plus de raisons de refuser le sauvetage des banques italiennes…
Et c’est là que nous voyons déjà poindre à l’horizon un immense vent de révolte contre l’Allemagne et la Troïka (enfin surtout Merkel et Schaüble) qui accepteraient, pour sauver la Deutsche Bank, tous les moyens qui ont été refusés avec obstination (et une dose incontestable de mépris) à la Grèce.

Oui mais la Grèce a truqué ses comptes – bien fait pour elle.

Mais… ohhhh… ! Voici que plusieurs ex-dirigeants de la Deutsche Bank vont affronter un procès en Italie pour avoir participé à la falsification des comptes de Monte dei Paschi di Siena (BMPS, rappelez-vous, le canari dans la mine dont parle Rickards) !

Les opérations frauduleuses porteraient sur plusieurs milliards d’euros : des montants comparables à ceux mis en jeux par Athènes et Goldman Sachs pour satisfaire les critères de solvabilité et d’équilibres financiers exigés par l’Europe.

Une chose semble certaine, par contre : « Le marché va pousser Deutsche Bank à la baisse jusqu’à ce que les promesses de soutien soit faites »,a dit Jeffrey Gundlach, fondateur de la société d’investissement DoubleLine Capital.

D’où pourrait venir le soutien, alors ?

Nous avons repéré la discrète montée au capital de la DB du Qatar (deux fois 5% pour monter à 10%) qui a exigé (et obtenu) un siège au conseil d’administration de la banque, ce qui lui permet d’en connaitre les moindres aspects ?

De son côté, Hillary Clinton se souviendra peut-être, si elle est élue, des 955 000 $ que la banque lui avait versés à titre personnel ainsi qu’à son Bill de mari, pour qu’elle honore de sa présence l’un des déjeuners de prestige qu’elle organise régulièrement avec les plus éminents personnages de l’élite américaine.

Et peut-être Donald Trump se souviendra, lui aussi, s’il est élu, que la Deutsche Bank demeure l’un de ses principaux (sinon le premier) créanciers.

Nous avons peine à croire que l’un ou l’autre candidat à la présidentielle réclamera le maximum de sévérité de la part de la justice américaine pour l’affaire des subprimes ou pour l’avalanche de procédures pour malversations diverses (affaire BMPS) et manipulations de marché en tout genre (Libor, Euribor, argent et Or, etc.).

Autrement dit, au quatrième trimestre, la conjoncture économique passera au second plan des préoccupations invoquée par les marchés (qui en réalité s’en contrefichent), loin derrière les enjeux systémiques et politiques représentés par la Deutsche Bank.

Et le principal de tous ces enjeux devient : comment gérer la prise de conscience par les peuples que le système bancaire, les banques centrales et le système politique sont indissolublement complices et corrompus ?

Avez-vous un contrat d’assurance-vie ? Est-il sur un fonds euros ?

Si oui… il y a DANGER ! Vous risquez de le voir gelé et de ne pas pouvoir récupérer votre capital si votre assureur est en danger !

Nous avons rédigé un dossier spécial pour tout vous expliquer et vous dire comment vous sortir de cette situation dangereuseLisez ce dossier ici.

photo auteur

Philippe Béchade

Rédacteur en Chef de la lettre Pitbull

Philippe Béchade rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la ‘voix’ de l’actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l’un des tout premiers ‘traders’ mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora.

Voir les articles de Philippe Béchade

Infos Bourse, News & Opportunités

Suivez nous sur Facebook

Retour en haut

Si vous souhaitez recevoir des informations en exclusivité sur les IPO, OPA, augmentations de capital et autres opérations financières des partenaires de La Bourse Au Quotidien, inscrivez-vous ici :