Les recos de Jim Cramer sont tout simplement désastreuses. Alors faites l’inverse

Rédigé le 12 février 2010 par | Apprendre la Bourse Imprimer

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Il rédige aujourd’hui La lettre de Marc Mayor (dont vous entendrez prochainement parler !) et propose par ailleurs des stratégies plus complexes pour éliminer le risque de marché sur www.lecoindesinsiders.com/profits-garantis.html

A force de lire mes articles, vous n’êtes pas sans savoir que j’ai une forte tendance à faire le contraire de ce que clame la majorité. Et ce sentiment n’a jamais été plus vif qu’aujourd’hui. Les télévisions ne cessent de nous matraquer à longueur de journée avec des recommandations d’achat, des alertes à la vente et j’en passe.

Cette « pipolisation » de la finance m’horripile au plus haut point, car elle met des soi-disant spécialistes en avant, devant des millions de téléspectateurs. Et, comme la plupart des personnes regardant bêtement la télévision, l’investisseur lambda trouve ce procédé tellement divertissant au final, qu’il n’a qu’une envie : voir si ça marche.

Ils se disent : « La finance, c’est un vrai panier de crabes. Il y a des Madoff, des banquiers pourris qui nous l’ont plantée bien profond… mais bon, il faut aussi dire que quelques milliers d’euros en plus, ça peut faire du bien. Et, a priori, il n’y a pas trop de risque, car voilà un type apparemment sympathique qui se donne la peine de vulgariser la finance pour des gens comme moi, qui n’ont pas de formation spécifique. Pour une fois que j’y comprends quelque chose, il ne peut qu’avoir raison. »

Bon, je vous le dis tout net : je trouve navrant que tant de gens, chaque semaine, se fasse plumer comme des pigeons. Pour ma part, de manière totalement égoïste, je ne peux pas m’en plaindre : plus il y a de pigeons, mieux je me porte. J’ai d’ailleurs développé récemment une sorte de « radar à pigeons », une stratégie qui permet à n’importe qui d’engranger au moins 60% de profit en six mois, en se basant uniquement sur ces millions de benêts qui peuplent notre terre. Je vous en avais déjà un peu parlé, et je vais vous en (re)donner un exemple.

Bien sûr, l’une des conditions essentielles pour ne pas faire partie de la meute de pigeons est de suivre l’évolution des initiés des médias, qui souvent recommandent tout et n’importe quoi de manière passablement cynique. Le prototype : Jim Cramer, la star de la télé financière outre-Atlantique.

Le « pigeon à la Cramer » : un régal !

En France, tout le monde ne connaît pas Jim Cramer, pour une raison très simple : d’abord, il est de bon ton de faire preuve d’un anti-américanisme primaire. Or, Jim est Américain. De plus, celui qui ne parle pas l’anglais pourrait confondre ce gérant raté avec un marchand de tapis coincé dans une émission de télé-achat. Mais en fait la chaîne sur laquelle il sévit est CNBC. Son show, qui s’appelle Mad Money, a rencontré un tel succès qu’il est devenu l’une des personnes les plus influentes du marché. Même si ses remarques ou ses recommandations sont souvent complètement à côté de la plaque.

Quelques florilèges.

21 janvier 2001 : « Les rendements à venir n’ont jamais été aussi élevés et le risque n’a jamais été aussi bas qu’aujourd’hui ». Le marché a ensuite chuté de 33% en 18 mois.

24 mars 2003 : « Les risques de posséder des actions n’ont jamais été aussi élevés qu’aujourd’hui et les rendements n’ont jamais été aussi incertains ». Résultat : une tendance haussière durable, avec un profit de 64% sur les quatre années qui ont suivi.

Plus récemment, lors de la crise financière, il est devenu une véritable icône de YouTube, avec son légendaire « Bear Stearns va bien, s’il y a un titre dont il ne faut pas s’inquiéter c’est bien Bear Stearns ». C’était le 11 mars 2008, six jours avant que la banque ne s’effondre.

Vous allez me dire que se moquer des commentateurs financiers est chose facile. C’est vrai, je vous l’accorde. Ce qui est toutefois plus intéressant est d’analyser, de manière scientifique, les propos de ces pseudo-spécialistes. Et, de se demander, s’il n’est pas plus profitable de simplement faire l’inverse ?

L’indice « Cramer » est né…

Mesurer la performance des déclarations de Jim Cramer exige, cependant, un travail phénoménal. Son émission est diffusée chaque jour de la semaine et il émet, en moyenne, 18,7 recommandations à l’achat et 8,2 recommandations à la vente par émission. Ce qui en fait un sacré paquet par année.

Heureusement, deux chercheurs de Caroline du Nord, aux Etats-Unis, ont eu la patience et l’énergie de mesurer les performances de notre cher Jim. Dans un article paru le mois dernier dans le Journal of Economics and Finance, les deux professeurs démontrent qu’il existe bel et bien un « effet Cramer », mais que les performances du présentateur vedette sont calamiteuses sur le long terme.

En premier lieu, les auteurs de l’étude ont analysé l’évolution des titres le jour suivant une recommandation faite dans Mad Money. L’émission étant transmise après la fermeture des marchés, il suffit pour cela de calculer la performance le lendemain, et de la comparer à un indice de référence.

Il en ressort que les titres ayant obtenu une recommandation à l’achat surperforme le marché de 1,48% le lendemain, voire de 3,18% lorsque c’est la première fois que le titre est mentionné par Jim Cramer. Pour les titres recommandés à la vente, la surperformance est de -0,88%, en moyenne. Ces premiers résultats semblent donc dire qu’il serait judicieux d’acheter ces titres dès l’ouverture pour engranger un bénéfice rapide.

Mais, n’allons pas trop vite. A y regarder de plus près, il s’avère que ces mouvements sont principalement biaisés par les mouvements excessifs réalisés sur les entreprises de faible capitalisation. Ces dernières, qui sont moins connues et dont la liquidité est moindre, enregistrent en moyenne un bond de 4,15% le lendemain d’une recommandation positive, et une chute de 1,82% lorsque l’émission recommande de s’en débarrasser. L’impact est d’ailleurs phénoménal : il suffit que Jim en parle (en bien ou en mal) pour que le volume moyen d’échange soit multiplié par 2,6 fois en un seul jour.

Au-delà du fait que l’effet se fait sentir davantage sur les petites capitalisations, notre ami Cramer ne fait, au final, que surfer sur une vague. En effet, les titres recommandés à l’achat enregistrent, en moyenne, une surperformance de 2,08% lors des 25 jours précédant son émission. Rien de révélateur, en somme, Jim ne fait que suivre le momentum. Pire : les titres sous-performent le marché de manière significative 25 jours après qu’il a émis ses recommandations, comme vous pouvez le constatez sur le graphique ci-dessous.

L'effet Cramer sur les recommandations

… Alors faites exactement l’inverse

A plus long terme, les performances de Jim sont encore plus désastreuses.

Les deux chercheurs démontrent que si un investisseur avait religieusement misé une somme identique sur chaque recommandation à l’achat (par exemple 100 euros) et qu’il avait gardé ces titres jusqu’à ce que Jim recommande de s’en défaire, il aurait largement sous-performé le marché. Sur la période de début décembre 2005 à fin décembre 2006, sa performance aurait été de 7,7% seulement, alors que l’indice de référence gagnait 14,8%. Ceci alors que ce portefeuille à la Cramer était davantage exposé au risque de marché (le bêta est de 1,26).

Les chercheurs se sont alors demandé s’il n’était pas préférable de tout simplement acheter les titres que Jim recommandait à la vente, et de les liquider lorsqu’il recommande de les acheter. Et, en effet, la performance est largement supérieure : +13,5% sur treize mois. Comme quoi, notre ami Cramer est loin, très loin de pouvoir offrir des analyses pertinentes. Si ce n’est qu’il permet à des investisseurs éclairés d’engranger des bénéfices juteux, tout en faisant croître le nombre de pigeons sur les marchés. Merci Jim !

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

2 commentaires pour “Les recos de Jim Cramer sont tout simplement désastreuses. Alors faites l’inverse”

  1. c’est vrai que ce Jim Cramer est un cas ! il y a des vidéos sur le net qui montre le bonhomme en pleine crise de nerfs …..c’est un guignol télévisé 🙂

    http://www.dailymotion.com/video/x2pnyx_les-raisons-de-la-colère-de-jim-cra_news

  2. mais à mon avis, nous avons aussi nos Jim Cramer, comme le journaliste vedette du Journal des Finances (dont je tais le nom 🙂 mais celui là est vraiment nul , mais j’ai l’impression que ses lecteurs le sont aussi 🙂 vive les contrariens !!!

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